Méditerranée : pas de « plan Marshall » sans banque

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La création d'une Banque méditerranéenne de développement permettrait de couvrir des besoins non satisfaits et représenterait un signal politique fort de l'Europe en direction des pays du sud de la Méditerranée en pleine mutation économique et démocratique.

Les changements en cours dans le monde arabe représentent une transformation majeure, porteuse d'espoirs mais aussi - si nous n'y prenons garde - de graves dangers. Ces événements ne seront en effet pas sans conséquences si les Européens choisissent la passivité plutôt que d'accompagner la transition démocratique et économique dans les pays du sud de la Méditerranée. En 2009, le président de la République m'a confié la mission d'étudier la création d'une banque dédiée au financement du codéveloppement en Méditerranée.

La commission, constituée d'experts issus des deux rives de la Méditerranée, a rendu son rapport au président Sarkozy en août 2010. À l'instar de ce que fut la création de la Berd pour les pays d'Europe centrale et orientale, la commission préconisait la création d'une Banque méditerranéenne de développement dont les missions couvriraient notamment la transformation de l'épargne locale en investissements de moyen terme, l'activation des marchés financiers par la souscription de titres privés et publics, le soutien au secteur privé et en particulier aux PME, le financement des infrastructures, l'octroi de garanties et la prise de participation dans des fonds d'investissement innovants.

Le but d'une telle institution n'est pas d'être un énième bailleur de fonds pour la région, mais de couvrir des risques et des besoins qui sont actuellement très imparfaitement pris en charge par les institutions internationales et les systèmes bancaires et financiers locaux. Notre commission a considéré que cela représenterait en outre un signal politique très important, répondant à une attente forte dans les pays du sud de la Méditerranée - attente décuplée depuis les événements du début de l'année 2011.

Pour ce faire, tenant compte de sa forte présence dans les pays du sud et de l'est de la Méditerranée, de la rapidité avec laquelle cette proposition pourrait être mise en oeuvre, elle préconisait la transformation des activités méditerranéennes de la Banque européenne d'investissement (BEI), activités regroupées dans la Facilité euro-méditerranéenne d'investissement et de partenariat (Femip), en filiale spécialisée, mobilisant des instruments financiers innovants et dont le capital serait ouvert à tous les pays et toutes les institutions spécialisées souhaitant contribuer au développement de la Méditerranée. S'appuyant sur un instrument existant, son coût serait bien moindre que la création d'une banque ex nihilo.

Prenant également acte de la nécessité de renforcer l'aide publique au développement dans la région, certaines voix se sont élevées récemment pour étendre le mandat de la Berd aux pays de la Méditerranée comme alternative à la proposition de s'appuyer sur la BEI. S'il est vrai que la Berd dispose d'une expérience précieuse en matière de consolidation démocratique, de soutien au secteur privé et de transition vers l'économie de marché, elle n'a cependant pas, contrairement à la BEI, d'expérience opérationnelle dans la région à l'exception de la Turquie. De plus, son intervention, outre qu'elle poserait immanquablement des problèmes de coordination avec celle de la BEI, nécessiterait, compte tenu de ses statuts, d'importants délais de mise en oeuvre pour être applicable à l'ensemble des pays de la zone. Ce sont donc au minimum deux à trois ans qui seraient requis là où l'urgence commande d'agir sans délai. Or, comme le disait MacArthur, les batailles perdues se résument toujours en deux mots : trop tard...

La filialisation de la Femip, quant à elle, ne nécessite qu'un vote unanime du Conseil des gouverneurs de la BEI et pourrait donc être mise en oeuvre dans des délais beaucoup plus rapprochés. En revanche, il serait bien évidemment tout à fait souhaitable que la Berd puisse apporter son propre savoir-faire en devenant elle-même un actionnaire significatif de la banque ainsi créée.

La Méditerranée a souvent été un sujet de clivage entre les pays d'Europe du Sud, qui ont des liens économiques, historiques et culturels forts avec la rive sud de la Méditerranée, et les pays d'Europe du Nord qui perçoivent moins l'intérêt de développer des relations économiques avec cette région. Les révolutions dans le monde arabe, portées par une profonde aspiration à la démocratie et à la modernité, bouleversent la donne. Elles sont d'une portée historique comparable à la chute du mur de Berlin. Dans une démarche aussi politique qu'économique, l'Europe avait alors su tendre la main aux pays d'Europe centrale et orientale. Cela a fonctionné au-delà des espérances ! La convergence économique entre l'Europe de l'Est et l'Europe occidentale a permis à ces pays d'intégrer l'Union européenne, de consolider leur transition démocratique, mais aussi de renforcer nos propres industries.

Les efforts de reconstruction et d'intégration régionale se sont historiquement toujours accompagnés de la création d'une institution financière spécialisée, qui représente tout à la fois un signal politique fort et un instrument opérationnel de rapprochement efficace. La Banque mondiale après la Seconde Guerre mondiale, la BEI instituée par le traité de Rome, la Berd créée en 1990, moins de six mois après la chute du mur de Berlin, sont toutes trois nées dans un contexte exceptionnel de refondation. Au-delà même de leur utilité économique pour les pays récipiendaires, elles se sont révélées un excellent investissement pour leurs actionnaires. En créant aujourd'hui une institution financière pour le développement de la Méditerranée, nous avons une opportunité historique de renforcer nos liens avec les pays méditerranéens pour le plus grand bénéfice de nos industries. Qu'attendons-nous pour le faire ?

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