Les Shadoks pompent, Borloo se tait

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Par Philippe Mabille, éditorialiste à La Tribune.

Vous vous souvenez sans doute des Shadoks, ces curieuses bestioles créées en 1966 pour l'ORTF, et dont l'histoire était contée par le regretté Claude Piéplu. Les Shadoks avaient une seule philosophie dans la vie : ils pompaient ! Et leur proverbe préféré était : "Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué." L'histoire des Shadoks résume bien le blocage actuel de la situation sociale chez Total qui provoque une véritable panique à trois semaines des régionales, sur fond de menace de pénurie de carburants. Il y a le méchant Shadok pétrolier, qui pompait et pompait tant de profits qu'à la fin il en faisait trop. Face à la baisse de la demande mondiale d'essence, mal anticipée, Total doit restructurer d'urgence sa production pour limiter ses surcapacités. C'est une réalité, il doit fermer des raffineries. Mais le Shadok en chef n'est pas d'accord et retarde cet ajustement, au nom de la politique shadokienne du « travailler plus pour gagner plus ». Dans le même temps, le Shadok en chef pompe tant et tant les automobilistes, ces Shadoks d'en bas, qu'à force ceux-ci ont fortement réduit leur consommation d'essence. Le Shadok en chef est un peu schizophrène. D'un côté, il dit qu'il faut polluer moins, rouler moins, et moins vite. De l'autre, il veut que les Shadoks d'en bas continuent de rouler ! Parmi tous les Shadoks en chef, il y en a un que l'on entend tout le temps. C'est le Shadok ministre de l'Industrie. Sur tous les fronts, il intervient pour empêcher les méchants Shadoks patrons de fermer des usines. Mais il y en a un autre que l'on n'entend plus du tout : c'est le Shadok ministre de l'Environnement. Pourtant, le bonus-malus automobile, qui fait que l'on n'achète plus que des petites voitures Diesel qui consomment peu, c'est bien lui. La taxe carbone, qui va encore alourdir un prix du carburant déjà plombé par plus de 70 % de taxes, c'est encore lui. Jean-Louis Borloo, ministre de l'Écologie, de l'Énergie, des Transports, du Développement durable, est, de tous les Shadoks en chef, celui qui se fait le plus petit. Sans doute a-t-il conscience que cette affaire Total le place politiquement en porte-à-faux, qui est, de toutes les postures shadokiennes, la plus inconfortable...

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