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OpinionsGénération deuxième gauche

François Hollande, le facilitateur utile

Photo de Pierre-Yves Cossé

Pierre-Yves Cossé

Publié le 02 juillet 2015 à 11:53 - Mis à jour le 02 juillet 2015 à 14:22

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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Le président de la République est plus à l'aise dans le rôle de facilitateur que dans celui de Croisé. D'où des combats qu'il n'a pas voulu mener, notamment contre la désastreuse politique économique mise en œuvre par Bruxelles. Par Pierre-Yves Cossé, ancien commissaire au Plan

Notre Président de la République a des rondeurs qui inspirent confiance. Président « normal » il est sociable et apparait de bonne compagnie. Si par malheur vous êtes coincé et stressé dans un ascenseur, vous préféreriez l'avoir à vos côtés que son prédécesseur à l'Elysée.
A l'étranger, le personnage rassure, contrairement à son prédécesseur. Il arrondit les angles, ne manque ni de sensibilité ni d'habileté avec ses pairs et sait faire oublier les tares d'une France encore jugée prétentieuse.

Le facilitateur

Il donne de sa personne pour apaiser les conflits. C'est le facilitateur et son rôle est jugé utile par le plus grand nombre. Facilitateur dans le conflit ukrainien ou dans la crise grecque, il obtient des résultats modestes. Mais, la France, puissance moyenne peut-elle prétendre à plus ? Ferait-elle mieux en parlant haut et en roulant des mécaniques comme nous y étions habitués du temps de Nicolas Sarkozy ? On peut en douter. Ne gagne-t-on pas en influence et donc en efficacité en ne cherchant pas à occuper en permanence le devant de la scène ?
A côté d'Angela Merkel, qui peu à peu s'impose comme la Mama des Européens, il tient dignement le rôle du Prince Consort. Le président d'un pays qui ne boucle ses comptes qu'avec un apport permanent d'épargne étrangère ne saurait occuper la première place en Europe.

Dans le domaine du commerce des armes, cette modestie et prudence font merveille. Pas d'annonce prématurée mais de l'écoute, de la patience et une capacité à travailler en équipe. Admirablement assisté par son ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, qui ne ménage ni son temps ni ses efforts, appuyé par un ministre des Affaires Etrangères qui a mis la diplomatie économique au premier plan de ses responsabilités, il accumule les résultats, spectaculaires dans le cas du Rafale.

Trancher dans le vif

Facilitateur et honnête courtier, sûrement. Mais aussi un décideur qui sait trancher dans le vif. Le Mali est l'exemple le plus convaincant. Aussi rapide que son prédécesseur bombardant Bengazi, il a su, lui, se préoccuper de la suite : intervention de casques bleus, appuis financiers européens, organisation d'élections et pressions pour un accord avec les ethnies du Nord. Certes, ce n'est pas un accord qui parviendra à pacifier définitivement des zones instables depuis des siècles mais la seule signature d'un accord constitue un progrès.
Le second exemple aurait pu être la Syrie, quoique la suite d'une intervention armée n'ait jamais été explicitée. Obama n'a pas voulu qu'il en fût ainsi.
Un autre exemple est l'organisation à Paris de l'accueil des dirigeants du monde entier au lendemain du massacre des journalistes de Charlie Hebdo. Nul doute que cette capacité d'agir à chaud ait rassuré la plus grande partie de nos concitoyens et renforcé François Hollande comme le garant de la sécurité et de l'unité nationale.

Une souveraineté budgétaire largement formelle

Faciliter, vendre, rassurer, cela ferait un bilan international positif, s'il n'y avait pas le flou qui enveloppe sa politique. Accaparé par le court terme et les exigences de la communication, aucune vision longue ne vient éclairer son action. L'empirisme et la prudence conduisent le Président au silence. Et lorsqu'une vision transparait, elle inquiète.

Sur l'Europe, l'ancien premier secrétaire du PS est paralysé depuis l'échec du référendum de 2005. Considérant que le rapport de forces était défavorable à la France, du fait de son affaiblissement économique, il a choisi le suivisme et n'a pas contesté le désastreux Policy mix mis en œuvre par Bruxelles pendant quatre ans. Il a seulement cherché à en atténuer les effets sur la France. Au lieu d'admettre que la France endettée et structurellement déficitaire a perdu une partie de sa souveraineté budgétaire et financière et qu'elle a intérêt à un renforcement de l'Europe budgétaire et monétaire et à des modes nouveaux d'exercice en commun de la souveraineté dans ce domaine, il exhibe de cette souveraineté largement formelle pour s'en tenir au statu quo. Certes, il n'est pas sûr qu'un pas de plus vers un fédéralisme budgétaire ait recueilli une adhésion. Mais il est des combats qu'il faut mener pour préparer l'avenir et éclairer l'opinion, quitte à expliquer aux Français la gravité de notre la situation financière et économique. Sans réalisme sur nous-mêmes, il est illusoire que nous nous fassions entendre de nos partenaires.

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Opportunisme et court termisme au Moyen Orient

Sur le Moyen-Orient, l'opportunisme et le court terme l'emportent sur toute autre préoccupation, notamment celle de l'équilibre. Il est habile de profiter de l'affaiblissement actuel des Etat-Unis pour avancer nos pions et améliorer nos positions économiques. Ce souci conduit logiquement à ménager ses clients et à taire ce qui pourrait fâcher. Quoique beaucoup le regrettent, la politique étrangère ne peut se conduire à partir des Droits de l'Homme. On peut néanmoins garder la distance et des marges de manœuvre , ne serait-ce qu'en considération de l'avenir.

Etait-il nécessaire qu'à Alger, François Hollande déclare à propos d'Abdel Aziz Bouteflika qu' « il était rare de rencontrer un chef d'Etat ayant une telle alacrité et capacité de jugement »?  N'est-ce pas humilier encore davantage une population algérienne frustrée d'avoir à leur tête un chef d'Etat incapable de gouverner. Et qui peut dire ce qui se passera dans quelques semaines ou quelques mois lors de la disparition de Bouteflika ?
Ne pourrait-on maintenir la distance à l'égard du Maréchal égyptien Sissi qui emprisonne, fait torturer et exécuter ses adversaires comme jamais Moubarak n'a osé le faire ? Ce bon client est un affreux dictateur, bénéficiant de l'indulgence et du silence de l'establishment et des médias français parce qu'il représenterait le moindre mal. Son prédécesseur, actuellement condamné à mort, avait, lui, été démocratiquement élu.

Quels liens avec l'Arabie Saoudite, finançant le salafisme?

A propos de l'Arabie Saoudite, client particulièrement solvable, nous ignorons encore plus les nuances. S'agissant des relations bilatérales, rappelons que le salafisme, héritier du wahhabisme saoudien, a pollué l'islam malékite, plus tolérant et ouvert ( « l'islam des consulats ») pratiqué par les maghrébins en France. Nous avons laissé des imans venus d'Arabie, ignorants de notre culture et de nos traditions, prêcher dans les mosquées françaises. Recevant des financements quasi illimités, cet islam sectaire, méprisant la laïcité, continue d'être diffusé partout dans le monde et son influence ne fait que croître.

C'est cet Islam qui a engendré les dirigeants d'Al Queida depuis Ben Laden. Le salafisme peut en rester au stade du fondamentalisme sans aboutir au djihadisme, mais les djihadistes s'en réclament. La méfiance à son égard doit rester permanente. Quels risques avons-nous le droit de faire courir à notre démocratie pour la vente de Rafale, d'hélicoptères et autres matériels militaires ? La question mérite d'être posée.
A ce risque, notre Président oppose, au moins de façon implicite, sa vision de la hiérarchie des risques dans cette région du monde.

Sur l'Iran, un alignement sur les positions israéliennes

Le plus grand risque est l'Iran, qui serait la véritable internationale du terrorisme dans le monde, et financerait les guerres et les révolutions dans de nombreux pays : Yémen, Syrie, Liban, Bahreïn. Cette appréciation d'un nouveau Grand Satan, est celle du Premier Ministre israélien, Benjamin Netanyahou. Aussi, de façon logique, nous mettons le maximum de bâtons dans la négociation sur le nucléaire conduite par les Etats-Unis, nous alignant sur Israël.

Et si cette vision était inexacte, ce qu'affirment beaucoup de spécialistes ? La société iranienne, beaucoup plus riche et diversifiée que la société saoudienne, veut la paix et une bonne partie de ses dirigeants est prête à renoncer au nucléaire militaire. Même si la France n'a probablement pas les moyens de bloquer la négociation, son entêtement risque de lui coûter cher. L'Iran est un grand pays qui dispose de ressources abondantes et d'une classe moyenne évoluée. Les entreprises françaises, automobiles notamment, occupaient des positions fortes, qu'elles risquent fort de ne pas retrouver.
Si l'on regarde plus loin, la France se trouverait engagée par son alliance étroite avec les Saoudiens dans le grand conflit entre Sunnites et Chiites, qui va longtemps être un des conflits majeurs du Moyen Orient. Or nous n'avons rien à faire dans un tel conflit et il est impératif de nous tenir à l'écart.
Espérons que les partisans d'un accord contraignant mais réaliste avec l'Iran l'emportent, et que la France développe des relations plus équilibrées au Moyen- Orient entre puissances sunnites et chiites, quitte à ralentir quelque peu nos exportations d'armes.

Meilleure facilitateur que Croisé

François Hollande est meilleur dans la posture de facilitateur que dans celle de Croisé. Une grande opportunité se présente pour exercer son talent, la conférence sur le climat de la fin de l'année. L'homme de la « synthèse » pourrait faciliter un accord, qui ne peut être qu'un compromis. Les opinions publiques et des acteurs non étatiques comme les collectivités territoriales feront pression et influeront sur leurs gouvernements. Un accord imparfait pourrait être considéré comme un succès et notre Président de la République en bénéficierait.

Quant à la suite, la préparation de l'échéance 2017 ne lui laissera ni le temps ni le goût de prendre des initiatives à haut risque. Mais il continuera de faciliter.

Pierre-Yve Cossé
Juin 2015

Pierre-Yves Cossé

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