Il n'y a pas de vacances à l'Union

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L'ukip expose les conditions d'un soutien au cas par cas aux conservateurs en grande-bretagne.
L'ukip expose les conditions d'un soutien au cas par cas aux conservateurs en grande-bretagne. (Crédits : © Neil Hall / Reuters)
Les Britanniques vont voter. La différence essentielle entre le Premier ministre conservateur David Cameron, candidat à sa propre succession, et son challenger, le travailliste Ed Miliband, réside dans l'organisation - ou non - d'un référendum sur le maintien dans l'Union européenne.

 Le premier a annoncé qu'il engagerait une renégociation de l'adhésion britannique à l'Union dès sa réélection, le cas échéant, en mai 2015, puis un référendum en 2017, peut-être dès 2016, pour demander aux Britanniques s'ils souhaitaient continuer à former une union avec les nations continentales... sur la base de ce qu'il aurait obtenu.

Imaginons que Cameron gagne les élections, avec ou sans l'appui des anti-européens d'Ukip. Au Conseil européen de juin, le voilà qui brandit une wish list mêlant restrictions à la libre circulation des personnes et opt out à la réglementation financière adoptée depuis cinq ans. Il les demande, de surcroît, sous la menace d'un référendum sur l'adhésion à l'Union en 2017. Échéance qui n'est pas fortuite, puisque le traité prévoit une période de négociation de deux ans en cas de sortie d'un pays de l'Union.

Négociations

Si Cameron obtient d'engager cette négociation - ce que tous ses homologues européens, directement ou par la voix du président du Conseil, Donald Tusk, tentent de le dissuader de faire -, deux choses peuvent se passer. Première option : on négocie, ce qui revient à admettre que « l'union sans cesse plus étroite» n'est plus forcément le destin de tous les membres de l'Union, puisqu'il est désormais possible d'aller à rebours. Deuxième option : on refuse de négocier, et on place les Britanniques devant l'alternative : le statu quo ou la porte. En affirmant qu'une renégociation de la position britannique dans l'UE était « mission impossible», Donald Tusk a fait passer le message que la seconde option est seule envisageable.

Il aurait pu dire, en paraphrasant Marguerite Duras : «Il n'y a pas de vacances à l'Union.» Mais la lucidité n'est pas un rempart à la tragédie. Si les dirigeants européens ont désormais l'audace de s'inviter dans le débat électoral britannique, ils ne peuvent interdire à Cameron de tenir les engagements pris à l'égard de ses électeurs.

Ils n'ont d'arme qu'ultime : tout changement de traité devant être adopté à l'unanimité, l'Allemagne, seule, tout comme Malte, seule, peut théoriquement refuser de tailler un costume sur mesure au Royaume-Uni. Mais ce veto est une bombe atomique dont les retombées seraient aussi importantes sur le continent qu'outre-Manche.

Dilemme !

L'argument selon lequel un contrat est un contrat peut à la rigueur passer avec les Grecs. Est-il opposable à la plus vieille démocratie moderne, qui plus est au lendemain d'une élection qui se sera jouée précisément sur ce point ?

Les dirigeants européens sont donc face à un dilemme. Soit ils refusent la discussion, et ils seront alors accusés de déni de démocratie comme jamais dans le passé. Soit ils acceptent, et ils accréditent ainsi la possibilité pour le Front national, en France, de dire qu'il peut renégocier à son tour les conditions de l'adhésion française.

Or, autant une sortie britannique est pensable, autant le renoncement de la France au projet d'union sans cesse plus étroite signe... la fin du projet d'intégration continentale.

Reviendrait alors sur la table le modèle, en vogue il y a vingt ans, de l'Europe des « cercles concentriques», mais dans une version nouvelle. Celle-ci ne serait plus centrée sur le noyau franco-allemand d'origine. Elle graviterait autour de la seule Allemagne, la France étant propulsée sur une orbite instable, au risque, en s'alliant à la Russie, de quitter carrément le système occidental. Autant dire que ce serait basculer dans un tout autre monde.

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