"Delenda Europa" ?

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Par François Roche, conseiller éditorial à La Tribune.

Ainsi l'Europe serait finie, victime de trente ans de laxisme financier, hypnotisée par un rêve impossible, celui de construire un modèle politique, social et économique commun aux nations du Vieux Continent. En fait l'Europe n'aurait été et ne serait, selon l'expression de Bismarck, qu'une "construction géographique", en aucun cas une réalité politique. Cette thèse est désormais dominante aux Etats-Unis, sous la plume des meilleurs commentateurs, et elle gagne du terrain en Europe même. Il faut dire que les faits sont là : la Grèce s'achemine lentement mais sûrement vers un défaut (d'ailleurs, serait-il pire pour le pays que les nouvelles mesures d'austérité annoncées par le gouvernement ?) ; l'Italie vient de subir une dégradation de sa notation, malgré un plan d'austérité de 54 milliards d'euros voté le 14 septembre dernier par le Parlement et malgré le fait que la Commission européenne, par les voies les plus officielles, ait jugé que ce plan était de nature à conduire l'Italie vers un excédent primaire du budget dès 2013...

Aussi préoccupante que soit la situation financière d'une partie des pays européens, aussi fondées que soient les analyses de ceux qui pointent ses faiblesses et ses manquements, est-ce suffisant pour rayer d'un trait de plume ce que l'Union européenne aura accompli depuis ses origines ? C'est une question qui mérite d'être posée à l'heure où elle connaît la crise la plus grave de son histoire. Les Américains ne peuvent pas comprendre qu'une Union de nations, de langues et de cultures différentes puisse constituer une réalité politique concrète, dotée d'instruments d'exercice de souveraineté communs, comme une monnaie ou une banque centrale uniques. Ils n'ont pas cette expérience. Mais avant de condamner l'Union européenne à la disparition, interrogeons-nous sur le monde d'après. Soyons certains que vingt-sept pays rendus à leur destin, à leur monnaie, à leur modèle social propres seront en position de préserver leur existence, sans conflits graves, dans la recomposition du monde, face à la Chine et aux Etats-Unis, mais aussi à la Russie ou à l'Inde. Et si nous n'en sommes pas sûrs, alors cela vaut la peine de travailler encore un peu sur des voies de sortie communes, par le haut de préférence.

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