Quand elle s'y met, Prescillia Lézé parle longuement. Peut-être parce qu'elle parle au nom de 1 million de personnes, le nombre de victimes de harcèlement scolaire chaque année, d'après un rapport publié en 2021 par le Sénat. Jusqu'à 8 ans, l'écolière vauclusienne avait une meilleure amie. Elles passaient les week-ends chez l'une ou l'autre. Son tourment a commencé lorsque ses parents l'ont inscrite à la danse country. La famille de l'autre enfant n'en avait pas les moyens. Jalouse, la petite fille a pris en grippe Prescillia, qui se souvient de cet accès de cruauté : « Elle menaçait de demander aux autres élèves de ne plus me parler. »
Pendant dix-huit mois interminables, Prescillia s'est retrouvée sur un banc, seulement entourée d'adultes. « Je pensais avoir fait quelque chose de mal donc, pour moi, c'était normal. » La vigilance d'une institutrice l'a finalement sortie de son isolement. Elle a compris quelques années plus tard, au collège, qu'elle avait été maltraitée. Jusqu'à la fin du lycée, la harceleuse a eu interdiction de l'approcher, sous peine d'exclusion. Une punition très clémente comparée à celle de Prescillia : le traumatisme a provoqué un choc émotionnel à l'origine de la maladie de Stargardt, une altération rare de la région centrale de la rétine.
L'administration a ajouté à son calvaire au lieu de l'alléger. Entre le diagnostic posé en 2008 et la reconnaissance de la maladie, étape indispensable au déblocage d'aides, dix années se sont écoulées.