Salutaire démocratie patronale

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Par Léonidas Kalogeropoulos, président de Médiation & Arguments, vice-président d'Ethic et fondateur de libertedentreprendre.com.

Alors que Sophie de Menthon, présidente d'Ethic, vient d'annoncer sa "candidature à la candidature" à la présidence du Medef, il semble nécessaire de souligner en quoi faire vivre la démocratie au sein du patronat constitue une plus-value pour l'image de l'entreprise auprès des Français, alors que certaines voix voudraient au contraire favoriser une candidature unique.

En effet, selon une jurisprudence établie par Yvon Gattaz en 1981, il faudrait afficher une unité patronale sans faille en cooptant un président, plutôt qu'en menant campagne entre plusieurs candidatures qui apparaîtraient comme la manifestation de dissensions internes. En son temps, cette posture se comprenait face à un gouvernement élu pour mener un vaste programme de nationalisation. Mais le patronat serait-il donc la seule enclave de la société française où ce qui fut décidé en 1981 devrait demeurer immuable plus de vingt-cinq ans après ?

En quoi la concurrence, saine pour les entreprises, serait-elle nuisible pour désigner les instances représentatives de ceux qui les dirigent ? En quoi les ententes seraient-elles condamnables dans l'économie, mais devraient-elles être privilégiées pour désigner le président du Medef plutôt que de l'élire à l'issue d'un processus démocratique, ce qui supposerait, à tout le moins, une pluralité de candidats ? Ces questions méritent d'être posées, parce que jour après jour, tout est fait pour dissuader ceux qui voudraient faire acte de candidature, accusés de se rendre responsables des divisions qui naîtront à l'issue d'une campagne fratricide. Pourtant, une campagne est un moment démocratique digne, constructif et salutaire, qui doit faire émerger des visions diverses du patronat, de son rôle et de son fonctionnement.

Le Medef doit-il être le chef d'orchestre de la diversité patronale, témoignage de la richesse et de la vitalité de notre économie, ou doit-il être un soliste derrière lequel toutes les sensibilités devraient se ranger ? Faut-il un patronat "régulier", cloîtré dans ses chapelles, ou au contraire un patronat "séculier", ouvert à la société civile, accueillant pour tous les Français gagnés par la vocation entrepreneuriale ? Faut-il un débat plus ouvert avec les partenaires sociaux, capables d'inaugurer un dialogue rénové, ou préserver à tout prix le modèle des grand-messes paritaires au protocole quasi séculaire, où chacun campe sur des postures héritées d'une lutte des classes que l'on souhaiterait révolue ? Faut-il débattre ouvertement du partage des richesses, de la refonte du capitalisme, des nouvelles organisations du travail, ou s'enfermer en conclaves, dont rien ne doit sortir au nom du principe sacré de la "confidentialité" des débats ? Faut-il faire émerger au sein du Medef des instances capables d'analyser les relations donneurs d'ordres-fournisseurs, les tensions concurrentielles, les déséquilibres de marché entre acteurs de taille inégale, ou s'en remettre à l'Etat pour tout réguler ?

On le voit, les questions sont nombreuses, et il n'y a ni anathème ni agressivité à vouloir les soulever et à faire émerger des idées neuves pour y répondre à l'occasion d'une campagne électorale. Le vent de la démocratie et de ses vertus salutaires doit souffler également au sein du patronat. Pourtant, on peut être légitimement préoccupé du risque de confiscation d'un tel débat. De pressants encouragements à renoncer à toute velléité d'être candidat ont réussi à dissuader les plus téméraires vocations, et d'autres obstacles pourraient s'élever sur la route de ceux qui pourraient décider de passer outre. Tout doit être fait pour que la démocratie puisse fonctionner normalement au sein du Mouvement des entreprises de France, et que l'élection à la tête du patronat ne soit pas, à l'image de celle de la CGT, organisée autour d'un seul candidat. Le Medef est suffisamment mûr pour n'avoir qu'à gagner à l'organisation d'une élection démocratique et il ne pourrait que ternir sa crédibilité s'il préférait se recroqueviller autour d'une candidature unique, fût-elle celle d'une candidate légitime aux mérites incontestables.

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