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Comment affronter la partie immergée du terrorisme de Daech

Alain CABRAS

Publié le 02 août 2016 à 08:13 - Mis à jour le 02 août 2016 à 12:10

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

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L'attentat de Saint-Étienne du Rouvray montre que le groupe État islamique s'attaque désormais aux symboles de notre civilisation. « Frapper les symboles, c'est séparer ce qui ne devrait pas l'être et qui fait sens pour toute une société. Ces blessures sont profondes », considère Alain Cabras. Pour contrer « la partie immergée de l'iceberg djihadiste », ce spécialiste en gestion de la pluralité culturelle et religieuse en milieu professionnel préconise notamment de mobiliser nos forces morales et...

La guerre des islamistes à l'encontre des symboles de la société française s'intensifie. La phase « une » du terrorisme voulue par l'organisation État islamique et ses complices, sur notre territoire, est gagnée. Il faut le reconnaître. La terreur s'est immiscée dans tous les esprits en France. Le rôle premier de la terreur est de paralyser et d'empêcher ses proies de penser, puis de laisser leur imaginaire collectif et leurs préférences collectives s'épanouir.

Depuis les tueries de Toulouse et Montauban en 2012, jusqu'au 14 juillet 2016 à Nice et le meurtre de Jacques Hamel, prêtre catholique, au coeur de son église de Saint-Étienne du Rouvray, cette guerre tue des enfants, des femmes et des hommes à des moments « symboliques » tout aussi vivants pour une société.

Ici, il faut rappeler ce qu'est un symbole. Cela vient du Grec antique, « symbolon », qui signifie « mettre ensemble », « rassembler ». Son contraire a donné « diabolon », ce qui sépare, divise... Frapper les symboles, c'est séparer ce qui ne devrait pas l'être et qui fait sens pour toute une société. Ces blessures sont profondes.

Préserver l'ordre symbolique de notre société

Le terrorisme islamiste agit à double face comme un iceberg. La partie émergée est celle des tueries sanglantes qui déciment les vies, les amours, les familles et les espoirs qu'elles portaient. C'est sur cette partie que l'appareil répressif d'État, l'ordre militaire et policier, frappent et vont frapper encore plus fort. C'est légitime et nécessaire mais insuffisant, car ce serait mener un combat sur une seule jambe face à un ennemi qui est bien campé sur les deux siennes.

Les terroristes mènent aussi une guerre aux symboles centraux de notre cohésion historique, géographique et idéale aux effets à long terme. C'est la « phase deux » de leur projet apocalyptique, la partie immergée de l'iceberg djihadiste, profonde et silencieuse. La combattre nécessite des forces morales et intellectuelles immenses. Cette bataille sera plus longue, moins sensationnelle en termes de communication, mais seule garante d'une réelle victoire sur les pulsions de mort et de destruction de l'islamisme « daeshiste ». Elle aura pour objectif vital d'empêcher la destruction du coeur de la partie immergée de notre culture, et en son sein, des symboles qui la constituent et la représentent. Ce coeur est le « système immunitaire symbolique » d'une société.

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Comme pour un corps humain ou le corps d'une société, préserver la santé de cet ordre symbolique, nécessite d'utiliser l'outil de la prévention, seule arme dont dispose l'ensemble de la société civile démocratique et républicaine. Cette prévention doit permettre d'anticiper une transformation des esprits par le lavage de cerveau fait par les islamistes sur une certaine jeunesse de France et par l'évacuation de la peur qu'ils inspirent à tous les autres.

En effet, en frappant les symboles de toute une société et de sa culture, les terroristes veulent créer chez leurs victimes une « incapacité » à se raccrocher à des éléments fédérateurs, que l'on croyait oubliés mais dont la machine à produire du sens est pourtant intacte. Les 3,7 millions de manifestants chantant la Marseillaise à tue-tête, après l'attaque contre « Charlie Hebdo », en témoignent.

« Sanctuariser les lieux de fabrique d'imaginaire français »

Par où commencer dès lors ? En sanctuarisant, dans la société française, les fabriques d'imaginaires collectifs et celles de ses armements mentaux fidèles à l'esprit des Lumières et de la devise républicaine : liberté, égalité, fraternité, laïcité.

Ces lieux de fabrique d'imaginaire français sont nombreux et puissants. Ils ont influencé le monde. Littérature, arts, culture, art de vivre... au sens des productions nobles de l'esprit qui permettent une élévation ou révélation de soi par les oeuvres de l'esprit des autres. C'est la raison pour laquelle, dans l'imaginaire de notre civilisation, le dialogue incessant avec les œuvres des morts est un enjeu passionnel. En France, les enjeux de mémoire sont encore des enjeux d'avenir.

Aujourd'hui agressée, cette liberté de s'élever est remise en cause dans une partie des territoires de la République, ses collèges et ses lycées. Une réponse urgente doit être apportée aux pressions islamistes contre l'enseignement des Lumières, sur lequel il y a depuis longtemps consensus dans la société française.

Afficher et assumer les préférences culturelles de la société française

C'est pourquoi, les préférences culturelles de la société française doivent s'afficher pour s'assumer, comme autant de phares et de repères dans la nuit qui avance. Mais pour cela, l'État comme une certaine partie de la société doit cesser de renoncer à elles, de les renier dans une mésestime de soi ou un consumérisme ramollissant, devenus le lit dans lequel le djihadisme prolifère.

La lutte contre la déformation des esprits en France passe aussi par un désarmement des lieux où se construit l'autre imaginaire, celui islamistes. Comment se fait-il, en effet, qu'un inventaire des mosquées et lieux de cultes musulmans pour fermer les lieux de formation intégristes, salafistes ou wahhabites, n'ait pas encore eu lieu ? La République n'avait pas hésité, en 1905-1906, à fermer les églises qui refusaient l'Inventaire national des biens religieux.

Un immense plan éducatif, nouvelle cause nationale

De même, dans les territoires perdus de l'esprit français et républicain, comment se fait-il encore qu'il n'y ait pas l'ombre d'un débat sur un immense plan éducatif, déclaré « cause nationale », fort d'une nouvelle génération de hussards noirs, avec présence massive des services publics des collectivités territoriales pour rétablir la formation des jeunes esprits et stopper la mémoire gommeuse, propice aux lavages de crâne islamiste ?

Quand, enfin, une loi sera-t-elle avancée pour interdire toute remise en question religieuse des enseignements scientifiques de la République et dans la foulée, mieux encadrer les lois Falloux (1850) et Debré (1959) sur la création des écoles privées sans contrat avec l'État, sujet délicat mais indispensable, quand on sait que certains islamistes retirent leurs enfants des écoles de la République, ou simplement en contrat avec l'État, en créant des écoles dites libres ?

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Au moment où la lutte pour la protection des symboles vivants de l'idéal français et européen prend une ampleur inégalée depuis le nazisme et le stalinisme, il est bon de se souvenir de ce jeu de mots de Jacques Lacan, qui posait les bases de l'intelligence interculturelle dans une société : « Sans Père ni repères pas de place parmi mes pairs ». Seule une société civile entièrement debout pourra s'opposer à ce qu'on lui enlève sa liberté de choisir ses pairs.

@AlainCABRAS (Dernier livre publié : Méditerranée : les rives de l'espoir, Landogne, 2016).

...

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Alain CABRAS

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