Un enjeu majeur pour Macron : maîtriser le temps

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Comment Emmanuel Macron peut-il agir vite alors que sa préparation a été forcément limitée? Par Pierre-Yves Cossé, ancien commissaire au Plan

Dans la majorité des démocraties occidentales, le nouvel élu dispose de quelques semaines, voire de quelques mois, pour constituer son équipe et affiner un programme de législature présenté au Parlement. Ce n'est pas le cas en France. Tout se joue en quelques jours. Malheur à l'élu qui voudrait de donner un délai de réflexion supplémentaire. Les media sont en embuscade et le moindre « retard » est considéré comme un symptôme de crise ou d'indécision.

Bien sûr l'impétrant aurait pu quelques mois avant l'échéance sélectionner quelques futurs ministres et leur demander de se préparer à leur mission, se rappelant le propos de Michel Rocard : ce qui n'a pas été préparé avant d'entrer à Matignon ne se fait pas. Ce n'est pas la pratique, peur de probables fuites et illusion que la compétence importe peu, n'importe quel parlementaire pouvant faire un bon ministre à n'importe quel poste sans préparation.

 Une préparation impossible pour Emmanuel Macron

Dans le cas d'Emmanuel Macron, qui était sur une ligne de crête entre la droite et la gauche, pressentir de futurs ministres était pratiquement impossible. Il aurait été jugé présomptueux et dépendant d'influences partisanes. Comment la semaine prochaine limiter le coût, qui peut être élevé, d'inévitables improvisations ? Le paradoxe est qu'En Marche a mis des mois pour sélectionner ses candidats aux élections législatives, à partir d'une procédure complexe, et qu'il suffira de quelques heures pour les ministres.

Le meilleur palliatif est de mettre en place un gouvernement paritaire le plus resserré possible, centré sur les fonctions régaliennes, et d'annoncer qu'il sera complété après les élections législatives. Il disposerait d'un délai supplémentaire de réflexion et pourrait tenir compte du nouvel équilibre politique issu des élections et de l'étendue exacte de la majorité présidentielle à l'Assemblée Nationale.

Quel premier ministre?

Avant, il aura choisi son Premier Ministre. Son choix sera dicté par une exigence dialectique : accroitre la pression à la décomposition des partis politiques et amorcer la recomposition. La décomposition du PS étant avancée, le risque majeur se situe du côté du LR. Cela devrait le conduire à nommer un juppéiste et à offrir quelques postes significatifs à des personnalités venant de la droite? L'apparition de la nouvelle équipe devra être perçue comme un renouveau dans notre vie politique et susciter un choc positif dans l'opinion.

Ce choc positif pourrait être amplifié par quelques décisions concrètes et des mesures symboliques prises avant les élections législatives. Il ne s'agirait ni de gadgets ni d'initiatives démagogiques mais de permettre aux électeurs de goûter un peu de macronisme pratique et de les mettre en appétit. La mesure la plus évidente est l'adoption en Conseil des Ministres du projet de loi de moralisation de la vie politique, a priori simple à rédiger. François Bayrou, qui avait déjà proposé des textes sur ce sujet lorsqu'il était candidat en 2012, est particulièrement bien placé pour s'acquitter cette tâche, excellent exercice de préparation à la fonction de Ministre d'Etat, chargé de la justice.

D'autres mesures demanderont plus d'imagination. Elles pourraient intervenir dans des domaines où le nouveau président est jugé faible : l'environnement et le social, avec un souci de concertation, sinon de réconciliation des Français.

Des médiateurs?

S'agissant d'environnement, ne peut-on prendre sur des dossiers chauds (Notre Dame des Landes ?) quelques mesures d'apaisement  ou inciter les acteurs locaux à faire des propositions concrètes en faveur de la transition énergétique ? Est-il impossible de confier sans attendre une mission à Nicolas Hulot ?

De même, dans le domaine social, l'on pourrait, sur des conflits aigus en cours, nommer des médiateurs, connus pour leur expérience, en vue d'aboutir aux solutions les meilleures possibles. Des réflexions, voire des propositions, ne pourraient-elles pas être demandées aux organisations professionnelles et syndicales sur la mise en œuvre des propositions sociales, qui viennent, indirectement, d'être approuvées par les électeurs.

Le président doit mettre en marche la société civile et commencer dès maintenant.

 Enfin, si le président ne doit pas être en première ligne dans le processus des élections législatives, il faut qu'il le surveille en permanence. Un des risques est la multiplication de candidats indiquant leur volonté de soutenir le président. Compte tenu d'une disposition de la loi électorale qui élimine pour le second tour les candidats n'ayant pas obtenu 12,5% des inscrits au premier tour- soit 20% des votants environ- tous les candidats se réclamant du nouveau président pourraient être éliminés pour le vote final. Dans ces circonscriptions ou celles dites « triangulaires » voire « quadrangulaires » des retraits devront être négociés cas par cas. Un dispositif doit être prévu à cet effet.

 Pierre-Yves Cossé

10 Mai 2017

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Commentaires
a écrit le 10/05/2017 à 17:38 :
Quand vous évoquez la transition énergétique et que vous citez Nicolas Hulot, vous abordez un aspect qui pour moi est primordial. Il faut appliquer la note n°6 du CAE et prévoir une allocation universelle pour respecter l'équité. C'est trop long à expliquer. J'espère que c'est l'objectif de notre nouveau président. Sinon, le prochain coup, c'est Marine le Pen, et cela n'attendra pas 2022.

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