Après le Brexit, que faire ?

 |   |  1307  mots
(Crédits : DR)
Répondre aux attentes des européens pourrait passer par la constitution d'une Europe de la sécurité, au sens large: sécurité aux frontières, sécurité énergétique, environnementale, monétaire et financière... Par Pierre-Yves Cossé, ancien commissaire au Plan

Il était inévitable qu'un choc aussi violent engendre une multitude de réactions et de propositions. Elles vont dans tous les sens et sont souvent inspirées par des préoccupations tactiques de politique intérieure ou par des présupposés idéologiques, qui ignorent les contraintes du possible. S'il faut laisser un temps pour les réactions à fleur de peau et les imprécations, il est possible d'esquisser dès maintenant quelques lignes directrices, entre lesquelles il faudra faire un choix.

 Un processus long

La première serait un prudent « Wait and See » Beaucoup de facteurs vont dans ce sens. La sortie est un processus long, à rebondissements, d'autant qu'il faudra parallèlement négocier un dispositif de remplacement. Le gouvernement britannique veut prendre son temps, alors que Bruxelles, Paris et Berlin veulent aller vite. Mais les Anglais ont pour eux la lettre du traité et ils sont des juristes expérimentés et des négociateurs retors. Durant cette période discussion qui durera au moins trois ans les prochaines années, les opinions comme les positions vont évoluer.

Les « leavers » vont constater que les promesses qui leur ont été faites étaient des songes creux et que les changements annoncés sont toujours renvoyés au futur. Les « remainers » ne se seront pas résignés. Le gouvernement britannique, s'appuyant sur un Parlement probablement composé en majorité d'adversaires du brexit, pourrait faire valoir son impossibilité à parvenir à une solution favorable pour la Grande-Bretagne. Le dispositif de remplacement, à la suisse ou à la norvégienne, n'allègerait guère les contraintes imposées par le système actuel. Il constaterait son incapacité à empêcher la sécession avec l'Ecosse et le retour à l'instabilité en Irlande. Tirant les conséquences de cette impasse, il organiserait un second référendum. Il s'agit que moins de 2% des électeurs changent de camp.

A la recherche d'un projet de relance de l'Europe

Pendant ce temps, les 27 et Bruxelles défendraient avec fermeté et sans agressivité les intérêts de l'Union. Ils chercheraient à améliorer son image, en se donnant un code de bonne conduite : cesser de faire de Bruxelles le bouc émissaire de leurs échecs et des politiques impopulaires dans leur pays et trouver des compromis positifs sur les problèmes pendants les plus difficiles, comme les migrations.

Cette patience, prudente mais active, serait justifiée par le fait qu'il n'existe aucun projet de refondation de l'Europe, susceptible de recueillir rapidement une adhésion de la part des peuples et des gouvernements et que l'ouverture d'un débat institutionnel est de nature à accroître la confusion actuelle.

 La seconde, qui s'oppose à la première, serait « Plus d'Europe » Les insuffisances de l'Europe auraient pour origine un début de paralysie de l'Union qui serait au milieu du gué. L'intégration des économies européennes est plus avancée que ce que croient les Européens et ce que disent leurs gouvernements. La seule sortie satisfaisante est par le haut. Il faut définir un ensemble d'actions nouvelles à la fois pour les vingt-sept et pour la zone euro. De nombreuses propositions sont sur la table, il suffirait de les hiérarchiser  et de fixer un calendrier: politiques de l'environnement et de l'énergie, programmes d'investissement, politique de voisinage, consolidation de l'euro par une politique budgétaire et fiscale soumise à un contrôle parlementaire...

Si cette stratégie est pertinente, ce que je crois, elle n'est pas réaliste, une bonne partie des Européens rejetant le « plus d'Europe » Le brexit s'inscrit dans un mouvement plus large de « décrochage » des opinions par rapport à l'Union Européenne.

Inverser le courant dominant vers "moins d'Europe"?

Le courant dominant est celui de « moins d'Europe » Les tentatives anglaises pour définir ce moins d'Europe, qui ont abouti à un accord boiteux et juridiquement contestable, n'ont convaincu personne.

Il faudrait des leaders d'envergure, pédagogues et prêts à prendre des risques, pour inverser le mouvement. Ni les présidents de la Commission et du Conseil des Ministres européens ou du Parlement n'ont l'aura et l'autorité nécessaire. L'affaiblissement durable du pôle franco- allemand : intérêts économiques divergents à court terme et proximité des élections (2017) est source de paralysie. Ni la chancelière ni notre président ne sont prêts, en supposant qu'ils se mettent d'accord, à se lancer dans une telle opération.

 Une attente de sécurité

La troisième ligne directrice « Priorité aux attentes des Européens ou Europe-Sécurité » serait un prolongement de la première, tout en ajoutant quelques unes des actions mentionnées plus haut. La gestion active et prudente serait complétée par une prise en en compte de l'attente majeure des Européens. Cette attente majeure, c'est la « Sécurité » Il est impératif que dans un monde de plus en plus dangereux, les Européens associent Europe et Sécurité et que cette association repose sur des réalités et des institutions visibles.

 Cette « Sécurité » se décline.

Sécurité à l'intérieur des frontières, c'est la lutte contre le terrorisme. La coordination doit être renforcée et un FBI européen créé.

Sécurité aux frontières, ce qui suppose un très fort renforcement de Frontex, sans lequel les accords de Schengen disparaitront définitivement.

Sécurité avec les pays du voisinage, ce qui implique une analyse commune des menaces et leur traitement, en particulier celles qui viennent du Moyen-Orient et d'Afrique.

Sécurité de notre environnement, incluant une fixation d'un prix du CO2 au moyen d'un marché efficace ou d'une taxation fiscale

Sécurité énergétique, qui passe une coordination étroite des nos approvisionnements et de nos relations avec la Russie.

Sécurité monétaire et financière, c'est-à-dire un renforcement de l'euro et de l'union bancaire. Elle ne se fera sans un compromis entre la France et l'Allemagne ; soit pour la France, un minimum de politique budgétaire associée à un transfert de souveraineté et à un contrôle parlementaire ; et pour l'Allemagne un minimum de solidarité financière.

Cette énumération est volontairement ambitieuse. Elle peut être allégée, certains volets étant provisoirement mis de côté faute d'un consensus suffisant.

 Une grande conférence internationale

Une fois fixée la ligne directrice de « l'Europe-Sécurité » des procédures d'explicitation et de mises en œuvre sont à inventer.

La première étape serait la tenue d'une grande conférence internationale sur La Sécurité des Européens dont le tiers des membres viendrait de la société civile. L'annonce de cette conférence serait faite simultanément dans les six pays fondateurs de la Communauté Economique Européenne. Cette conférence articulerait des réunions plénières et des ateliers pour chaque « sécurité » sélectionnée. Certains ateliers seraient décentralisés et présidés par de « grands  européens » venant également de la société civile, selon des modalités propres à chaque thème. Le Royaume Uni serait invité comme observateur. Les ateliers pourraient procéder à des consultations ouvertes, en utilisant les possibilités offertes par le numérique.

L'association des opinions est d'autant plus nécessaire qu'un « plus de sécurité « aura un coût. Si les Européens sont convaincus de la nécessité de ce « plus de sécurité » et de l'efficacité des dispositions adoptées, ils accepteront l'effort.

Il est d'autant plus urgent d'annoncer la conférence internationale sur la sécurité que sa mise en œuvre demandera quelque temps. Pour convaincre que l'orientation « Sécurité » est vraiment prioritaire, il serait sage de mettre en stand by des dossiers qui n'entrent pas directement dans ce cadre. Un peu de « moins » pourrait rassurer. Cette « Europe Sécurité » ne sera comprise que si les principaux dirigeants la préconisent partout en Europe, avec intelligence et conviction. Est-ce dans le domaine du possible ?

 Pierre-Yves Cossé

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 05/07/2016 à 16:49 :
A lire les commentaires dont certains reflètent la tonalité des votants anglais « pro leave », et l'inévitable charge contre "les élites", disons simplement:QUI VIVRA VERRA !
a écrit le 04/07/2016 à 14:46 :
Que faire cher Monsieur ? Et bien enfin vous taire...Cela vous gène la voix du peuple ? "Ah ces gens qui pensent si mal...Quelle catastrophe..."

Vous avez tout faux sur toute la ligne depuis des décennies mais vous persistez et il faut croire que les donneurs de leçons comme vous ne partent jamais à la retraite...Allez vous et nous reposer SVP...
a écrit le 30/06/2016 à 19:38 :
Les relations avec la Russie sont abordées mais brièvement : Plus de 17 millions de km², 9 fuseaux horaires, tous les métaux rares, une quantité impressionnante d'hydrocarbures, un potentiel touristique qui fait rêver...
On se demande pourquoi après plus de 25 ans qui ont suivi la chute du communisme dans les pays de l'Est aucune politique de rapprochement commercial n'a été amorcée envers ce pays-continent ( ou si peu ). La vraie révolution serait de commencer à s'ouvrir vers cet immense pays. Quant au Brexit, ce n'est pas la fin du monde, ni des haricots.
a écrit le 27/06/2016 à 20:31 :
"Il faudrait des leaders d'envergure" : Oh, de la belle science fiction politique! Où les trouver? Actuellement, les nôtres sont plus que minables! La plupart d'eux, quand ils pensent le long terme, c'est la publication du prochain sondage (Bonjour madame Merkel, avec les 150 sondages par an commandés par la chancellerie, pire que Sarkozy...). Pour les "meilleurs" d'eux, le long terme c'est la prochaine écheance électorale. Alors....
a écrit le 27/06/2016 à 13:35 :
Monsieur Cossé ,encore une fois vous tapez dans le mille!Vos arguments sont lucides et constructifs,je suis sur qu'ils rencontreront l'adhésion des citoyens européens.Puissent nos hommes politiques avoir la lucidité de les écouter!
a écrit le 27/06/2016 à 11:16 :
Encore un fédéraliste qui n'a pas compris le message des électeurs. Non, c'est non. Vous, les fédéralistes, êtes la plaie de l'Europe. Vous êtes largement responsable du Brexit par votre incapacité à avoir développé une Europe démocratique. Le parlement européen n'est là qu'à titre consultatif, tout se décide à la commission, qui est nominé et non élu.

Alors maintenant, vous allez accepter la décision du peuple britanique, dissoudre la commission européenne, et travailler à l'élaboration d'un nouveau traité permettant l'émergence d'une Europe des états nation. Ce sera une Europe politique, avec un champs d'intervention limité aux domaines communs : la défense, l'investissement, la santé et l'harmonisation fiscale.

Au travail.
Réponse de le 27/06/2016 à 14:40 :
Désolé mais c'est illogique, nous ne pourrons pas faire plus d'Europe avec moins d'Europe. Il n'y a pas encore d'Europe de la défense ni d'harmonisation sociale et fiscale. Il y en aura encore moins!

(sans parler du peu d'investissements communs)!
a écrit le 27/06/2016 à 9:33 :
De quoi parle Mr Cossé quand il parle de sécurité ? : la commission européenne n'a pas vraiment défendu la sidérurgie européenne contre le dumping chinois. Un vrai problème pour les allemands, les français, et les anglais, qui ont donc voté contre l'Europe. C'est ça, la vraie logique.
a écrit le 27/06/2016 à 9:24 :
On peut dérouler tous les discours qu'on veut sur le Brexit. Et fabriquer un beau rideau de fumée, comme d'habitude : les vrais responsables de cette catastrophe, qui n'est en peut-être pas une, sont Mr Cameron et les bureaucrates de Bruxelles. Mr Cameron est sanctionné, mais pas les bureaucrates de Bruxelles : c'est bien l'Europe qui a un problème, pas les anglais.
a écrit le 27/06/2016 à 9:08 :
"Il était inévitable ...", encore un prédicateur qui savait tout...une fois l'évènement survenu !!! Et puis citer ce qui serait idéal n'est pas bien difficile, le plus dur, c'est d'y parvenir, n'est-ce pas :-)
a écrit le 27/06/2016 à 9:04 :
Pour cause, on a voulu reformer au niveau de la base avant les élites!
a écrit le 27/06/2016 à 7:59 :
Monsieur Cossé, vous abordez le problème avec beaucoup de logique. En effet, il convient de prendre en compte une politique de l'environnement et de l'énergie. Pour ma part, je pense que ce problème doit être traité d'abord en France pour donner l'exemple et pour profiter des avantages de cette mesure. Nous devrions en reparler. Merci.
Réponse de le 27/06/2016 à 10:23 :
Je complète mon commentaire en proposant de basculer la fiscalité du travail sur la fiscalité énergétique. Cette mesure correspond à la proposition de Jean Tirole pour une taxe sur l'énergie, et à l'utilisation de cette taxe pour réduire le cout du travail suivant la note n°6 du CAE. Elle correspond aux propositions exprimées par la fondation Nicolas Hulot.
Réponse de le 27/06/2016 à 11:40 :
@gépé: et tu dépenses tellement d'énergie que tes taxes et impôts vont exploser :-) La France, petit pays, qui donne l'exemple ! On a envie de rire: le chef ordonne, et les louffias exécutent disait Chirac :-)
Réponse de le 28/06/2016 à 7:29 :
Cher Patrick, il ne s'agit pas de nouveaux impots, mais d'une répartition différente des prélèvements existants. Nous en reparlerons sans doute en octobre. Bonnes vacances.
a écrit le 27/06/2016 à 7:51 :
L'UE aurai du "s'attaquer" par réforme a la convergence "des élites" plutôt qu'a soumettre les petites gens a des réformes qui ne profitent qu'a ces élites!

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :