Thomas Ruyant et son sponsor Alexandre Fayeulle, self-made-man marqué par les épreuves de la vie, ont un objectif peu banal : remporter le Vendée Globe, une course d’une dureté légendaire, en faisant la promotion de leurs faiblesses.En ce début d'après-midi automnal au large de Lorient (Morbihan), Thomas Ruyant hisse une voile ornée d'un immense «Vulnerable », sous-titré « Embrace your vulnerability ». Accepte ta vulnérabilité. Il y a matière à s'étonner pour un compétiteur féroce, vainqueur de la Transat Jacques-Vabre (2021 et 2023), de la Route du Rhum (2022) et sérieux candidat à la gloire sur cette 10ᵉ édition du Vendée Globe. Accepte ta vulnérabilité.
On est loin de la culture Port-la-Forêt (Finistère), cette base d'entraînement finistérienne où les meilleurs navigateurs français se toisent entre hommes forts. Entre deux manœuvres, le Nordiste de 43 ans assume : « Être vulnérable, ça me parle. Je ne vois pas ce que ça apporte de le cacher. Sur un Vendée, tu peux avoir de beaux vertiges. »
À première vue, le cerveau et financeur de la campagne n'est pas non plus un grand fragile. Parti de rien, Alexandre Fayeulle est devenu millionnaire. En 2000, il a fondé Advens, pépite européenne d'un marché éminemment stratégique : la cybersécurité. L'entreprise a protégé les Jeux olympiques de Paris 2024. Valorisée à 100 millions d'euros en 2021, elle vaudra « des milliards » à moyenne échéance, annonce-t-il. Aussi surprenant qu'une météo marine, l'entrepreneur s'empresse de préciser : « L'argent ne m'intéresse pas. Le monde des affaires non plus. »
« Thomas ne m'a pas calculé »
Alexandre Fayeulle s'est spécialisé dans l'informatique « seulement parce que c'était l'option la moins chiante » dans son école d'ingénieurs, intégrée sans conviction. À 27 ans, il a donc créé Advens et s'est enfin découvert une passion : entreprendre. « Entreprendre, oui, mais pour les hommes et la planète », pose celui qui fait songer à une variante de l'« individu écologique » théorisé par le sociologue Jean Viard. À 51 ans, ce fils d'agriculteurs vit dans la ferme familiale de Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais), où il est né et où il mourra, assure-t-il, non sans tenter d'édifier un nouveau modèle agricole urbain. Il consacre l'intégralité de son patrimoine à des causes écologiques et sociales.
Stéphane Colineau, envoyé spécial à Lorient (Morbihan)