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OpinionsCommodities & Influence

Le nickel sera-t-il otage d'un troisième référendum en Nouvelle-Calédonie ?

Didier Julienne (*)

Publié le 07 octobre 2020 à 09:08 - Mis à jour le 05 mars 2026 à 13:05

Dider Julienne, marché des matières premières,

Photo d'illustration

Patrick FITZ / M&B

Le Quotidien Numérique

04 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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CHRONIQUE. Le territoire calédonien reste très dépendant de l'exploitation du nickel qui pèse pour près de 90% des exportations de l'île et représente un emploi sur cinq. Après une victoire du NON à un peu plus de 53% des voix, l'après-référendum et la progression du OUI compliquent la vision d'avenir de l'exploitation du nickel dans la région. Par Didier Julienne, spécialiste des marchés des matières premières (*).

Entre 2012 et 2013, au fur et à mesure de mes rencontres avec les responsables politiques de Nouvelle-Calédonie de tous bords, je restais étonné de l'absence de stratégie nickel inclusive entre le Nord et le Sud. Cette partition minière était contradictoire et à rebours de la mondialisation toujours plus intense du marché du nickel.   C'est pourquoi j'avais fortement souligné la nécessité d'une vision commune calédonienne, car la SLN abordait déjà grandes difficultés, l'usine de Vale-Goro était également en question, le Koniambo était porteur d'espérance et l'usine de Corée un succès annoncé.

L'Etat, un créditeur en vain

En 2020 les espoirs se sont matérialisés, l'usine de Corée est l'une des meilleures mondiales et Koniambo Nickel fonctionne, bien qu'un retard technique limite sa capacité. Mais les menaces se sont faites également plus précises sur la SLN (Société Le Nickel, ndlr) de nouveau en mauvaise posture après la déroute de 2016 et au-dessus de Vale-Goro avec une possible fermeture annoncée fin 2020.

Le souci de la SLN restait la rentabilité d'outils hors d'âge. Mal dirigée à l'époque, la société n'avait pas mis en œuvre sa modernisation annoncée. Puis, mal conseillé en 2016, l'État lui évitait la noyade en devenant en vain son créditeur, en vain en effet, car en 2020 malgré les efforts le temps économique a rattrapé le temps politique et risque de le dépasser.

Malgré les inspections, en 2015 puis 2019, les digues de deux mines de Vale s'effondrèrent tragiquement au Brésil. Leur architecture en méthode amont était moins coûteuse qu'une méthode aval, mais elle était réputée plus fragile. À Brumadinho en 2019 ce furent 12 millions m² de résidus qui se déversèrent. En conséquence, Vale se donna 3 ans pour démanteler ses 10 barrages en mode amont. Le coût était d'environ 1,2 milliard d'euros de l'époque. Puis, sous l'égide des Nations Unies, le 5 août 2020 de nouvelles normes internationales des parcs à résidus étaient rendues publiques. Par la suite, en septembre 2020 après enquête de la justice de Brasilia, le nombre des parcs à résidus brésiliens réputés dangereux et appartenant à Vale s'élevait à 29.

Le parc à résidus de Goro n'était pas du nombre, toutefois, à la séance du Congrès de Nouvelle-Calédonie le 14 septembre 2020, une question posée restait sans réponse : pourquoi Vale fermera-t-il l'usine de Goro fin décembre 2020, alors que depuis cet été la production d'hydroxyde de nickel y est réputée rentable ? L'explication réside-t-elle dans le barrage ? Son architecture est en mode aval plus sécurisante qu'en mode amont, et une étude d'impact, sur les communautés et l'environnement en cas d'effondrement, était réalisée en 2019. Sa capacité nominale est de 45 milllions m² mais elle ne sera pas atteinte avant 2023 — à raison de 5 millions m² par an. Dès cet instant, le projet Lucy financé par Vale à hauteur de 500 M$ substituera aux résidus humides des résidus secs disposés sous la forme d'un second barrage consolidant le premier.

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Pourquoi malgré ces apparences positives, Vale ne souhaite-t-il plus déposer de résidus humides dès fin 2020, mais accepte qu'un repreneur le fasse à sa place ? Les hypothèses sont multiples, et en cas de rachat, il serait souhaitable que Vale donne au repreneur une garantie de passif sur le parc à résidus qui devrait désormais s'inscrire dans les recommandations des nouvelles normes d'août 2020.

Quelle stratégie pour le nickel après le référendum ?

La Nouvelle-Calédonie est terre de sentiments translucides, mais contrastés. L'ensemble rappelle parfois un ancien sujet de dissertation bien français :

«Corneille a peint les hommes tels qu'ils devraient être et Racine tels qu'ils sont».

Le cœur de nombreux métropolitains comprend que sans la Nouvelle-Calédonie la France perdrait de son charme, et dans le même temps, leur raison peut y égarer sa sérénité.

Cette perception de sensations mêlées s'incarnait pendant la soirée du référendum du 4 octobre 2020 sur NC1ere. Au milieu d'interviews et de débats, des personnalités politiques d'Avenir en Confiance, de Calédonie Ensemble et du FLNKS se détachaient positivement et clairement par leur réalisme, leur calme, leur ouverture d'esprit, leur sagesse ou leur vision.

Alors que Paris rappelait que l'État serait là pour guider la Nouvelle-Calédonie vers ses véritables enjeux, une stratégie nickel collective entre le Nord et le Sud et dirigée par ces personnalités résoudrait le problème de SLN et démêlerait celui de Goro, avant qu'ils ne soient les otages d'un troisième référendum. Il n'est que temps aux calédoniennes et calédoniens de bonne volonté d'écrire ensemble cette vision commune.

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(*) Didier Julienne anime un blog sur les problématiques industrielles et géopolitiques liées aux marchés des métaux. Il est aussi auteur sur LaTribune.fr.

Didier Julienne (*)

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