Prix agricoles : forts indices de spéculation
Eric Benhamou, éditorialiste à La Tribune
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A l'initiative de la France, un G20 de l'agriculture - une première - se réunit depuis mercredi soir pour tenter de trouver des solutions visant à assurer une meilleure stabilité des prix agricoles. Un sujet devenu très sensible depuis la flambée du prix du blé l'été dernier mais qui est, en réalité, récurrent depuis le premier "pic" des prix agricoles en 2007. La question de la volatilité renvoie naturellement à celle de la spéculation, encore plus difficile à débattre, car mal comprise et souvent assimilée aux marchés à terme. Or ces derniers sont indispensables à double titre : ils permettent aux producteurs de se couvrir contre les variations de prix et ils reflètent les anticipations de prix au comptant. Ils constituent donc une source de liquidité et d'information capitale.
Tout le problème est que les frontières entre couverture et spéculation s'estompent et c'est dans ce flou académique que les politiques se sont emparés du sujet de la spéculation en prenant bien soin de traiter le sujet... plus tard. Car, curieusement, cette question, qui concentre l'essentiel de la controverse sur les prix agricoles, ne sera pas au menu de ce G20 mais tout juste évoquée dans la déclaration finale. Quels sont, en effet, les termes du débat ? Dans sa vision simpliste, il oppose ceux pour qui le "physique" de l'offre et la demande explique l'envol et la volatilité des prix à ceux qui pensent que la spéculation est seule responsable, comme en témoigne le poids croissant des fonds indiciels sur les marchés de matières premières. La controverse est en fait aujourd'hui plus nuancée : les uns reconnaissent une corrélation entre fonds indiciels et volatilité sans démontrer un lien de causalité et les autres admettent le rôle d'amplification des marchés dérivés en soulignant que ce sont toujours des facteurs "physiques" qui sont à l'origine des mouvements de prix. C'est la position de la France.
Malheureusement, les études empiriques sur l'influence des dérivés sont bien souvent contradictoires et les méthodologies contestables.
Eric Benhamou, éditorialiste à La Tribune