Par Valérie Brunschwig-Segond, journaliste à La Tribune.
Alors là, chapeau ! Le patron de Goldman Sachs, le "hedge fund" planétaire, en grand prêtre de la nouvelle éthique de la finance? Il fallait oser. En venant affirmer devant des banquiers allemands prêts à défendre les bonus que la fureur populaire contre ces rémunérations extravagantes était "compréhensible et fondée", Lloyd Blankfein a fait très fort. Mieux, il recommande d'interdire les bonus garantis sur plusieurs années. Quel aveu !
Quand on sait que Goldman Sachs a provisionné plus de 11 milliards de dollars au premier semestre pour les bonus maison, on se dit que la conversion de Saint Blankfein sur le chemin de Francfort est décidément miraculeuse. D'ailleurs, tant de contrition lui a valu hier la manchette du Financial Times comme du Wall Street journal.
Ce jour-là, dans un même élan de grâce, les banquiers néerlandais publiaient un code de bonne conduite limitant les bonus des membres du conseil. Captant la rumeur des humbles, les maîtres de la finance ont-ils enfin saisi l'inacceptable, ou se sont-ils tout simplement donné le mot pour éviter le pire ? Non qu'ils craignent une législation mondiale sur les bonus, bien difficile à imaginer. Mais parce qu'ils savent que cette question n'est qu'un épiphénomène, une "diversion populiste", selon les mots peu amènes de lord Turner, le président de l'autorité bancaire britannique, qui a fustigé un secteur "hypertrophié" aux profits exorbitants.
Les grands banquiers de ce monde ont chaud aux fesses parce qu'ils redoutent que les pays du G20, bientôt réunis à Pittsburgh, ne finissent par s'attaquer sérieusement au modèle économique de la banque d'investissement, qui en fit une fantastique machine à bonus. Et ce, grâce à la complexité des produits qu'elle offre, et surtout grâce aux effets de levier colossaux qu'elle pratique, sans avoir à assumer le coût réel du risque. Alors que des voix de plus en plus autorisées s'élèvent, y compris au comité de Bâle, pour augmenter substantiellement les exigences de fonds propres de ces banques en raison des risques qu'elles font courir au système, prendre les devants, en livrant les bonus aux lions de l'opinion mondiale, c'est plutôt bien joué.
Comme pour les banquiers néerlandais qui, dans leur code de bonne conduite, se sont bien gardés de limiter les bonus des dirigeants comme des traders, en clair de ceux qui font les profits. Oui vraiment : bravo les artistes !
Newsletter
Ma Tribune
L’actualité qui compte pour vous, chaque jour dans votre boîte mail.