Sarkozy-Obama : match nul

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Par Erik Izraelewicz, directeur des rédactions de La Tribune.

Steve Jobs, le génial patron d'Apple, a failli gâcher la fête. Pour la première fois, un chef d'Etat français avait mercredi le privilège d'ouvrir le forum de l'économie mondiale de Davos, le quarantième du genre, de s'exprimer ainsi devant un bon millier de PDG. Il allait pouvoir sermonner ces "maîtres du monde", les appeler à changer, à moraliser leur capitalisme. Il avait, cette année, après l'électrochoc de la crise, un auditoire à la recherche justement de nouvelles valeurs, de nouvelles règles du jeu.

Mais voilà. C'est ce même jour qu'avait choisi, depuis longtemps déjà, Steve Jobs pour lancer sa fameuse tablette numérique, celle ouvrant l'ère de l'après-iPhone. Une révolution qui promet de changer la vie du monde, bien plus profondément que toutes les régulations financières. Plus directement, une autre actualité est venue faire de l'ombre au message du président français : c'est l'activisme renaissant et radical du président américain. Sur la dénonciation des excès de la finance, sur la réforme de la régulation bancaire, sur l'urgence d'un retour à la discipline fiscale, le président français a trouvé plus violent, plus déterminé, plus précis aussi que lui.

On devait le voir, à nouveau hier, avec le discours sur l'état de l'Union du président américain. De fait, à Davos comme ailleurs, les débats s'organisent désormais autour des propositions américaines bien plus que françaises - malgré sa qualité, le discours du président français n'y changera sans doute pas grand-chose. Il y a dans ce match Sarkozy-Obama un double danger.

Le premier, c'est qu'il ne conduise un peu partout à une surenchère populiste. Alors que le chômage continue de progresser, "taper" sur les banques est devenu une pratique bien commode. Elles ont pourtant une réelle utilité. Il n'y aura pas de retour durable à la croissance dans nos économies sans des banques bien encadrées certes, mais en bonne santé.

Second danger : c'est que, faute d'une indispensable coordination entre Américains et Européens, d'un nécessaire compromis sur une régulation bancaire qui doit être globale, la loi du plus fort finisse par s'imposer. Aujourd'hui, le plus fort est encore américain. A voir l'indifférence feinte des pays émergents sur ce débat, on comprend qu'ils pourraient en être demain les principaux bénéficiaires, là aussi.

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