Quand Canal Plus tente de fausser le marché des droits du foot
Pascal Perri
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Si la renégociation actuelle des droits audiovisuels du championnat de Ligue 1 est vitale pour le football français, elle remodèle également durablement le paysage audiovisuel français en permettant à de nouveaux acteurs d'émerger. Elle est, de surcroît, essentielle pour le financement de tout le football français et pour la solidarité avec le sport amateur. Les discussions se sont engagées dans un contexte en pleine mutation : le football est devenu un spectacle de dimension mondiale. Jusqu'à une période récente, les compétitions de football touchaient les publics européens et une grande partie du public latino-américain. La mondialisation a aboli les frontières et ce sont désormais des dizaines de millions de téléspectateurs en Asie et au Moyen-Orient qui manifestent un intérêt croissant pour nos championnats européens. La Ligue de football professionnel vient d'ailleurs de confier à Al-Jazira la commercialisation internationale du championnat de Ligue 1 en dehors du marché français.
Cette petite révolution n'est pas sans conséquences : non seulement les droits obtenus sont supérieurs à ce que proposait le sortant, Canal Plus Events (une filiale de Canal Plus), mais surtout ce sont les territoires de l'Orient lointain qui seront ainsi touchés, ouvrant de nouvelles perspectives pour le marché des droits audiovisuels. Le rachat par un fonds qatarien du PSG ou l'ambition affichée de Jean-Michel Aulas de créer une marque internationale vont dans le même sens. Si tous les grands acteurs du football ont compris la marche de l'histoire, c'est, comme souvent, de l'intérieur que vient le danger...
En France, la chaîne Canal Plus tente à chaque appel d'offres d'éliminer toute concurrence pour casser les prix de la Ligue 1. Ce prix correspond pourtant à une valeur économique tangible : celle qui fait le succès de Canal Plus et sans laquelle la télévision payante n'existerait pas. Les dirigeants de Canal Plus répètent à l'envi que leur entreprise n'a pas vocation à devenir la Sécurité sociale du football français. Mais le football n'a pas non plus vocation à être bradé en dessous de sa valeur de marché. Et celle-ci ne peut être révélée qu'en situation de concurrence sur le marché de l'acquisition des droits.
Pascal Perri