Intelligence ART’ificielle

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Philippe Boyer, directeur de l’innovation, Foncière des régions.
Philippe Boyer, directeur de l’innovation, Foncière des régions. (Crédits : DR)
La technologie et l'intelligence artificielle sont-elles capables de produire du « beau » au sens d'œuvre artistique ? C'est la question posée par l'art numérique qui explore de nouvelles pistes en s'appuyant sur de nombreuses expérimentations. Par Philippe Boyer, directeur de l’innovation, Foncière des régions.

Les artistes ont toujours su composer avec les nouvelles opportunités technologiques. Certains tirant avantage de ce que la technique du moment pouvait leur apporter, à l'instar de Monet se servant d'inventions industrielles pour inventer une nouvelle forme de peinture. D'autres, au contraire, déplorant que la technologie puisse être élevée au statut d'art comme en 1862, lorsque Puvis de Chavannes et Ingres, associés à d'autres artistes de l'Académie des Beaux-Arts, manifestèrent contre la prétention de la photographie à devenir une nouvelle forme artistique. Qui oserait encore douter que l'art photographique est bien une forme d'art à part entière au même titre que le cinéma est aujourd'hui reconnu comme "7e art". Peu importe que la création ait été produite par une machine ou une technologie car, ce qui importe, c'est que l'imagination de l'artiste ait été à l'origine de l'œuvre.

Œuvres sans artiste ?

Pourtant, avec l'avènement des arts robotiques et numériques, la création franchit une nouvelle étape. De nouveaux territoires artistiques apparaissent. Certains plus déconcertants que d'autres, à l'instar de ces œuvres intégralement créées par des robots ou des intelligences artificielles. De telles productions artistiques, associant l'Homme à la machine, voire réalisée par la machine sans l'Homme - existent déjà. Citons « The Next Rembrandt » lancé par Microsoft en 2016. Autour de l'idée d'un logiciel capable d'emmagasiner toutes les caractéristiques des portraits peints par Rembrandt, ce fut ensuite au tour de l'ordinateur, couplé à une super-imprimante haute-résolution, de « peindre » un nouveau portrait ressemblant comme deux gouttes d'eau à ceux réalisés par le maître hollandais.

Plus déconcertant, le prestigieux MIT entreprit quant à lui de se lancer dans un projet autrement plus ambitieux en confiant à des machines dopées à l'intelligence artificielle (deep leanring) le soin de créer une série d'œuvres totalement originales. Ayant reçu pour consignes de ne copier ni de s'inspirer d'aucune forme artistique connue tout en visant à créer un résultat suffisamment original pour être considéré - par l'Homme, faut-il le préciser... - comme une nouvelle forme d'expression artistique, les résultats furent à la hauteur du défi.

Pour le moins, preuve fut faite qu'une machine, dès lors qu'elle est programmée pour le faire, peut créer et produire une forme de « beau ». Loin de se consacrer au seul art pictural, les machines peuvent également se révéler être d'assez bons interprètes musicaux. Il suffit pour cela d'écouter le récent morceau « Hello Shadow » , certes supervisé par Stromae et la chanteuse Kiesza, mais dont la mélodie a été composée par une intelligence artificielle.

Nouveaux territoires artistiques

L'exposition « Artistes & Robots », qui se tient au Grand Palais, a le mérite de montrer au grand jour que des œuvres effectuées par des machines appartiennent pleinement à l'histoire de l'art. Dès les années 1950, avec l'arrivée des machines et l'utilisation de pièces d'ordinateurs jusqu'aux années 2000 avec le numérique et l'intelligence artificielle, l'imagination des créateurs n'en finit pas de créer de nouveaux territoires : robots peintres (Leonel Moura), algorithmes et imprimantes 3D pour créer de gigantesques colonnes de carton (Michael Hansmeyer) ou encore vidéo pour représenter un cerveau humain en 3D, l'art numérique n'a pas de limite dès lors qu'il s'agit,  à l'aide de toutes les dernières technologies disponibles, de redonner du sens ou, pour le moins, de raconter de nouvelles histoires.

Avec ces nouvelles créations numériques, toutes plus originales les unes que les autres, ressurgissent les lancinantes questions « qu'est-ce qui est de l'art ?, qu'est-ce qui n'en est pas ? ». Impossible d'y répondre, sauf à appliquer le critère encore très humain de l'émotion ressentie. A ce sujet, et dans un avenir pas si lointain, peut-être faudra-t-il se préparer à l'idée que les machines que nous côtoieront dans notre quotidien seront, elles aussi, dotées de cette forme d'intelligence art'ificielle qui leur permettra, non pas seulement d'évoquer leurs algorithmes ou leurs logiciels, mais de communiquer avec nous sur leurs ressentis artistiques et leurs émotions.

Autant dire qu'une nouvelle ère esthétique s'ouvrira alors.

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