Mai 68, il y a près de 50 ans...

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(Crédits : DR)
Dans un contexte mondial de luttes anti-impérialistes, l'originalité de mai 68 fut l'enclenchement immédiat d'un mouvement social. Qui donna lieu à la plus longue grève générale qu'ait connu la France. Par Pierre-Yves Cossé, ancien commissaire au Plan

Le titre « Tribune Socialiste » vous dit-il quelque chose ? Peut- être si vous appartenez à la « génération 68 » et si vous avez eu un lien avec le PSU, dont il a été l'hebdomadaire. Autrement...
Vous pouvez combler votre ignorance car les « Amis de Tribune Socialistes » dont l'objectif est l'approfondissement du socialisme autogestionnaire, sont actifs et vivants. Ces autogestionnaires peuvent être des gestionnaires efficaces. Leurs organisations politiques ont disparu il y a plusieurs dizaines d'années mais il subsiste un héritage, soit un petit immeuble rénové dans le quartier de la République. Les « amis de TS » y ont installé un « institut » doté d'un centre de documentation, d'un fonds d'images et de vidéos. Il publie une « newsletter » et organise des conférences.

Un contexte mondial de luttes anti-impérialistes

L'autre soir, une centaine de personnes, beaucoup d' « anciens soixante-huitards » des chercheurs, et des plus jeunes, soucieux de s'instruire étaient réunis dans la salle de l' « institut » pour débattre du caractère révolutionnaire de mai 68. A la tribune, quelques leaders du mouvement, dont Jacques Sauvageot, Alain Krivine, un chercheur. Manquait à l'appel le grand homme de la contestation de Mai, Daniel Cohn-Bendit.
Alain Krivine a bien vieilli, cheveux blanchis mais voix forte et discours précis. Tout en restant engagé, il a pris du recul et tient des propos d'historien. Il rappelle que l'explosion étudiante s'est faite dans un contexte mondial de luttes anti-impérialistes alimentées par la guerre du Vietnam et que beaucoup d'universités étaient secouées de fortes agitations. La particularité de l'université française, c'était l'arrivée des couches moyennes dans l'enseignement supérieur, la massification de l'université due à l'augmentation très rapide du nombre des étudiants (de 150 000 à 300 000) et l'inadaptation des structures (des amphis bourrés de 600 étudiants).

L'originalité française: l'enclenchement d'un mouvement social

Mais la grande originalité française fut l'enclenchement quasi immédiat d'un mouvement social qui se généralisa en quelques jours. Il fut marqué par un fort rejet de la hiérarchie et de tous les pouvoirs, parfois brutal comme dans la région de Caen (des paysans travailleurs). Il montra la fragilité du système autoritaire de la Cinquième République, rapidement paralysé. Cela dit, la jonction étudiants/ ouvriers n'a pas eu lieu, les portes de Billancourt à Boulogne restèrent closes et le PC veillait. « On savait que ce n'était pas une révolution et qu'il n'y avait pas de solution politique » même le 28 mai, en dépit des « manœuvres » de Rocard associé à Mendès- France et de l'agitation de la FGDS de Mitterrand. Lorsque les leaders de la contestation se réunissaient, ils parlaient plus des manifs du jour que de politique. Sur la quasi absence de morts, Alain Krivine souligne le rôle du puissant service d'ordre de la Ligue Communiste.
L'ex dirigeant du parti trotskyste s'en prend au « spontanéisme » Le spontanéisme de 68 n'était nullement démocratique ; c'étaient les plus « gueulards » voire le service d'ordre qui orientaient les manifestants. Il faut en tirer les leçons pour l'avenir. Mais que deviennent, camarade, les minorités qui conduisent et manipulent ? Serait- ce un remords ?

La plus longue grève générale

Jacques Sauvageot, moins reconnaissable, un des principaux animateur des Amis de TS, avait parlé en premier. Il avait dénoncé l'interprétation culturelle dominante dans les commentaires sur 1968. A croire qu'il ne s'était rien passé d'important, sinon un changement dans les mœurs. Or 68, c'est la grève générale la plus longue qu'a connue la France et la paralysie de tous les pouvoirs. Un évènement exceptionnel, dont on n'a pas fini de faire le tour. L'histoire de ce qui s'est passé dans de très nombreux lieux de province reste à écrire. Il décrit l'UNEF comme mouvement politique de masse à la recherche d'alliés.

Les intervenants témoignèrent de leurs expériences, dans les universités ou les grandes écoles, à Paris ou en province. Ils se présentent en acteurs et en témoins des évènements.
Nulle illusion lyrique ce soir là à la République. Les participants se souviennent-ils d'avoir cru un temps à l'utopie et d'avoir crié : « il est interdit d'interdire » et l'imagination au pouvoir »
Ces slogans n'étaient pas plus ceux des militants et militantes de l'UNEF au récent congrès de Nantes. Néanmoins, mai 68 les intéresse. Ils étaient plus d'une centaine à écouter et interroger Dominique Wallon, le dernier président de l'UNEF de la guerre d'Algérie, qui vient de publier aux éditions Casbah (ALGER) « Combats étudiants pour l'indépendance de l'Algérie »

Pierre-Yves Cossé
Avril 2015

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Commentaires
a écrit le 10/05/2015 à 16:30 :
On était heureux en 1968 sans être riche ni même vraiment argenté , contexte social qui permettait à tout le monde d'avoir un emploi , les aides cela n'existait pas, pour l'emploi cela ce négociait directement avec l'employeur (pas d'intermédiaire ANPE). Pour le logement pas de règle , on partait quand on voulait et n'était souvent qu'un quart du salaire . Les gens prenaient vraiment leurs vies en mains .

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