Imaginez un monde sans téléphone mobile, sans Internet...

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Ce (mardi) soir, à la Cité de l'architecture et du patrimoine, à Paris, se déroule la cinquième édition des Rencontres de l'entreprise européenne. Le cabinet de conseil Roland Berger Strategy Consultants, l'école HEC et La Tribune se sont associés pour organiser cette manifestation qui rassemblera un millier de cadres dirigeants et de chefs d'entreprise, avec notamment la présence du président Valéry Giscard d'Estaing, de Jean-Claude Trichet, président de la Banque centrale européenne, Didier Lombard, PDG de France Télécom et président du jury 2009, et enfin Jean-Cyril Spinetta, président d'Air France-KLM et Benoît Potier, PDG d'Air Liquide. Le thème de l'édition 2009 est "l'Europe, vingt ans après la chute du Mur". Sept prix distinguant des entreprises françaises particulièrement performantes sur les marchés européens seront remis. Pour accompagner l'événement, La Tribune a publié depuis le 9 mars six articles réalisés avec Roland Berger Strategy Consultants, pour analyser l'impact de la chute du Mur sur trois pays (Allemagne, Pologne, Espagne) et trois secteurs (énergie, automobile, télécoms).

Comment faisait-on auparavant ? Comme le chemin de fer ou l'automobile en leur temps, les télécommunications ont profondément transformé les sociétés, leur économie et les relations entre individus. Impossible d'imaginer aujourd'hui un monde sans Internet. Un "bug" d'une heure à peine du moteur de recherche Google, un samedi, provoque des répercussions sur l'ensemble de l'économie de la planète. Impossible d'imaginer non plus un monde sans téléphone mobile. Inexistant à la fin des années 1980, le marché français de la téléphonie mobile compte aujourd'hui plus de 58 millions d'abonnements avec un taux de pénétration de la population française de 91%.

Dans cette explosion fulgurante, qui a pris moins de vingt ans, l'Europe a joué un rôle moteur. En 1982, la Conférence des administrations européennes des postes et des télécommunications établit ainsi la norme GSM (Groupe spécial mobiles, devenu depuis Global System For Mobile communication). Cinq ans plus tard, treize opérateurs européens (Belgique, Danemark, Finlande, France, Allemagne, Italie, Irlande, Pays-Bas, Norvège, Portugal, Espagne, Royaume-Uni, Suède) signent l'accord de Copenhague, donnant le coup d'envoi à la construction des premiers réseaux GSM.

Sans cette coopération européenne, le déploiement de la téléphonie mobile aurait été beaucoup plus long, alors que le Japon et les Etats-Unis travaillaient de leurs côtés sur leurs propres normes. Une fois les spécificités techniques arrêtées, les premiers appels sont passés en 1991. Dix ans plus tard, le nombre de lignes mobiles dépassera celui du téléphone fixe en France.

En poussant à la déréglementation du marché des télécoms, l'Europe a également largement contribué à l'essor de l'usage de l'Internet. 1980 : la France invente le Minitel. L'appareil est aujourd'hui formidablement obsolète, mais les services qu'il offrait à l'époque, comme le renseignement, constitue la base de l'Internet d'aujourd'hui. Il a également formé toute une génération d'ingénieurs et d'entrepreneurs.

Ainsi, Iliad, qui a inventé à la fin des années 1990 le "triple play", le mélange de la voix, de l'Internet et de la télévision, trouve ses origines dans le Minitel. Le modèle de l'opérateur dit intégré a été aujourd'hui adopté par tous les grands groupes du secteur en Europe.

La déréglementation et la transformation du modèle économique des opérateurs européens qui en découle ont fait émerger un nouveau concept à la base de la mutation actuelle du secteur des télécoms et des médias : la convergence. Elle permet à des technologies différentes et autrefois étanches comme la voix, les données et les images, de communiquer et d'interagir entre elles, de partager des ressources. Cet écosystème, plus global, plus instable et moins étanche que celui des médias conventionnels a bouleversé l'industrie, avec parfois des effets désastreux.

La conséquence la plus visible de la convergence consiste à créer une économie de l'abondance. Aujourd'hui, ce n'est plus le contenu qui est rare. C'est le client, dont le temps libre est saturé par la multiplicité des offres. En France, le temps consacré à Internet est passé de 14 heures par mois en 2003 à 25 heures en 2008, et environ 30 heures chez les 15-24 ans.

Les 24 heures de la journée ne suffisent donc plus à consommer l'ensemble du contenu disponible. Pour répondre à cela, Google a adopté une logique de segmentation inversée, en développant un bouquet de services dans lesquels les clients vont eux-mêmes choisir ceux qui leur correspondent le mieux.

Le secteur des télécoms et des médias a donc subi une incroyable inversion de la rareté. La convergence a redistribué les rôles et recomposé la chaîne de valeur, avec une tendance au glissement de valeur du "contenu" vers le service et une prime aux gros investisseurs. Les investissements cumulés de Google, Yahoo et Ebay depuis trois ans représentent 17% de leur chiffre d'affaires cumulé à 9,2 milliards de dollars contre seulement 3 % pour News Corp. et Walt Disney.

Ces nouveaux groupes, mais également ceux qui ont su pousser ou participer à cette convergence, se sont imposés en quelques années devant les firmes historiques du secteur. Avec une rentabilité nette de 25%, Google est devenu en l'espace de dix ans l'une des plus fortes capitalisations boursières du secteur des technologies et médias, dépassant il y a encore peu le géant IBM. Apple, en ajustant son modèle économique à l'Internet et aux nouveaux modes de consommation avec l'iPod, a fait passer sa rentabilité nette de 3% en 2004 à 15% ces deux dernières années.

Un virage vers les services que les grands groupes européens de télécoms ont eu plus de mal à aborder. Si l'Europe compte aujourd'hui plusieurs champions internationaux, comme Vodafone ou Telefonica, chez les opérateurs, ou Ericsson, Nokia et Alcatel-Lucent dans les réseaux et les appareils, rares sont les grandes sociétés européennes de services et de marketing Internet. La réponse passe peut-être, comme au début des années 1980 pour le GSM, par une mobilisation des ressources européennes.

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Commentaires
a écrit le 24/02/2020 à 20:02 :
On va vers un monde avec moins de technologies (sans téléphones par exemple) car croissance économique ne rime pas avec écologie et qu’on devra satisfaire nos besoins secondaires comme communiquer sans fabrication ou transformation de biens. Il vaut mieux une meilleure qualité de vie quitte à perdre de la croissance. Le monde pourrait encore bien changer à tous les niveaux.

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