La domination du yuan n'aura pas lieu

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La Banque mondiale prévoit, d'ici à 2025, un système monétaire international basé sur le dollar, l'euro et le yuan. Si l'utilisation de la devise chinoise va rapidement se développer dans le commerce international, le billet vert restera encore pour très longtemps la monnaie de réserve de référence.

La Banque mondiale l'affirme : l'hégémonie du dollar sur le Système monétaire international prendra fin d'ici à 2025. Elle cédera progressivement la place à un système tripolaire basé sur le dollar, l'euro et le yuan. L'idée est séduisante même si elle n'est pas nouvelle. Bien évidemment, fixer une échéance - surtout lorsqu'elle est si lointaine - n'a guère de sens, sachant qu'un système financier international ne se décrète pas mais qu'il est le résultat de millions de décisions de millions d'agents économiques. Toutefois, le rapport « La Nouvelle Économie mondiale » a le mérite de souligner une dynamique qui pourrait effectivement bouleverser à terme les rapports de force entre les principales monnaies. Rien n'est joué pour autant.

Le statut de monnaie de réserve du dollar - qui représente 61 % des réserves de change mondiales à la fin 2010 (mais 54 % des réserves des pays émergents) - a encore de beaux jours devant lui. La profondeur et la liquidité du marché obligataire américain (8.000 milliards de dollars) sont toujours sans égales et la devise américaine reste, à ce jour, une garantie de pouvoir d'achat sur très longue période. Et peu importe si la crédibilité monétaire et budgétaire des États-Unis s'est émoussée avec la crise, le dollar sera toujours universellement privilégié comme monnaie de transaction, à travers le monde, hors États-Unis : deux non-Européens accepteront toujours du dollar, pas forcément de l'euro, et encore moins du yuan. Une transaction entre un résident du Brésil et d'Indonésie, par exemple, aura lieu en dollars. Enfin, les banques centrales ne peuvent se permettre de provoquer une panique sur le dollar en se délestant du billet vert. Au bilan de la banque centrale de Chine, une dépréciation du 10 % de dollar provoquerait une perte de change équivalente à 5 % du PIB du pays ! Nombre d'opérateurs sur les marchés sont d'ailleurs intimement convaincus que les banques centrales ont noué des accords « informels » pour éviter des ventes massives de dollar, à l'image de ce qui se fait, officiellement cette fois, sur les stocks d'or.

De son côté, l'euro a certes acquis ses lettres de noblesse, notamment auprès des banques centrales des pays émergents (34 % des réserves de change contre 17 % dix ans plus tôt) mais les positions ambiguës de la BCE sur les taux et un risque, que personne ne peut plus exclure désormais d'un démantèlement de la zone euro, rendent la monnaie européenne bien moins attractive. Pour preuve, les banques centrales émergentes, notamment asiatiques, commencent à privilégier les autres « petites monnaies » de pays, généralement peu endettés, comme les pays scandinaves, le Canada ou l'Australie. Et les banques asiatiques procèdent, depuis deux à trois ans, en toute discrétion, à des achats d'obligations d'État en monnaie locale d'autres pays de la région, comme la Malaisie, Singapour, la Corée et la Thaïlande. Au total, ces « autres monnaies » représentent désormais près de 4 % des réserves de change des banques centrales des pays émergents contre à peine 2 % en octobre 2000. Cette diversification devrait se poursuivre dans les prochaines années.

Reste le yuan. Les Chinois veulent en faire une monnaie de référence, c'est leur voeu le plus cher. D'un point de vue politique, c'est affirmer leur puissance retrouvée. Et d'un point de vue économique, c'est se sortir du « piège dollar », qui reste leur monnaie de réserve et surtout d'investissement à l'étranger. Pour autant, la Chine prend soin de ne pas se surestimer elle-même, ni de provoquer la chute du billet vert. Elle a donc adopté une stratégie de « petits pas » pour internationaliser sa monnaie. Le stratagème consiste ainsi à promouvoir l'utilisation progressive du yuan dans la finance internationale, via des centres offshore (Hong Kong qui peut émettre des obligations libellées en yuans) ou des accords de swaps (d'échanges) avec des banques étrangères des principaux partenaires commerciaux de la Chine. En revanche, les autorités chinoises restent très prudentes sur le contrôle des capitaux, étant à la fois méfiantes sur les entrées de capitaux spéculatifs et réalistes sur la capacité des banques chinoises à gérer le risque.

Le chemin d'une reconnaissance du yuan au niveau international sera long. Les plus optimistes pensent que la monnaie chinoise pourrait représenter 5 % des réserves de change mondiales d'ici à 2020, contre 1,3 % à la fin 2010. En revanche, le yuan devrait beaucoup plus vite s'imposer comme l'une des trois premières devises du commerce international, sous réserve de la mise en place d'un marché à terme du yuan. Mais son statut de monnaie de réserve apparaît bien encore illusoire dans un avenir prévisible.

 

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