Mehdi Cheddadi, le tailleur connecté

Perrine Créquy

Perrine Créquy
La seule demi-mesure qui vaille à ses yeux, c'est celle des vestes de patronage qui lui permettront de confectionner le costume qui sied parfaitement à son client. Mehdi Cheddadi, le président cofondateur de Tailor Corner, est un homme direct et entier, qui tisse depuis 2006 son histoire entrepreneuriale dans le textile.
En boutique, Monsieur est invité à essayer des vestes de patronage, indispensable base de travail de tout tailleur qui oeuvre dans les règles de la tradition. Mais la technologie n'est pas oubliée chez Tailor Corner. Muni d'un scanner à main, le client identifie sur échantillons la matière et la teinte du tissu qu'il souhaite, sans oublier la couleur des boutons et des broderies pour la boutonnière. Une cabine d'essayage connectée permet d'optimiser les mesures de la demi-taille de veste sélectionnée.
Et pour cause : il en connaît un rayon en matière de savoir-faire traditionnel. Quand il a décidé de lancer son activité, alors tout juste diplômé de l'ECE, cet ingénieur informaticien en systèmes d'information réseaux a voulu tout apprendre de son métier.
À l'époque, alors âgé de 24 ans, il filait déjà un bon coton dans l'entrepreneuriat : il venait de céder ses parts dans une SSII, Ingénierie PC, créée pour « mettre les cours en pratique ». Il avait mené ce projet et d'autres pendant sa scolarité avec son camarade de promo Fabien Barrois. C'est donc avec lui qu'il a fondé sa première entreprise dans le textile sur mesure, Pernac, proposant une prise de rendez-vous en ligne pour une prise de mesures traditionnelle, à domicile. Mais très vite, il constate que son modèle économique doit être... reprisé.
Qu'importe : cet ancien basketteur de l'équipe nationale du Maroc - qui a manqué son admission en sports études non pas à cause de ses paniers, mais de son carnet de notes - sait rebondir et persévérer. Il a donc lancé Tailor Corner pour satisfaire « aux contraintes des hommes modernes : trouver du temps pour soi malgré un emploi du temps de ministre et acheter au bon rapport qualité-prix ». Des contraintes que ce chef d'entreprise père d'un garçon de 18 mois connaît bien.
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Son idée a séduit Unibail-Rodamco, qui l'a désigné lauréat d'un concours dont le prix était un pas-de-porte au centre commercial Les Quatre-Temps, à la Défense. Depuis l'ouverture de cette première boutique en 2012, Mehdi Cheddadi a maintenu ses prix - entre 70 et 100 euros pour une chemise et 300 à 600 euros pour un costume - alignés sur ceux pratiqués par les grandes marques de prêt-à-porter masculin.
Deux nouveaux magasins ont ouvert à Paris, et un autre dans le centre-ville de Lyon. Adepte des circuits courts, il achète sa laine, la fait teindre. Mais pour satisfaire les amoureux de belles étoffes, il a imaginé une gamme de luxe utilisant tissus siglés « Pour cette gamme, nous nous fournissons chez des drapiers italiens Cerruti, Scabal et Zegna, le britannique Holland & Sherry, installé dans la rue londonienne du bespoke [confection sur mesure, ndlr] Savile Row, et bien sûr auprès de la maison française Dormeuil. »
Richard Boidé, le directeur commercial de Dormeuil, apprécie son approche novatrice :
Avec les 20 salariés de son équipe installée à La Garenne-Colombes dans les Hauts-deSeine, le patron de Tailor Corner déploie la même exigence.
« Je suis arrivé en France à l'âge de 18 ans avec ma petite valise. Nous avons lancé l'entreprise avec 3.000 euros. Et cette année, nous recruterons quatre premiers franchisés et préparons notre lancement à Londres », synthétise Mehdi Cheddadi. Sa fierté est le taux de satisfaction de sa clientèle : « Sur nos 35.000 clients, 30% à 40% réachètent dans l'année, et le taux de retour - pour ajustement - est de 5%. »
Mehdi Cheddadi songe déjà à de nouvelles évolutions, avec un intérêt pour le potentiel de l'impression 3D « pour relocaliser la production en France ». Actuellement, il missionne cinq ateliers de confection en Europe de l'Est, en Chine et au Maghreb. Il a bouclé son exercice 2014 avec un chiffre d'affaires de 3,2 millions d'euros. Mais pour lui, ce n'est qu'un début. Il entend se tailler la part du lion dans le vestiaire des hommes, et faire de Tailor Corner une référence sans frontières.
Perrine Créquy