Pourquoi Hollande et Sarkozy devraient renoncer à se présenter

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Les Français rejettent François Hollande et Nicolas Sarkozy, et ce rejet a tout l'air d'être durable. Beaucoup ne veulent pas d'un nouveau face à face entre les deux présidents. Une élection présidentielle parfaitement légale mais jugée illégitime par une part importante des électeurs ferait courir un vrai risque à la démocratie. par Pierre-Yves Cossé, ancien commissaire au Plan

Disserter sur le mal français est lassant, tellement la littérature abonde et se répète. Le jeu consiste à rechercher le responsable du mal. Les Français dénoncent les responsables, l'establishment, leurs voisins proches ou lointains, bref le monde entier. Ils omettent de se dénoncer eux-mêmes.

Pourtant beaucoup d'entre eux sont atteints de cécité. Ils ne voient pas, ou refusent de voir que le monde a basculé, que la croissance n'a pas disparu, mais se concentre dans de grands pays en développement situés principalement en Asie, que le rattrapage spectaculaire de pays comme la Chine est non seulement inévitable mais profitable pour l'équilibre du monde. Le pouvoir et la richesse se sont déplacés. Cela ne signifie pas qu'il n'y ait plus de place pour de « vieux » pays comme la France. Cela signifie que nos comportements et nos pratiques sont inadaptés et que nous devons en inventer de nouveaux.

Une certaine surdité

Un premier effort consiste à comprendre ce nouveau monde et, pourquoi pas, à l'aimer. Comprendre, ce n'est pas perdre tout esprit critique. Certains aspects de la mondialisation doivent être dénoncés, comme les excès de la financiarisation. On peut opposer à la mondialisation la « mondialité » chère à Edouard Glissant. En revanche, s'en prendre aux nouvelles puissances du XXI è siècle, comme la Chine ou l'Inde est dérisoire.
Peut-être, faudrait-il mieux parler de surdité car certains de nos dirigeants ont évoqué très tôt cet effet de bascule. Le 23 mars 1983, François Mitterrand ne disait-il pas à la télévision : « Nous assistons aujourd'hui aux soubresauts d'un monde qui meurt, en même temps qu'un autre naît ».  Les Français ont pris cela pour des « paroles verbales » comme on dit à Marseille. Car ces paroles ont été sans suite. Ni François Mitterrand ni ses successeurs n'ont facilité cette nouvelle naissance. Ils ont cherché à dissimuler le phénomène, à gagner du temps ou à annoncer le retour à l'état antérieur. Les Français ont donc quelques excuses. Lorsqu'un mouvement clair ne vient pas du haut, la tentation en bas est le conservatisme et l'attentisme. Pas surprenant, non plus, qu'ils aient perdu confiance dans leurs dirigeants qui ne leur ont pas proposé un nouveau cap et les moyens de s'y tenir.

Un rejet durable des deux derniers présidents

Dans ce contexte, la composante politique et institutionnelle du mal français devient dominante : incapacité à réformer, délitement des institutions, abstention croissante, affaiblissement du sentiment démocratique. Avec la prochaine élection présidentielle, la crise risque de s'aggraver fortement. Un grand nombre de Français ne veut pas avoir à choisir au second tour entre Nicolas Sarkozy et François Hollande. Si c'était le cas, ils s'abstiendraient et se désintéresseraient de la vie démocratique. Nous serions dans un scénario à la Houellebecq (Soumission).

La question n'est pas de savoir si ce rejet est fondé mais s'il est durable. Selon toute vraisemblance, il l'est. C'est la personne même de l'ancien président de la république qui est en cause : ses foucades, sa morale, son positionnement comme président à l'égard de ses concitoyens. Les Français peuvent ne pas être en accord avec leur président mais ils veulent avoir de l'estime pour lui. On ne voit pas par quel miracle la perception des Français pourrait changer d'ici 2017.

Pour l'actuel président, la déception ressentie après la première année du quinquennat a été telle que la rupture avec une bonne partie de ces électeurs de 2012 est quasi définitive. Il est possible et souhaitable que des résultats positifs soient enregistrés d'ici la fin du septennat. S'ils relèvent du domaine international et européen, ils n'ont pas d'effets durables sur l'opinion. S'ils sont d'ordre économique, ils ne peuvent être que limités, environnement international peu porteur, existence d'excédents de main d'œuvre dans les entreprises, stagnation du pouvoir d'achat, scepticisme des acteurs économiques. Quelques « bons » chiffres ne suffiront pas à changer la perception par l'opinion de la situation économique et sociale.

Faisons un rêve...

Pourtant, tous les deux ont de bonnes chances d'être candidats. Nicolas Sarkozy est le patron de son parti ce qui lui donne des marges de manœuvre dans la communication et l'organisation des primaires, il a le soutien enthousiaste d'une majorité de militants et surtout il a une envie irrépressible de prendre sa revanche. François Hollande pourrait tirer les dividendes d'une amélioration possible des statistiques de chômage durant plusieurs mois en 2016, d'une candidature Sarkozy, repoussoir pour l'électorat centriste et de l'absence de candidat crédible de remplacement à gauche.

Faisons un rêve. Les deux candidats prennent conscience du risque que ferait courir à la démocratie une élection présidentielle parfaitement légale mais jugée illégitime par une part importante des électeurs, abstentionnistes ou non. Ils jugent que leur second quinquennat serait branlant. Ils laisseraient à des primaires le soin de dégager les deux principaux candidats, à côté de Marine Le Pen. Le résultat est assuré pour la droite, Alain Juppé, plus incertain à gauche où s'affronteraient des prétendants social- réformistes (M Valls, E Macron) et des sociaux- démocrates (Martine Aubry ?).

Une pression populaire nécessaire

Comme il est rare que des hommes politiques, tant qu'ils ont la santé, renoncent à leurs ambitions, surtout s'agissant de la présidence de la République, une forte pression populaire est nécessaire.
Etant inexpérimenté dans ce domaine et absent sur les réseaux sociaux, je ne saurais prendre l'initiative de lancer une grande pétition populaire qui devrait être signée par des millions de citoyens venant de tous les horizons politiques.
Persévérant dans la naïveté, je m'adresse à tous ceux qui sont convaincus par mon diagnostic et qui ont la motivation et le savoir- faire pour se lancer dans l'aventure de cette pétition.


Pierre-Yves Cossé
Octobre 2015

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Commentaires
a écrit le 19/10/2015 à 10:48 :
C'est ce qu'expliquait dans "C'est dans l'air" un brillant intellectuel de la politique, poils à l'air de sa chemise, devenu candidat actuel aux régionales. L'ennui est la puissance électorale depuis des décennies des deux gros partis de gouvernement, et l'irrépressible exclusion d'intrus. N'oublions pas que face au drame des années 50/60, il fallut la toute puissance admise d'un général célèbre pour aboutir à une décolonisation "abominable"par un culotté mensonge d'Etat. Ne fait-on pas la guerre contre un autre plutôt que pour un autre ? L'espoir peut-être fou auquel rêver serait donc un massif vote blanc en sus de l'abstention moins significative.
a écrit le 18/10/2015 à 16:40 :
Pour reprendre une phrase célèbre d'un politicien,j'appliquerai le NI Ni ! et puis faisons comme chez Air France il faut encourager nos vétérans de la politique sur des départs volontaires , après on y verra plus clair .
a écrit le 18/10/2015 à 12:40 :
Le rejet par les Français des deux grands candidats auto-proclamés est massif, mais le jeu des Partis pourrait nous les imposer.

Nous nous éloignons de plus en plus du principe fondateur de la Vème République, et finalement de la Démocratie, selon laquelle les Français devraient pouvoir choisir un Président qui ne leur serait pas imposé par les Partis.
a écrit le 13/10/2015 à 16:21 :
Ce qu'il faut c'est une vraie réforme du système électoral : Un référendum révocatoire à mi-mandat. Et là on verrait ce qu'est la vraie démocratie. La question du vote en fin de parcours, on connaît déjà.
a écrit le 13/10/2015 à 15:50 :
M. Cossé ne veut pas ceux là. En propose-t-il d'autres? Vals ou Juppé ? A non pas de professionnel de la politique. Et bien moi je pense qu'il les faudrait beaucoup plus professionnel qu'ils ne sont. Quand on voit la perte de temps, les cafouillages des 2-3 premières années, on voudrait mettre des novices sur des mandats courts, non renouvelables ? Tous ça n'est pas très sérieux et un tantinet :) populiste.
a écrit le 13/10/2015 à 15:34 :
Les institutions françaises sont arrivées au crépuscule de leur fonctionnement.
Les hommes politiques actuelles dans l'incapacité de modifier notre société .
La sanction des votes n'est pas suffisante pour dissuader un politique de se représenter
Alors, que fait t'on pour l'avenir de notre beau pays?
a écrit le 13/10/2015 à 12:05 :
Ce serait Préférable que Hollande et Sarkozy y renonce, ainsi que Juppé-Bèrou qui ont gouverné ensemble il y a un e génération passée : immobiles et non réformistes car terrorisés par les syndicats.
L'idéal qui ne se produira évidemment pas !!! PAS DE NAIVETé, serait des primaires à Droite : Fillon, Lemaire, Pécresse, Dupont Aignant, et à Gauche : Valls, Védrine, Attali,
a écrit le 13/10/2015 à 6:01 :
"...d'ici la fin du septennat" du quinquennat, ça suffit comme ça...
a écrit le 13/10/2015 à 2:33 :
Je pense que cela finira comme cela
a écrit le 13/10/2015 à 2:33 :
Je pense que cela finira comme cela
a écrit le 13/10/2015 à 2:33 :
Je pense que cela finira comme cela
a écrit le 13/10/2015 à 1:53 :
Au lieu de protester contre vos candidats, vous devriez proposer des solutions alternatives, par exemple aux usa pour embêter les politiciens les citoyens ont mis en place un mouvement tea party qui ont obtenu des places, ça permet d'éviter les batailles de mots et les résultats sous la moyenne ocde.
a écrit le 13/10/2015 à 0:41 :
Les cinq candidats à venir :
- Sarkozy (3ème fois, une fois élu )
- Hollande (2ème fois, une fois élu)
- M. Le Pen (2ème fois)
- Bayrou (3ème fois)
- Mélenchon (2ème fois)
Exemple unique dans le monde. Qu'est-ce ce qu'on se marre en France !
Réponse de le 13/10/2015 à 12:58 :
Quelle liste de bon à rien. A quand un référendum pour que le peuple souverain puisse choisir les conditions pour être élu? La première chose que je propose c'est quand tu as perdu à une élection. Tu n'as plus le droit de te représenter. Tu disparais du paysage politique. Mais je rêve d'une France qui n'existe pas. Nos élus veulent un chèque à la fin du mois, un trône, un royaume, une cour sur laquelle régner, un carrosse, des cochers, des valets de pieds, des soubrettes, etc.
a écrit le 12/10/2015 à 20:40 :
Patrick a raison on en peut plus de ces trois là que les médias s'obstinent à nous présenter comme incontournables , un jour çà finira mal de toujours aller à l'encontre de la majorité du peuple.
a écrit le 12/10/2015 à 20:25 :
Je ne suis pas d'accord sur le fait que nous aillions à lutter pour des choses implicite,croyez vous que nous aillions que ça a faire à comprendre des projets de loi avec des virgules mesquine ou avoir à se battre pour notre vie privée? Le problème est la confiance. Actuellement, nous ne pouvons plus avoir confiance, donc nous devons nous débattre et c'est une grave perte de temps et de cervelle.

La confiance n'est aujourd'hui qu'utilisé pour la finance et l'économie. Cependant, si nous ne pouvons plus avoir confiance en l'état, en le système qui nous permet un cadre de vie simple, serin et propice,un terreau de l'avenir; alors se plaindre ne sert à rien.

Quand nous relèverons nos têtes de nos mains après avoir pleuré tout ce que nous avons perdus, nous les verrons au centre du problème et tout se règlera dans la violence.

Ils ne peuvent plus gagner, ils ne peuvent plus nous soumettre mais nous ne pouvons pas devenir 60 millions de politiciens de haut niveau. Il nous faut la paix dans le système, il nous faut la paix entre nous.

Nous n'avons pas que ça à faire que de comparer les prix entre les marques, entre les enseignes, comparer la qualité qui n'a jamais été contrôlée et qui est explicitement vague.

Je sais qu'il est paradoxale de menacer de violence tout en appelant à la paix, mais c'est la seul vrai arme du peuple et quand les élites l'oublient, ils doivent se prendre une vrai claque pour que nous aillions la paix ne serai-ce que quelque générations.

En ce monde où des relent de masse mole nous étouffe de médiocrité, des germes d'espoir naissent, comme la forêt qui prendra la place des plantes invasive.

Je suis d’accord, faisons un rêve! Mais faisons le pour quelque chose de plus grand que l'élection de 2017 qui est déjà morte.
a écrit le 12/10/2015 à 14:48 :
Bon article, et belle vision.
En démocratie, du moins on le prétend, la sanction d'un élu est sa non réélection ; M. Sarkozy a donc été sanctionné, mais voilà qu'il interjette appel d'un vote souverain et pourtant lourd de conséquences, puisque, puisque,
C'est M. Hollande qui a été élu, par défaut mais surtout par sanction, et le prix de cette sanction est tellement lourd qu'on ne voit pas l'appel de M. Sarkozy prospérer.
En même temps, il est quasi-certain que M. Hollande serait sanctionné en 2017, alors ?
Place à d'autres, pas forcément meilleurs, mais certainement pas pires.
a écrit le 12/10/2015 à 14:10 :
Sympathique cette idée de pétition pour éviter le choix dont 70% des français ne veulent pas. Toutefois cette analyse oublie le troisième candidat dont la encore les français ne veulent pas MLP. Le seul mérite de MLP étant de faire en gros le plein des suffrages dans son parti ce qui est loin d'être le cas pour NS sauf chez les adhérents LR et encore moins pour FH qui ne peut compter que sur les rares militants PS qui restent dans les sections. C'est au parti s'ils veulent redorer leur image de prendre en compte l'aspiration des français. il faut également que les partis comprennent qu'ils ont (malheureusement à l'exception du FN) un lourd passif depuis 2005 où ils ont spoliés les électeurs de leur vote.
a écrit le 12/10/2015 à 13:47 :
Hollande, Sarko, Juppé devraient en effet se retirer, mais comme ils se moquent de la morale et des autres, ils ne le feront pas. Le système actuel d'élections leur permet tout à fait d'être élu avec 20% des voix des inscrits au 1er tour et de se gargariser ensuite d'une légitimité. Alors les sans dents, il va falloir vous faire une raison ou monter sur les barricades pour changer cela :-)
Réponse de le 12/10/2015 à 19:15 :
les aides sociales sont là pr s' assurer que les français "se fassent une raison" ...
a écrit le 12/10/2015 à 13:21 :
comme l'écrit parfaitement M. Cossé, c'est la pression populaire qui doit pousser les politiques à renoncer à se présenter à la prochaine présidentielle.
Les réseaux sociaux peuvent nous permettre de choisir les candidats potentiels et d'écarter ceux que nous ne voulons plus.
Réponse de le 12/10/2015 à 19:17 :
Certes. Pour autant il faut un Meneur ou un groupe de meneurs pour insufler la force et la foi qui semblent manquer aux français
a écrit le 12/10/2015 à 13:00 :
Ce qui nous fait peur, ce n'est pas ce que les autres gagnent mais ce que nous perdons!
a écrit le 12/10/2015 à 12:50 :
Demander à un homme politique de privilégier le bien de son pays au détriment de ses intérets personnels, c'est comme croire au père Noel. Et c'est bien là le problème. La politique ne devrait pas être le métier de toute une vie.
Réponse de le 12/10/2015 à 13:02 :
Bien d'accord, la professionnalisation de la vie politique est une absurdité. A quand le mandat unique...? Sans doute jamais...puisque nos politiques actuels ont déjà la mainmise sur le fonctionnement du système électoral !

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