Le retour des régimes spéciaux

 |   |  361  mots
Par François Lenglet, rédacteur en chef à La Tribune.

Les bons sentiments ne font pas de la bonne politique. Ainsi la négociation sur la pénibilité des carrières, annoncée lundi par Nicolas Sarkozy, risque fort de déboucher sur l'une de ces usines à gaz pour lesquelles la France a développé un penchant et un savoir-faire unique au monde. L'idée du chef de l'Etat est simple : lorsqu'un salarié effectuait un travail pénible, il doit partir à la retraite plus tôt que les autres.

Noble projet, destiné à flatter le tropisme égalitaire des Français. Et, accessoirement, à acheter les syndicats. Une fois les applaudissements retombés, une question se fait jour : comment évaluer la pénibilité d'un métier ? Un sondage fait sur le lieu de travail ? La France entière serait en retraite anticipée. Le nombre d'arrêts de travail pour maladie ? La France entière serait en arrêt de maladie. La seule mesure "objective" est l'espérance de vie des différentes catégories professionnelles.

Pourtant, de nouveaux problèmes surgissent. Ce sont les instituteurs qui vivent le plus longtemps. Mais un enseignant travaillant dans un quartier difficile n'a-t-il pas un métier au moins aussi difficile qu'un conducteur de travaux ? A suivre cette étrange logique, on mettrait à la retraite anticipée les Français du Nord-Pas-de-Calais - ils meurent plus tôt que les autres -, tandis que l'on ferait travailler jusqu'à 70 ans les Franciliens et les Alsaciens, dont l'espérance de vie est supérieure à la moyenne.

Enfin, la pénibilité s'atténue avec les innovations. Mais, en général, les bénéficiaires d'un avantage sont un peu durs de la feuille. Les conducteurs de locomotive à charbon avaient ainsi obtenu une retraite avantageuse. Leurs descendants, conducteurs de trains électriques, en ont profité de façon abusive. Et on ne leur a aménagé ce régime privilégié qu'au moyen de grasses subventions, qui vont encore peser sur les comptes pendant des décennies. Ainsi va la France : elle termine à peine sa réforme des régimes spéciaux, après quinze années de grèves et de déficits, qu'elle s'apprête à en créer de nouveaux.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 16/02/2010 à 16:42 :
Tout à fait d'accord avec François Lenglet. Il faudrait apprécier la pénibilité du travail non par métier, mais par travailleur. Une stupidité. Ce serait une usine à gaz ingérable et d'ailleurs très injuste. On voit bien que dans un même métier certains "se la coule douce" et d'autres se tuent au travail. En toute logique un travail plus pénible devrait être mieux payé qu'un travail moins pénible, toutes choses égales par ailleurs. Ce n'est malheureusement pas toujours le cas, mais la pénibilité n'est qu'un aspect du problème. Normalement ce sont les lois du marché qui devraient assurer l'équité, même si celle-ci ne peut jamais être parfaite.
a écrit le 16/02/2010 à 14:26 :
Il y a bien sûr des vrais sujets de pénibilité et de santé au travail, mais c'est pendant la vie active qu'il faut les traiter, et non pas avec une bonification de retraite ! On peut le faire avec la règle - la définition des obligations de sécurité - la punition - le renchérissement des cotisations d'accident du travail pour l'employeur - ou la majoration de salaire - pour le travail de nuit par exemple. Cela me semble beaucoup plus efficace, et plus juste.
a écrit le 16/02/2010 à 11:43 :
tout à fait d'accord avant de dénigrer la notion de pénibilité il faudrait la connaitre
a écrit le 16/02/2010 à 9:40 :
prenez donc un piqueur, une pelle,....travaillez quelque temps dans des fours, dans le froid ,avaler donc quelques produits nocifs autres que l'air conditionné de votre bureau et la chaleur de votre radiateur, échangé votre outil de travail ( stylo) et vos belles paroles et vos belles critiques contre des outils et un masque anti-poussière que vous porterez sur le visage tout au long de la journée,pratiquer donc un métier ou l'on vous fait une prise de sang tout les mois pour voir si vous n'êtes pas entrain de crever, respirez donc un peu d'amiante afin de pouvoir profiter d'un suivi médical....et après ça vous pourrez écrire un article avec objectivité.Je vous soupçonne d'être envieux de ne pouvoir bénéficier d'une retraite anticipé... mais pour cela aurait -il fallu participer a l'effort au détriment de votre santé et non pas avec de belles écritures, mais je crois que vous êtes au dessus de tout cela ...n'est ce pas.

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :