Banque, rigueur et rigorisme

Par Pierre-Angel Gay, directeur adjoint de la rédaction de La Tribune.
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Voilà les banquiers prévenus. Ils auraient tort de ne pas prendre la polémique au sérieux, puisqu'un mouvement politique au moins, Europe Ecologie-Les Verts, a décidé de porter l'affaire à Bruxelles. Voire d'en faire un sujet d'affrontement de la prochaine campagne présidentielle, comme le confiait ce week-end Eva Joly, candidate à la primaire écologiste.

Le débat est d'abord sémantique, puisqu'il porte sur la transposition de la directive sur les bonus. Cette dernière parle de la nécessité de trouver un équilibre approprié entre rémunérations fixe et variable des banquiers. Le texte français s'en tient, lui, à un rapport approprié. Ce qui autorise, semble-t-il, les dirigeants des grandes banques françaises à avoir des bonus jusqu'à cinq fois supérieurs à leurs salaires. Bruxelles s'émeut, Bercy se justifie. Mais le problème va au-delà des mots. Et même des frontières, puisque, il y a peu, les Britanniques s'offusquaient des rémunérations astronomiques des patrons de Barclays ou de Royal Bank of Scotland, ainsi que de certains de leurs cadres. Il montre que les dirigeants des banques n'ont entendu qu'une partie du message que la population leur a adressé pendant la crise. Tous travaillent à mieux cerner les attentes des particuliers et des entreprises, pour atténuer le désamour de leurs clients et satisfaire leurs nouvelles aspirations.

De l'offre produit au rôle du conseiller financier, dans la banque, tout est en chantier. La Société Générale et le Crédit Agricole, en particulier, donnent le sentiment d'avoir pris la mesure du chemin à parcourir. Mais ce travail, indispensable et salutaire, ne servira à rien si les patrons de banque renouent, dans leur mode de rémunérations, avec les habitudes du passé. Les efforts à s'appliquer à soi-même sont les plus difficiles à accomplir. Les banquiers ne connaîtront la réhabilitation que s'ils s'appliquent la rigueur avec rigorisme.