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OpinionsGénération deuxième gauche

Grèce: une crise visible... et invisible

Photo de Pierre-Yves Cossé

Pierre-Yves Cossé

Publié le 16 janvier 2016 à 14:05 - Mis à jour le 18 janvier 2016 à 16:28

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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Ce que le touriste peut voir de la crise grecque, surtout sensible à Athènes. Par Pierre-Yves Cossé, ancien commissaire au Plan

Pour le touriste qui se rend en Grèce et qui ne débute pas par Athènes, la crise est peu visible et les Grecs accueillants et détendus. Les hôtels offrent des prestations de qualité à de nombreux visiteurs, souvent d'origine grecque. Les marchés sont bien achalandés : excellents fruits et produits de saison (oranges, mandarines, citrons, olives), légumes variés, poissons, épices, miel. Dans les centres commerciaux, dont de nombreux Carrefour, la gamme des produits, plus limitée qu'en France, couvre les besoins courants. Les boulangeries satisfont tous les goûts et toutes les gourmandises, classiques ou orientales. Les maisons sont bien entretenues et les villes propres.

Les services publics fonctionnent, à l'exception d'une grève le samedi et dimanche du personnel des sites archéologiques, qui a des revendications salariales. A Delphes, le touriste de weekend- end ne peut accéder qu'à la tholos d'Athéna, où le bleuté du marbre contrastait avec un bleu intense du ciel, l'ocre de la montagne et le vert des pins.

Une impression de Riviera

Nauplie, qui fut la première capitale de la Grèce indépendante, est exemplaire. Dans cette ville touristique, beaucoup de vieilles maisons ont été restaurées, les boutiques sont élégantes, le dallage des rues soigné. Et s'il fait beau, ce qui était le cas, vous prenez sur la plage un bain dans une mer d'huile, une brume légère dissimulant les montagnes du Péloponnèse aux sommets neigeux. La même impression de Riviera ou de Côte d'Azur est ressentie plus au Nord dans les petites villes côtières (Itea, Galaxidi) en dessous de Delphes. Des champs d'oliviers entourent des ports de plaisance, aux rues bordées de mandariniers et de citronniers chargés de fruits, où de nombreux bateaux attendent la belle saison pour naviguer. Certaines maisons, carrées et hautes sont anciennes. Les maisons modernes sont cossues et colorées. Le dimanche, les terrasses débordent de familles grecques venues profiter du soleil en buvant de l'ouzo. Sur les îles proches de la côte (Paros), toutes blanches sous le soleil, les ports sont animés, les rues étroites paisibles et la crise lointaine.

Autoroutes financées par l'Europe

Dans les rues et sur les routes, beaucoup de voitures, même si les véhicules sont en moyenne anciens. Ils circulent sur de belles autoroutes financées par l'Europe. Toutes ne sont pas achevées, certains ouvrages d'art remarquables le sont.

C'est le cas du superbe pont aux 368 haubans qui franchit le détroit de Corinthe, depuis 2004, à 63 mètres au dessus de la mer. Ce pont à péage, qui relie Rion (au Sud) à Antirion est parfois appelé « Pont des Français », le groupe Vinci en étant le concessionnaire pour quarante deux ans. Nos ingénieurs ont inventé des solutions techniques pour résoudre d'innombrables difficultés : longueur, profondeur de la mer, instabilité du sol, risque sismique. Ils ont réussi, alors qu'un siècle plus tôt leurs prédécesseurs avaient échoué lorsqu'il avait fallu percer l'isthme de Corinthe, une centaine de kilomètres plus à l'ouest, qui ne sert plus maintenant qu'à des fins touristiques. L'automobiliste éprouve le même plaisir que sur le viaduc de Millau, légèrement plus long et plus récent (à quelques mois près) peut-être plus grand à cause de la vue admirable sur le golfe de Corinthe.

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 Une crise très visible à Athènes

En revanche, la crise est très visible à Athènes : maisons en ruines ou à l'abandon, nombreux magasins fermés, poubelles débordantes en permanence, mais les touristes sont là et les sites touristiques très fréquentés.
Athènes en crise offre des nouveautés à ceux qui n'étaient pas venus depuis quelques années.

La plus apparente, ce sont les innombrables peintures et tags sur les murs, en particulier dans les quartiers étudiants. Le New-York Times qualifie Athènes de La Mecque du Street Art, au moins en Europe. Le qualificatif est justifié. Les premiers sont apparus il y a une quinzaine d'années mais ils se sont multipliés avec la crise, depuis 2008, pour des raisons économiques (chute des ventes traditionnelles) mais évidemment politiques. On voit Tsipras embrassant sur la bouche Merkel, une femme un sac d'euros à la main et des slogans anticapitalistes. Le romantique n'est pas exclu : tête de jeune fille les yeux clos et des écrits « Nous avons vécu nos visions. Erreur. Aussi, nous les avons changés »

Un métro ouvert à l'art

Seconde nouveauté, le métro qui remonte, il est vrai, aux Jeux Olympiques de 2004, plus propre, plus fonctionnel et surtout plus ouvert à l'art que celui de Paris. Plusieurs stations jouxtent des ruines antiques qui sont éclairées. D'autres sont des quasi petits musées où sont présentés poteries et autres objets d'art et la publicité y est rare.

Autre mode de transport moderne : le funiculaire souterrain de la colline Lycabette. Pour l'emprunter, il faut résoudre une énigme plus complexe que celle d'Œdipe, la localisation de la station du funiculaire. Le plus simple est d'emprunter le sentier conduisant au sommet qui n'est qu'à 300 mètres. Vous serez récompensé. La vue sur Athènes la blanche, sur fond de mer bleue sera un souvenir que vous n'oublierez pas.

Le même respect archéologique caractérise le nouveau musée de l'Acropole construit sur pilotis afin de sauvegarder au maximum des ruines visibles pour les visiteurs. Le projet fut relancé par Melina Mercouri en 1979 et l'architecte franco-suisse Tschumi, celui du Parc de la Villette, fut choisi dans le cadre d'un appel d'offre européen. Le premier objectif était une insertion la plus discrète possible dans un site légendaire au pied du Parthénon. Il a été atteint approximativement, même si l'édifice brutal, en béton (qui vieillit mal) et en verre, ne suscite pas l'enthousiasme. En revanche, l'aménagement intérieur est une grande réussite. Dans la montée en pente douce qui conduit au premier étage, divers objets (vases) venant de sanctuaires sont exposés sur chaque côté.

Le premier étage, qui a une double et admirable exposition sur la ville et sur l'Acropole, est celui des sculptures, dont beaucoup ont été reproduites et sont connues, comme des jeunes hommes (l'éphèbe de Critios, le Porteur de veau) et des jeunes filles aux formes encore stylisées-nous sommes à la période archaïque- et aux visages souvent sévères. Certains portraits sont aussi admirables (Alexandre). La visite est d'autant plus agréable que la circulation est fluide. A la vérité, dans cette salle aux trente colonnes baignée parla lumière naturelle, l'on pourrait exposer quelques autres merveilles. Elles existent...mais dans les réserves du Musée archéologique (celui des splendides orfèvreries de Mycènes) Plusieurs milliers d'objets attendent dans ses caves mais les transferts ou prêts de longue durée doivent être aussi difficiles qu'entre le Louvre et le Musée d'Orsay ou le Musée Branly et encore plus l'IMA...

Une partie de l'étage est consacrée au temple Erechthéion (frises) et à ses cinq Cariatides, nettoyées avec le plus grand soin et parfaitement mises en valeur. In situ, des copies ont été remontées.

Les restes du Parthénon, au dernier étage, sont un peu décevants tant les envahisseurs successifs, ont détruit avec acharnement (les pires étant les chrétiens du 3è siècle) les sculptures des métopes ; ont survécu quelques têtes de dieux (Apollon), des fidèles apportant leurs offrandes aux dieux et des combats de cavaliers (le mouvement des chevaux).

Il est recommandé de visiter le musée avant de monter à l'Acropole, pour voir le film d'histoire très pédagogique présenté au second étage du musée. Le « pilleur des marbres du Parthénon », dont les « vols » sont exposés au British Museum, est dénoncé avec mesure.

Les offrandes des riches

La dernière « nouveauté » qui devrait ouvrir en 2016 est le Centre Culturel offert par Stravos Niarchos à l'Etat grec. Il s'agit rien de moins que l'opéra national et de la bibliothèque nationale. En Grèce les riches, comme l'église orthodoxe et les armateurs, ne paient pas d'impôts et les moins riches un peu. Mais les riches sont généreux, ils font des offrandes. Le site est exceptionnel, à quelques centaines de mètres de la baie de Kalithea (belle vue) le port qui a précédé le Pirée.

Pour que la vue de la mer soit parfaite et le site enchanteur, Renzo Piano, l'architecte qui sait « écouter les lieux », a décidé de créer une colline qui monte en pente douce jusqu'à 30 mètres d'altitude et un jardin méditerranéen, limité à l'est par une falaise en béton, si bien que le visiteur sortant du tram- métro découvre au dernier moment le centre. Il remarque d'abord le toit plat, une sorte de tapis volant, où ont été installés un ensemble de capteurs solaires, puis une salle vitrée destinée à la lecture. Pour le reste, il devra attendre l'ouverture, qui sera un évènement. S'il est pressé, il peut se rendre à la cité de l'architecture et du patrimoine (Palais de Chaillot) où la « Méthode Piano » est longuement expliquée ; le Centre Niarchos fait partie des quinze réalisations ou projets présentés. C'est passionnant.

Pierre-Yves Cossé

Janvier 2016

Pierre-Yves Cossé

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