Le prix Nobel d'économie décerné à trois spécialistes du marché du travail

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(Crédits : REUTERS)
Deux éminents techniciens du marché du travail et un spécialiste de la modélisation des systèmes de protection sociale ont été récompensés cette année. La question sociale revient au centre des préoccupations de la science économique.

"Comment la politique économique influence-t-elle le chômage ?" La question sur laquelle le comité Nobel s'est arrêté cette année pour décerner son prestigieux prix d'économie frappe au coeur de l'actualité économique. Dans un monde en crise aux 20 millions d'emplois détruits depuis octobre 2008, malgré les centaines de milliards de dollars injectés dans l'économie, dans un monde qui découvre la "croissance sans emploi" avec 45 millions d'emplois menacés dans les pays industrialisés, la question sociale est revenue au premier rang des préoccupations comme en témoigne ce prix Nobel de l'économie décerné à trois éminents spécialistes de la protection sociale et du marché du travail, mondialement reconnus, Peter Diamond (70 ans), Dale Mortensen (71 ans) et Christopher Pissaridès (62 ans). C'est une première depuis la création du prix Nobel de l'économie en 1969.

Le premier est sans doute celui dont le profil de macroéconomiste se rapproche le plus de ses prédécesseurs nobélisés. C'est un spécialiste de la modélisation des systèmes de protection sociale. Ses modèles, très sophistiqués, qui prennent en compte à la fois les notions d'efficacité et d'équité, ont été notamment très utiles à l'administration Obama pour la réforme du système de santé. Le président américain a d'ailleurs tenté, jusqu'ici sans succès face au refus du Sénat, de nommer Peter Diamond au conseil d'administration de la Réserve fédérale. Son prix pourrait cependant faciliter sa nomination qui a été à nouveau défendue par le président américain. De fait, ce brillant professeur du MIT défend des thèses peu répandues dans le monde de la finance. Il considère notamment la taxation des revenus du capital comme une mesure à la fois équitable et efficace pour financer un système de protection sociale. Ses deux colauréats, Dale Mortensen et Christopher Pissaridès, excellents théoriciens, sont cependant connus pour être d'éminents techniciens du marché du travail. Ils se sont particulièrement intéressés aux interactions des politiques macroéconomiques sur les comportements individuels et par extension sur le fonctionnement du marché du travail. Christopher Pissaridès a notamment évalué l'impact des politiques active ou passive sur le marché du travail. Ses conclusions ne sont cependant pas définitives. Il critique en effet, pour l'Europe continentale, les systèmes d'allocations qui nuisent au bon fonctionnement du marché du travail. Il établit ainsi une corrélation positive entre le niveau des allocations, le niveau du chômage et la durée moyenne de ce chômage. Il ne rejette pas pour autant en bloc l'intervention publique. Il loue notamment les modèles nordiques car ils s'intègrent dans une approche globale du marché du travail, avec une prise en compte de tous les volets, notamment l'emploi des seniors et la formation. Son collègue, Dale Mortensen, l'un des pionniers de la recherche sur le marché du travail, s'est également focalisé sur l'impact des allocations chômage sur la durée du chômage, aux dynamiques croisées des salaires et de l'emploi, au comportement cyclique de la création et de la destruction d'emplois ou encore à la suppression des freins à la création d'emploi du côté de l'offre.

Le comité Nobel confirme certes le pré carré américain - et au passage le fameux classement de Shanghai des universités les plus prestigieuses - mais en accordant son prix à des techniciens plus qu'à des théoriciens, il a sans doute voulu exprimer une volonté de récompenser des chercheurs qui tentent de trouver des solutions concrètes aux problèmes de nos économies modernes.

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