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Stratégie - La Tribune AURAFormation - La Tribune AURA

L'apprentissage cherche un nouveau souffle

Karen Latour

Publié le 04 février 2016 à 08:00 - Mis à jour le 04 février 2016 à 08:21

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05 juin 2026

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En France, l'apprentissage peine à séduire. Pourtant, cette formation est fortement plébiscitée dans l'artisanat ou dans le commerce. Et ces dernières années, il se développe dans l'enseignement supérieur.Toutefois, pour qu'il opère un véritable décollage, encore faut-il lever les freins à l'embauche, selon les entreprises. Les mesures annoncées par François Hollande en début de semaine seront-elles suffisantes pour atteindre l'objectif de 500 000 apprentis d'ici à 2017 ? Tour d'horizon, alors que...

"En 2015, nous avons senti une légère reprise. Le nombre d'apprentis a augmenté de 7 % dans le département", souligne Lucien Boiché, directeur du service formation professionnelle au sein de la Chambre de métiers et de l'artisanat du Rhône. Si dans la Loire et en Isère une augmentation est également visible, elle reste plus contenue.

Mesures incitatives

Comment expliquer ce léger rebond ? Depuis quelques mois, une prime a été mise en place par l'État pour les embauches des apprentis mineurs. Par ailleurs, une aide de 1 000 euros a été lancée avec la loi des finances de décembre 2014. Elle a pour objectif de favoriser le recrutement en apprentissage lorsque les entreprises embauchent pour la première fois un apprenti ou lorsqu'elles en augmentent le nombre.

Cette mesure incitative n'explique pas entièrement le phénomène de reprise. "Je ne pense pas qu'il y ait eu un effet d'aubaine", indique Lucien Boiché. Pour lui, la condition sine qua non pour l'embauche des apprentis relève de la santé économique des entreprises. Aussi, c'est plutôt l'effet combiné d'une légère reprise économique, couplée à la prime, qui peut expliquer ce meilleur résultat.

Mais cette augmentation doit être relativisée. "Ce ne sont pas nos meilleurs chiffres. L'apprentissage avait connu une réelle baisse en 2013 et 2014." Ainsi, en Rhône-Alpes, en 2014, le nombre d'apprentis avait diminué de 4,1 %.

500 000 apprentis d'ici à 2017

C'est dans ce contexte que François Hollande a fait de l'apprentissage un de ses chevaux de bataille. En début de semaine, il a rappelé son objectif de 500 000 apprentis d'ici à 2017.

Pourtant, ce même gouvernement a "divisé par deux l'aide à l'apprentissage ainsi que le crédit d'impôt. Puis, lorsqu'ils se sont rendu compte de l'impact négatif sur l'embauche, ils ont rétropédalé, raconte Lucien Boiché.Des entreprises pensent encore qu'elles ne bénéficieront pas d'aides. De telles évolution ont été déstabilisantes."

Concernant les annonces du chef de l'État, "pourquoi pas !", s'exclame Lucien Boiché. Notamment en ce qui concerne l'entrée en apprentissage de manière permanente. Mais il pose deux conditions. La première, changer la loi. Celle-ci dispose que l'embauche ne peut se faire que trois mois avant ou trois mois après la rentrée. Mais aussi donner les moyens financiers supplémentaires aux centres de formation pour suivre cette évolution.

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La Région se dit"prise en otage"

De son côté, Laurent Wauquiez a rapidement fait savoir qu'il ne suivrait pas le plan d'urgence pour l'emploi de François Hollande. "Nous ne sommes pas les sous-traitants du gouvernement", avait avancé le président de la région Auvergne Rhône-Alpes. Stéphanie Pernod-Beaudon, vice-présidente déléguée à la formation professionnelle et à l'apprentissage partage ce sentiment.

"Nous avons cette impression d'avoir été pris en otage car la Région n'a pas été traitée en tant que partenaire."

D'autant plus que le président de la République "annonce un plan de formation avec des budgets qui ne sont pas les siens." Parmi les objectifs du nouvel exécutif régional, "considérer l'apprentissage comme une filière identique au système classique", faire en sorte que les formations entrent en adéquation avec les métiers en tension et "lever les freins à l'apprentissage".

"Un choix de vie"

Depuis 2002, François Simon-Fustier accueille des apprentis au sein de son horlogerie de la Croix-Rousse. "Je me suis rendu compte que ce métier devait être transmis et, à titre personnel, je trouve cela enrichissant car je dois réfléchir en permanence à mon métier." Aujourd'hui, il embauche trois apprentis. Mais, il l'affirme : "C'est un choix de vie, pas un choix économique." Pour les artisans qui décident de transmettre leur savoir, les barrières financières peuvent être conséquentes, comme l'illustre François Simon-Fustier.

"A la fin du mois, quoiqu'il arrive, je verse un salaire à mes apprentis. Or, s'il a eu des retards à l'école, la prime que me donne la Région va être diminuée."

Cette aide aux employeurs d'apprentis (AEA) peut aller jusqu'à 2 000 euros par an.

Autre barrière, le statut juridique de l'apprenti. "La loi considère qu'il est censé apprendre et non pas produire. Je ne peux donc pas le licencier pour ce motif." Alors, il avance quelques pistes de réflexion. Par exemple que le système soit plus exigeant pour les maîtres d'apprentissage, comme lui, mais qu'en échange, les salaires soient pris en charge par l'État.

Un tableau noir qu'il faut cependant relativiser. Les entreprises qui emploient moins de 11 salariés bénéficient d'une exonération totale des cotisations patronales et salariales sur le salaire de l'apprenti. Malgré tout, François Simon-Fustier n'hésite pas à embaucher en apprentissage. Philosophe, il résume: "Ce n'est pas parce qu'il fait mauvais le matin que je ne vais pas sortir."

Apprenti ou alternant ?

Selon une étude publiée par le Conseil d'analyse économique, depuis 2005, la totalité de la croissance de l'apprentissage a eu lieu dans le supérieur, avec une augmentation de 24 %. Pourtant, dans l'imaginaire collectif, les formations en apprentissage sont souvent associées aux CAP.

L'Insa de Lyon propose quatre filières en apprentissage. Parmi elles, celle Télécommunications, services et usages. "À la fin, les étudiants obtiennent leur diplôme d'ingénieur, sans distinction avec la formation classique", tient à souligner Claude Guédat, directeur de la filière. Un détail qu'il est important de préciser car "chez les jeunes, certains ont encore cette vision d'un "sous-diplôme"."

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Pour aller à l'encontre de ce problème, Corine Perrard, directrice du CFA académique de Lyon, a trouvé la solution : "Pour attirer les jeunes mieux vaut parler d'alternance plutôt que d'apprentissage." Peut-être le moyen pour atteindre les 500 000 apprentis avant 2017.

Article initialement publié le 21 janvier en version abonnée. En accès libre ce mardi 4 février.

Karen Latour

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