La Bourse de demain pour les PME existe
Marc Fiorentino
Marc Fiorentino
Les marchés boursiers sont en pleine mutation. L'explosion des plates-formes électroniques oblige les Bourses traditionnelles à regrouper leurs forces pour tenter de résister à la poussée de ces flux souvent opaques. D'où la bataille boursière entre Deutsche Börse et le Nasdaq pour un rapprochement avec Nyse Euronext. Et cette bataille, quelle que soit son issue, ne sera que la première d'une longue série car il faudra continuer à se rapprocher, à consolider, à se mondialiser. Car la finance est depuis longtemps internationale et sans frontières. Dans cette course à la taille, les professionnels du financement des PME par la Bourse, dont je fais partie, s'inquiètent. Que vont devenir nos petites pépites françaises cotées dans un monde où le CAC 40 et ses équivalents font la loi, dans un monde où 70% des volumes sont le fait de traders à haute fréquence ? Qui va s'intéresser à des petites valeurs qui cherchent des capitaux en s'introduisant en Bourse ? Notre inquiétude est légitime.
Et face à un défi, comme celui de la mondialisation, un défi dont on sait aujourd'hui qu'il est inéluctable, il y a toujours deux types de réactions. La peur et la volonté de revenir en arrière contre la volonté de transformer un challenge en opportunité. On voit d'ailleurs, dans un tout autre domaine, que les partis politiques qui prônent le retour aux frontières et le cloisonnement de la France trouvent un bon écho dans la population.
Les PME ont besoin de la Bourse. La Bourse devient mondiale... La solution proposée par certains serait... de revenir à des Bourses régionales. Entendons-nous bien. Le coeur de l'économie nationale, et je le répète régulièrement, ce sont les PME d'Ile-de-France et de province. Ce sont les grosses PME régionales qui font le succès de l'économie allemande par exemple. La France des régions est le coeur de cette économie. Et il faut l'aider. Mais, franchement, est-ce vraiment une bonne idée de proposer à des PME déjà peu visibles à Paris de se "provincialiser" boursièrement ? Les chemins de fer ont remplacé les diligences, l'électricité a détrôné la vapeur, les Brics déstabilisent les pays développés... Il faut faire face à la réalité et ne pas chercher à se réfugier dans la France d'Amélie Poulain.
Nous avons aujourd'hui un marché formidable, unique, une référence mondiale pour le financement des PME. Il s'appelle Alternext. Il a été créé en 2005 et a connu un vrai succès depuis sa création avec 173 introductions et près de 6 milliards d'euros de capitalisation boursière. Contrairement au Nouveau Marché qui a volé en éclats avec la bulle Internet, Alternext a souffert de la crise de 2008 certes, mais s'en est relevé. Et comme l'ont montré les succès spectaculaires récents des introductions comme Carmat, Concoursmania ou Biosynex, c'est un marché qui attire les investisseurs de tous bords comme les fonds spécialisés en petites valeurs cotées, les fonds de private equity, les particuliers (qui doivent faire attention cependant à n'intervenir que sur les valeurs cotées sur le compartiment d'offre au public) et les entrepreneurs. Faites un sondage auprès des entrepreneurs cotés sur Alternext et vous verrez que plus de 80% sont satisfaits... Alternext se paie même le luxe sur 2011 de surperformer le CAC de 10%.
Alors par pitié, ne détruisons pas ce qui marche bien. N'agitons pas inutilement les peurs. Regardons vers l'avant. Donnons des moyens à Alternext pour que les entreprises aient accès aux flux de capitaux. Nous avons demandé à Madame le ministre de l'Economie de soutenir la création d'un fonds de place spécialisé sur Alternext à l'image et elle a répondu rapidement et favorablement. Nous avons demandé au PDG d'Euronext Paris de soutenir plus ouvertement les valeurs moyennes cotées et Alternext en particulier et de leur ouvrir les portes des investisseurs étrangers et il a répondu rapidement et favorablement.
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Les PME ont besoin d'avoir une place à bord du TGV boursier mondial, avec les grandes valeurs, pas d'être cantonnées à une circulation en charrette sur un chemin vicinal.
Marc Fiorentino