Dans le solaire, la Chine nous a grillés

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La récente décision de l'américain Evergreen Solar de fermer son usine de Devens, pourtant toute neuve, pour transférer sa production en Chine, provoque un vif débat outre-Atlantique. Elle illustre la difficulté de revitaliser l'industrie dans les pays occidentaux.

L'affaire fait grand bruit depuis une dizaine de jours aux Etats-Unis. Evergreen Solar, un fabricant américain de panneaux solaires, a décidé de fermer à la fin mars son usine de Devens, près de Boston, et de délocaliser sa production vers la Chine. Ce site de 800 salariés est pourtant très récent - il a ouvert en 2008 - et il a bénéficié de 43 millions de dollars de subventions de l'Etat du Massachusetts. Mais les dirigeants de l'entreprise estiment qu'il ne peut pas être compétitif face aux coûts de production chinois. Evergreen n'est d'ailleurs pas le premier à agir ainsi. En novembre, Solyndra, un autre spécialiste américain du solaire, avait déjà annoncé la fermeture d'une de ses deux usines américaines.

Si l'annonce d'Evergreen a déclenché une avalanche de réactions, sur la Toile notamment, c'est sans doute parce qu'elle est intervenue moins d'une semaine avant la visite du président chinois Hu Jintao aux États-Unis. Mais surtout parce que cette affaire résume, à elle seule, toutes les questions que se posent les pays développés sur l'avenir de leur industrie.

Dans de nombreux domaines, du textile à l'électronique ou à la construction navale, la Chine est devenue ces dernières années l'atelier du monde, grâce notamment à ses coûts de production imbattables. Face à ce rouleau compresseur, les pays occidentaux se sont mis à espérer que les technologies vertes pourraient prendre le relais en termes d'emplois. De fait, pendant quelques années, l'Allemagne, le Danemark ou les Etats-Unis ont vu émerger des sociétés spécialisées dans le photovoltaïque ou l'éolien et fleurir des usines, portées par la croissance spectaculaire de ces marchés. Mais ces pays déchantent aujourd'hui. Comme ce fut le cas pour les téléphones mobiles à la fin des années 1990, d'abord produits dans les pays occidentaux, les usines de panneaux solaires migrent à toute vitesse vers la Chine, au rythme de la baisse des coûts de ces équipements.

Le cas Evergreen illustre aussi la difficulté, pour les Etats, de mettre en place une politique industrielle efficace. Subventionner ces usines du futur, susceptibles de prendre le relais des vieilles industries, ne suffit visiblement pas. Quant à accélérer le développement du marché en aidant les consommateurs à s'équiper, l'Allemagne ou la France l'ont fait. À coups de milliards d'euros d'argent public et au risque de créer une véritable bulle. En 2010, les Allemands ont par exemple acheté plus de la moitié des panneaux solaires fabriqués dans le monde, s'équipant de 8.000 mégawatts de capacités de production électrique, soit l'équivalent de quatre grosses centrales nucléaires ! Hélas, faute de contrainte sur l'origine des équipements solaires achetés par les consommateurs, l'effort a surtout profité aux industriels chinois, qui contrôlent désormais les deux tiers de la production mondiale de cellules photovoltaïques... Inquiets de ces dérives et du coût pour les finances publiques (7,3 milliards d'euros estimés pour l'Allemagne en 2011), les gouvernements européens tentent de freiner le mouvement et réduisent leurs subventions à l'équipement.

Les Etats-Unis, eux, tentent la carte du protectionnisme. Ils viennent de décider que les panneaux photovoltaïques achetés par leur armée devront avoir été fabriqués sur le sol américain. De quoi préserver quelques emplois sur leur sol, peut-être, mais sans vraiment enrayer le mouvement. Le chinois Suntech, qui devrait fabriquer quelque 2.200 mégawatts de panneaux cette année, n'a-t-il pas ouvert en août dernier sa première usine aux États-Unis, à Goodyear, dans l'Arizona ? Rien ne devrait donc, en principe, lui interdire de fournir les militaires américains. Sauf si Washington estime que le géant chinois du solaire a bénéficié de très larges subventions de son gouvernement qui faussent le jeu de la concurrence. Pékin attribue en effet ses aides aux industriels plutôt qu'aux consommateurs et les réserve à ses seules entreprises nationales. En 2010, la China Development Bank a accordé 30 milliards de dollars de prêts aux industriels chinois du solaire. Des moyens qui font aujourd'hui la différence quand les banques occidentales sont plus occupées à reconstituer leurs fonds propres qu'à financer l'industrie.

Cette affaire du solaire inquiète enfin car on peut craindre qu'elle se duplique à d'autres secteurs dits d'avenir. Le marché automobile chinois est devenu le premier au monde, mais son potentiel de croissance reste immense. Si Pékin décide de forcer l'allure sur la voiture électrique, l'essor de cette technologie en Chine peut se révéler très rapide. Les espoirs des constructeurs occidentaux en pointe dans ce domaine seraient alors vite balayés.

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Commentaires
a écrit le 26/01/2011 à 10:57 :
Dans des cas tel que celui de evergreen, pourquoi pas se permettre d'avoir une main d'oeuvre compétitive par rapport à la chine: importer de la main d'oeuvre chinoise qui accepterait de moindre salaire que les nationaux pourvu qu'il soit encore supérieur à celui de chine, et il y a de la marge entre les deux !
Une telle mesure serait réservée aux seuls cas ou il serait établi qu'objectivement la concurrence vis à vis des couts salariaux chinois n'est pas tenable ; pourque ce ne soit que des cas ou les chinois en occident prennent des emplois à des chinois en chine et pas à des nationaux.
Même si une telle mesure ne créerait pas directement d'emploi nationaux elle permettrait d'éviter les frais de transport et éventuellement de se faire vampiriser les technologies par les chinois,et puis les chinois qui feraient souche dépenseraient leur argent sur place et donc là créeraient des emplois nationaux.
Une telle immigration ne devrait pas engendrer une confusion de peurs irrationnelles : toutes les études montrent que les enfants des chinois eux s'intègrent économiquement et socialement encore mieux que les nationaux.

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