A la croisée des mondes  : la reconnaissance

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(Crédits : DR)
Pour ce dernier article retraçant les temps forts de notre premier colloque «  A la Croisée des mondes » organisé avec les stagiaires de l'Ecole de Guerre le 29 juin dernier, retours sur le sujet de la reconnaissance détaillé par les militaires, entrepreneurs et autres personnalités de la société civile présents.

À l'École de Guerre, les officiers apprennent la modestie et la discrétion. « Apprenez à ne pas laisser de traces qui n'en vaillent pas la peine », conseille à la promotion sortante le contre-amiral Loïc Finaz, qui dirige l'enseignement. Les chefs militaires vivent loin des lumières et des lauriers, se contentant souvent de la gratitude d'un supérieur adressée par courrier, qu'on affiche dans les couloirs du régiment.

Dans le documentaire passionnant diffusé en mars dernier par la chaîne Public Sénat, « Le Soldat et la Mort », un jeune militaire blessé en Afghanistan raconte le rapport que lui et ses camarades entretiennent avec la nation dans son ensemble :

« On apprend à vivre et travailler sans reconnaissance de la société ».

Les Français ont globalement une image très positive de leurs militaires. En 2016, 87% des Français avaient une bonne image de l'armée. C'est l'institution qui suscite le plus de confiance, juste derrière l'hôpital. Combien, pourtant, se soucient du sort des jeunes que la République envoie en Irak, en Syrie, en Libye, au Sahel, au Liban et ailleurs ?

La reconnaissance du chef et des pairs

Saluer le travail bien fait est pourtant précieux pour maintenir le moral des équipes. Des meneurs d'hommes, dans de nombreux secteurs, en sont parfaitement conscients. Claude Onesta, manager de l'équipe de France masculine de handball le confirme : « la reconnaissance est un carburant pour les équipes ». Cette énergie vient rarement de l'extérieur, où la critique est devenue facile, sinon épidermique. Le chef cuisiner Guillaume Sanchez précise :

« face aux réseaux sociaux, à la haine, à la méchanceté, il faut construire la confiance en soi et en sa décision ».

Chez les militaires, celui dont on attend le plus de reconnaissance est souvent le plus proche camarade. On s'applique à gagner et à préserver le respect de ses pairs, de ses « frères d'armes ». C'est avec eux et pour eux que l'on vit et que l'on meurt. La reconnaissance du chef est aussi importante. Le capitaine de frégate Alexandre Tachon, qui a commandé dans un sous-marin, s'est toujours appliqué à manifester cet important sentiment à ses hommes :

« Il faut faire prendre conscience aux hommes et aux femmes sous nos ordres que chacun est indispensable et qu'il peut tout changer. » « Chaque marin compte », confirme le chef d'état-major de la Marine nationale, l'amiral Christophe Prazuck.

Les femmes, des hommes comme les autres ?

Depuis quelques années, la reconnaissance des femmes portant l'uniforme a été l'une des questions majeures dans les armées. Elles représentent environ 15% des effectifs. Pourtant, elles ne forment que 7% des contingents envoyés à l'étranger, et 13% des officiers. L'armée française reste pourtant l'une des plus féminisées au monde, derrière celles des Etats-Unis et d'Israël.

C'est dans la Gendarmerie nationale que l'intégration des femmes est probablement parmi les plus avancées. Le général Marc Watin-Augouard, qui dirige le centre de recherche des officiers, considère que leur reconnaissance définitive s'est faite le jour où deux femmes gendarmes étaient tuées dans l'exercice de leurs fonctions en 2012. Comment a-t-on pu laisser deux femmes seules en patrouille, se demande-t-on à l'époque. Trois en plus tard, c'est encore une femme colonel qui intervient comme chef des opérations lors de l'assaut contre les frères Kouachi. Aujourd'hui, 56% des reçus à l'école d'officiers de la gendarmerie sont des femmes. Le directeur de cet établissement est d'ailleurs... Une directrice.

Longtemps, ces femmes gendarmes ont subi un statut à part. C'est l'accumulation de ces symboles et des attitudes exemplaires dans le feu de l'action qui gomment progressivement les distinctions. Désormais, une femme est presque un homme comme les autres dans les armées françaises. Le général Watin-Augouard, lui, se montre parfaitement optimiste sur le sujet :

« Chez nos élèves officiers, sur les dix premiers du classement, sept sont des femmes. Ce n'est pas le sexe qui commande. C'est l'événement. »

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a écrit le 24/10/2017 à 10:11 :
"Les Français ont globalement une image très positive de leurs militaires. En 2016, 87% des Français avaient une bonne image de l'armée. C'est l'institution qui suscite le plus de confiance, juste derrière l'hôpital. Combien, pourtant, se soucient du sort des jeunes que la République envoie en Irak, en Syrie, en Libye, au Sahel, au Liban et ailleurs ?"

Mauvais procès fait aux gens puisque vous dites que c'est la profession qui a une image très positive donc la reconnaissance est déjà là, si les gens ne se "soucient pas", et je suis loin d'en être sûr, des soldats qui vont se battre pour défendre l’intérêt des actionnaires milliardaires c'est que bien souvent nous sommes très mal informés, voir pas du tout informés là dessus.

Je lis pour ma part le monde diplo et je me soucie beaucoup du sort de nos soldats qui finissent comme la police à savoir être là pour sauvegarder les biens des possédants.

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