"Il faut commencer à réfléchir à une abolition de la règle de l'unanimité pour la zone euro"

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Pour l'ancien chef du gouvernement belge, député européen, président du groupe de l'Alliance des démocrates et des libéraux pour l'Europe (ADLE), il faut revoir les règles de fonctionnement de l'Union européenne pour tenter de remédier à la crise.

En menant de front une politique d'austérité et la recapitalisation des banques, est-ce que les Européens ne sont pas en train de reprendre le chemin de la récession ?

La seule possibilité pour repartir est d'attirer l'épargne de l'extérieur de l'Union européenne. Pour y arriver, il faut un marché obligataire attractif, où ceux qui investissent ont la certitude qu'ils vont revoir leur argent. Aujourd'hui, nous sommes dans une situation dramatique où même les investisseurs institutionnels européens placent leur argent à l'extérieur de l'Europe.

La Banque centrale européenne (BCE) assure ne plus vouloir racheter d'obligations publiques et campe sur son objectif de stabilité des prix. Une telle politique monétaire est-elle tenable ?

Si la BCE ne rachète plus d'obligations d'Etat, ce sera au Fonds européen de stabilité (FESF) de le faire. C'est pour cela qu'il faut augmenter la puissance feu de ce mécanisme de sauvetage. Nous pouvons soit augmenter directement sa dotation, soit le faire avec la garantie de la BCE, mais elle n'est pas très partante pour cela. Une troisième option consiste à confier au mécanisme de sauvetage une fonction d'assurance sur les titres publics émis par les pays de l'Eurozone. Cependant, au moment où on discute d'un "haircut" de 50% sur la dette grecque, c'est difficile à faire croire aux marchés.

Avec un fonds de sauvetage plus important, sommes-nous parés ?

L'augmentation des moyens du fonds, ce n'est que la moitié du travail. Le plus important est d'en finir avec la règle de l'unanimité. Quelle est l'efficacité d'un système de sauvetage qui, pour chaque décision importante, dépend d'un groupe d'eurosceptiques finlandais ou slovaques ?

L'arrêt de la Cour constitutionnelle allemande soumet toute décision importante du mécanisme de sauvetage à l'examen de la commission des Finances du Bundestag. N'est-ce pas un problème plus grave encore que celui des "vrais Finlandais" ?

Nous pourrions adopter pour le mécanisme de sauvetage un système comparable à celui du Fonds monétaire international (FMI). La majorité y est fixée à 85%. Comme les Américains ont 16%, cela revient à leur donner un droit de veto. Ici, vous dites : pour prendre une décision, vous devez rassembler 80% des droits. Ce seuil de 80 % n'est pas choisi au hasard : les Allemands ont 23% du Fonds. Cela présente en outre l'avantage de se conformer à la décision de la Cour constitutionnelle de Karlsruhe.

Quelles décisions les chefs d'État et de gouvernement de l'Eurozone doivent-ils prendre au moins dimanche à Bruxelles ?

Il faut faire le plus possible. Dire simplement que l'on va augmenter la flexibilité du Fonds européen, mais pas ses moyens, cela risque de ne pas suffire pour convaincre les marchés. Le montant de 2.000 milliards d'euros est évoqué. Mais au-delà de l'augmentation des moyens, il sera nécessaire d'annoncer qu'on commence à réfléchir à une abolition de la règle de l'unanimité. Ce serait un premier pas vers un marché obligataire unique en Europe. La mutualisation des dettes ne peut se faire en quelque mois. Mais il faut l'annoncer car l'argent pour les banques va venir de là. Les Etats aujourd'hui n'ont pas les moyens de les recapitaliser par eux-mêmes. Par ailleurs, si on ne fait pas cette recapitalisation dans un cadre européen, le résultat ne sera pas à la hauteur. Tout le monde se demandera si on a tenu compte des mêmes risques pour chaque banque et la confiance ne sera pas restaurée.

Mais les Allemands ne veulent pas d'une recapitalisation des banques par le fonds.

C'est une position tactique qui peut changer si, par exemple, le "haircut" sur la Grèce est plus élevé. C'est une négociation à variables multiples. Y aura-t-il ou non une approche communautaire pour le fonds ? Comment va-t-on organiser le gouvernement économique ? Tous ces éléments vont compter.

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Commentaires
a écrit le 23/10/2011 à 4:51 :
Si les banques allemandes mais surtout françaises ont accordé des prêts à la Grèce ce n'est pas pour que la pauvre maman puisse acheter des chaussures ou des livres à ses enfants, c'est parce-que la Grèce achetait de l'armement au pays des Merkozy
Remercions les agences de notation américaines qui ont dévoilé l'affaire, sinon je pense que l'on aurait continué à prêter sans restreinte à la Grèce. Ce qui est triste c'est que ceux qui s'en sont mis plein les poches ne seront pas inquiètes, alors que la pauvre maman peinera à acheter des chaussures et des livres à ses enfants, vu que tout a augmenté les impôts et baissé les salaires en Grèce. A quand le 1789 grec.
a écrit le 22/10/2011 à 19:35 :
Outre les Finlandais et les Slovaques, il y en a d?autres dont il faut se méfier tout autant.
Car le jour où le Conseil Européen déciderait de concentrer toutes les sessions du Parlement Européen à Bruxelles ? ce qui permettrait d?économiser jusqu'à 200.000 millions d?euros par an (!) ? les franco-français n?hésiteront pas à s?y opposer autant qu?ils le pourront, afin que persistent tous les mois les carrousels absurdes de centaines et de centaines de députés européens entre Bruxelles et Strasbourg.
a écrit le 22/10/2011 à 16:47 :
La dictature, le rêve absolu des europhiles fous.
a écrit le 22/10/2011 à 12:44 :
Amusant de voir l'agissement des politiques qui n'arrête pas de se comporter comme si la devise de l'euro (un chateau de sable construit sur sable mouvant) était une fatalité absolu. Au lieu de pomper notre argent pour couvrir des états banqueroutes feront mieux d'abolir l'euro. Les pays européens peuvent bien vivre sans l'euro, et plusieurs le font déjà.
Réponse de le 22/10/2011 à 13:33 :
Leur grand argument, c'est de nous faire croire que nous ne pourrions survivre sans l'Euro à cause des pays émergents.... Mais pour qui nous prennent-ils ?
Réponse de le 22/10/2011 à 14:39 :
Dépenser plus ! SUPER et sans remboursement !

Moi aussi j'aimerais comme les grecs ne jamais payer mes impôts et prendre ma retraite l'âge de 50 ans dans une cabane ensoleillée mais construite sans permis au bord de la mer méditerranéenne pour ensuite prendre des emprunts bancaires pour ma consommation dont je ne rembourserai que la moitié. Si de suite vous vous en plaignez je ferai simultanément la grève et la manche et menacerai d'incendier la capitale jusqu'à ce que les autres européens viennent pour me donner encore plus de leur argent.
a écrit le 22/10/2011 à 12:30 :
Je n'irais pas voter en 2012 : Mon vote ne servira à rien, toutes les décisions étant prises à Bruxelles. Croire que nos pantins ont un rôle quelconque dans ce cirque qu'est l'UE n'est qu'un leurre. Sur ce...

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