Mali soit qui mal y pense

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Combien de temps ? Quels buts de guerre ? Quels risques ? L?intervention de la France au Mali domine désormais tout l?agenda politique. François Hollande, qui a présidé hier un nouveau conseil de Défense à l?Elysée, s?est longuement justifié lors de ses v?ux à la presse sur les raisons qui l?on poussé à décider cette intervention militaire sans prendre le temps d?en demander l?autorisation au Parlement. A l?Assemblée nationale, le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, a défendu les premiers résultats de cette action, qui a stoppé l?avancée des rebelles jihadistes et créé une union sacrée au niveau international comme national. Aucun vote du Parlement n?est nécessaire pour cette opération militaire extérieure sous mandat de l?ONU, sauf si elle devait se prolonger au-delà de quatre mois comme le prévoit l?article 35 de la Constitution.
Ayant fait l?unité de la nation autour de lui, le président a gagné la bataille de la crédibilité. Se posant en chef de guerre, il a brutalement mis fin aux fines plaisanteries de tous ceux qui dénonçaient jusqu?ici son indécision et son manque de fermeté. Au contraire, il donne l?image d?une France courageuse et prête à assumer ses responsabilités internationales de grande puissance, même s?il s?agit de son ancien pré carré africain. « Flanby » a disparu du paysage pour donner naissance au nouveau Hollande, celui de 2013, déterminé à se battre sur tous les fronts : celui de l?emploi et de la reconquête économique, mais aussi sur la scène diplomatique et désormais militaire. Certes, il y a quelques voix discordantes, à gauche de la gauche comme à droite, pour critiquer une opération qui rappelle par certains aspects la françafrique d?autrefois, y compris de façon assez curieuse l?ancien président Valéry Giscard d?Estaing qui a rejoint Dominique de Villepin et Jean-Luc Mélenchon pour dénoncer une opération néocoloniale. Mais en dehors de ces voix minoritaires, et de quelques attaques à droite contre une opération visant à faire diversion, l?immense majorité de la classe politique est au garde-à-vous derrière le président, reflétant en cela l?état actuel de l?opinion.
Cette unanimisme est-il durable ? Si la légitimité de l?intervention, nécessaire pour empêcher l?installation d?un Etat « taliban », terroriste et mafieux, au c?ur de l?Afrique de l?ouest, n?est pas remise en cause, il n?est pas certain que l?opinion soit préparée à la perspective d?un long conflit, coûteux en vies humaines et en moyens financiers. La prise d?otages au sud de l?Algérie est une première alerte qui montre que rien ne sera plus désormais comme avant que c?est à un état de guerre que doivent se préparer les entreprises, françaises comme étrangères (dans le cas d?espèce les rebelles islamiques se sont attaqués à un site gazier exploité par BP et Statoil) installées dans la région.
Face au risque non négligeable d?un enlisement, voire d?une extension d?un conflit qui s?inscrit dans la continuité de ce qui s?est passé en Libye, la France court le danger de rester seule face à un conflit qui la dépasse largement. Certes, on attend avec impatience l?arrivée de la force africaine mandatée par l?ONU, la Misma, mais son déploiement opérationnel prendra du temps. Ce sera donc aux troupes françaises d?occuper le terrain. L?Europe est aussi en train de se mobiliser, pour apporter à la France des moyens logistiques et financiers. Mais on a vraiment l?impression que, comme il n?existe pas d?Europe de la défense, la question malienne n?intéresse guère l?Europe qui a d?autres préoccupations, notamment la crise économique. On l?a du reste vu avec l?échec de l?Union méditerannéenne. L?Europe du Nord ne se sent pas beaucoup impliquée par ce qui se passe au sud de la Méditerranée. Et encore moins a fortiori au sud du Sahara.
Quand aux Etats-Unis, s?ils soutiennent la France politiquement, leur diplomatie actuelle les pousse plus à revenir vers leur splendide isolement qu?à venir prêter main forte à François Hollande. Après les guerres en Irak et en Afghanistan, l?Amérique ne veut plus jouer le gendarme unique du monde et souhaite visiblement que d?autres, notamment l?Europe prenne le relais. Il faut dire que le Mali ne présente économiquement guère d?intérêt sur le plan stratégique pour les Etats-Unis.
François Hollande l?a dit : la France n?avait pas d?autre choix possible que d?intervenir. Elle le fait au nom de la stabilité de l?Afrique qui, comme l?avait dit de façon prémonitoire le président de la République lors de son discours à Dakar dés la mi-octobre : « l?Afrique est portée par une dynamique démographique sans précédent : la population au sud du Sahara doublera en l?espace de 40 ans pour atteindre près de 2 milliards en 2050 (?) C?est aussi une terre d?avenir pour l?économie mondiale. Sa croissance, ces dix dernières années a été l?une des plus fortes du monde émergent ». Ce qui se passe au Mali n?est donc pas seulement le problème de la France. C?est aussi le problème du monde. Voilà pourquoi il faudra, si le conflit s?enlise, que le monde rejoigne la France dans cette guerre dont l?enjeu est rien moins que d?éviter à toute l?Afrique de rater le virage de son entrée de plain pied dans la mondialisation.
 

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a écrit le 26/01/2013 à 14:32 :
Pour ma part je considère que c'est une guerre hasardeuse qui a tout d'un nouveau bourbier afghan. Dans le seul but de protéger les intérêts d'Areva dans la région. Si c'était pour combattre le terrorisme islamiste pourquoi tolérer les Shébabs en Somalie, pourquoi partir de l'Afghanistan... Plus globalement c'est pas les pays islamistes qui manque. Et pourquoi avoir aider les islamistes en Libye, en Syrie? La dépendance énergétique de la France à l'uranium la pousse a prendre des risques d'enlisement dans le désert.
a écrit le 18/01/2013 à 10:46 :
On peut être avec ceux qui risquent de laisser leur vie au Mali , et quand même se poser des questions sur l'opération ?Par exemple , pourquoi ce "déploiement "de troupes vers le nord , et pas un arrêt de celles-ci sur la ligne provisoire du Mali ?
a écrit le 17/01/2013 à 16:51 :
Vous auriez pu signaler l'absence de l'Allemagne qui, par ailleurs sont d'excellent constructeur d'automobiles: absente au Mali, absente en Libye, décidant seule de sa politique energétique qui pourrait être européenne (au moins l'imaginer), imposant une austérité simultanée aux pays européens alors que certains pays du nord ont des marges de manoeuvre pour une politique de croissance etc.............. et pourtant 3ième exportateur d'armement ! Merci pour la solidarité et la co-opération de notre "bel ami" européen.
a écrit le 17/01/2013 à 16:19 :
L'intervention était nécessaire, soit. Mais on a le droit de poser quelques questions. Sûrement il était concevable que les djihadistes soient tentés par la route du sud ; quelles préparations ont été faites pour les contrer ? Quels sont les objectifs précis de la mission ? Suffit-il de déclarer, comme l'a fait le Président, qu'il s'agit simplement de 'détruire' l'ennemi ? Tenant compte de leur armement, connaissance du terrain et volonté de combattre, comment le fait-on avec quelques centaines de troupes sur une superficie de la taille de l'Espagne ? Pourquoi prétendre, comme l'ont fait certains responsables, que les pays voisins ont la capacité de fermer leurs frontières quand il n'y a qu'à consulter une carte pour voir que c'est impossible ? Les pays africains promettent quelques centaines de militaires ; sachant que seulement un dixième sera des troupes combattantes, quelle sera leur mission ? Si préparation il y a eu, pourquoi laisser entendre que la France s'attend à une participation accrue de la part de ses alliés européens quand elle sait déjà qu'ils n'engageront jamais des troupes au sol ? Une intervention militaire ne s'improvise pas. Il lui faut des objectifs précis et les moyens nécessaires pour les atteindre. L'unité nationale affichée au début d'un conflit, c'est très bien ; mais attention qu'elle ne serve pas à camoufler des défauts de conception de mission qui reviendront nous hanter.
a écrit le 17/01/2013 à 13:55 :
si les otages americains en algerie sont abbatus, alors un appui des usa sera fort probable. Triste pour les otages mais bien pour nous si nous sommes moins seul
a écrit le 17/01/2013 à 12:58 :
Cette opération contre les peuples du désert va droit dans le mur. Une guerre de type colonial ne peut apporter de solution. Aucun des pays africains limitophes du Sahara n'ont l'intention de donner l'indépendance aux peuples du désert et d'abandonner cette parcelle du désert que leur a donné la France sans aucune légitimité. Ce désert pourrait à terme trouver stabilité comme la péninsule arabique, à l'issue d'une guerre d'indépendance. Mais cette stabilité ne peut être imposée de l'étranger.
Réponse de le 17/01/2013 à 13:33 :
C´est bien mon avis aussi. Aucune puissance quelle que soit son armement super sophistiqué n a pu soumettre et aneantir des reseaux de maquisards, que ce soit les allemands en France, les GI´s au Vietanam, le Soviets en Afgamistan den premiers, les forces du mandat UNO par la suite.
Le s Touaregs sont comme les Curdes, ils veulent leur propre pays et n´est ce pas legiitme ? C´est d´ailleurs ce que Gadhafi leur avait promis !
Réponse de le 17/01/2013 à 15:20 :
il faut relire l'histoire du monde et ne pas s'arreter à quelques épisodes récents: le monde entier quasiment c'est fait par soumission et/ou annéantissement de peuplades par des envahisseurs plus forts ou plus prolifiques.
a écrit le 17/01/2013 à 11:50 :
La compréhension et la solarité des voisins ne connait pas de limites .
L´Allemage va supporter l´action en envoyant 2 de ses 60 Tansals !
a écrit le 17/01/2013 à 11:38 :
satisfait d'aider ses pauvres maliens envahis par des fanatiques, mais quand meme faire croire que l'action n'a pas pu se préparer avec les autres partenaires car il fallait intervenir dans l'urgence c'est un peu gros. Il y a des mois que l'on assiste à l'avancée des islamistes fanatiques. FH doit etre myope.
Réponse de le 17/01/2013 à 12:16 :
D'après ce qui nous est dit, les autorités s'attendaient depuis des mois à une possible intervention au Mali, ce qui est probable. Mais ce qui est surprenant, c'est qu'on est pas eu le temps de se coordonner avec les autres pays pour cette intervention.
Réponse de le 17/01/2013 à 12:19 :
L'avancée se fait aussi en France ! "La disparition de notre belle culture française ne fait plus aucun doute. Simple question de temps" Livre sur notre jeunesse désabusée "les corps indécents". Au train où vont les choses, que sera la France dans seulement 15 ans ? A quoi ressemblera-t-elle ?
Réponse de le 17/01/2013 à 17:54 :
Je suis d'accord avec Clovis, cette avancée se fait sur notre pays mais elle est plus lente et discrète.. Que sera notre France dans quelques années alors que tant d'hommes se sont battus pour elle.. Je veux que mes enfants et mes petits enfants continuent à vivre dans un pays libre, qu'ils aient le choix de leur religion et ne pas voir les filles traitées comme dans certains pays.. Il faut que notre gouvernement ouvre les yeux..
a écrit le 17/01/2013 à 11:24 :
"Aucun vote du Parlement n?est nécessaire pour cette opération militaire extérieure sous mandat de l?ONU, sauf si elle devait se prolonger au-delà de quatre mois comme le prévoit l?article 35 de la Constitution". Donc au terme de 4 mois, si le parlement n'avalisait pas l'acte de guerre (contre 1500 djiadistes.....rappelons le) la France se retirerait d'une guerre qu'elle a lancé seule, sans informer les autres pays européens, ni leur demander leur accord....aujourd'hui F.D crie haut et fort que la France ne doit pas rester seule dans ce conflit....mais c'est avant qu'elle aurait du y penser.....quant à l'appui des forces maliennes (l'armée malienne n'existe plus ou presque...c'est un bric à brac de soldats non préparés, mal entrainés......) et les armées africaines des pays limitrophes.....interviedront-elles et sous quels délais....il faudra coordonner tous ces hommes, qui s'en occupera. la guerre est un acte grave qui ne s'improvise pas.......
Sinon, les anglo saxons ont été échaudés par les guerres en Irak et en Afganistan...et je ne suis pas certain qu'ils soient prêts à repartir dans un nouveau conflit .....
J'espère que la prise d'otasge sur le site de BP se terminera "le mieux possible" pour tous les otages qui y sont impliqués...sinon F.H. et nous français seront mis à l'index......
Il faudra quand même que le président F.H. qui déclarait voilà encore 15 jours que l'intervention au Mali demanderait à minima 6 mois se soit décidé brutalement.....si ce n'est pour moi .....qu'une opération de recherche de meilleure crédibilité au plan international et intérieur.....
a écrit le 17/01/2013 à 11:21 :
Je pense aussi que que c'est une affaire de com, un peu chère, mais cela fonctionne. S'il fallait qu'on aide militairement tous les régimes à se défaire des extrémistes islamiques, l'armée US n'y a pas suffit. Après, c'est toute la zone qu'il faudrait sécurisé et personne n'en a ni la volonté, ni les moyens. Donc, l'islamisme radical n'a qu'à attendre et se retirer, pour revenir plus tard. Ou alors, il arrive à faire une action d'éclat contre l'armée française. Ils n'ont rien à perdre, sauf la vie et ils s'en foutent. Dans tous les cas, il seront gagnants. Le Mali n'a toujours pas d'armée, d'Etat et est toujours aussi pauvre, sauf de sa diaspora, qui est la première source de revenu du pays. Le Mali n'a jamais intéressé personne et, sur ce plan, ce qui se passe actuellement est malheureusement une étrange bénédiction pour ce pays. Je rappelle que depuis plusieurs années, la diplomatie française préconise l'arrêt du tourisme dans la sous-région et le Rallye Paris-Dakar est parti en Amérique du Sud. Enfin, certes, il y a à une forte progression de la population et donc du marché au Sud de cette zone, mais pas dans cette zone.
a écrit le 17/01/2013 à 10:18 :
peut etre un peu tot pour d'enflammer et faire du lyrisme....des compatriotes sont morts,d'autres blesses...des otages...ils faut les soutenir,certes;Pour le reste...
a écrit le 17/01/2013 à 10:09 :
n'importe quoi " FH a gagné la bataille de la crédibilité " c'est beaucoup plus facile de déclarer la guerre a des rebelles que de réduire les dépenses publics. Tien au fait ça va coûter combien cette affaire. On auras une bonne raison de ne pas équilibrer le budget 2013 il ne fallait plus faire la guerre en Afghanistan mais au mali c'est très bien ? Tout cela sent a plein nez l?improvisation on va distribuer quelques médailles a nos morts pour le Mali est tout le monde oublie le chômage et Les problèmes de la retraite
a écrit le 17/01/2013 à 10:07 :
Pour le citoyen de base ... nous ne connaissons pas les tenants et aboutissants ! Il semble délicat de se faire une opinion .... on nous dit ce qu'il faut entendre, rien de plus !
a écrit le 17/01/2013 à 9:49 :
La guerre au Mali : Hollande a voulu nous faire du Sarkozi pour retrouver de la popularité
et remonter un peu dans les sondages , et puis pendant ce temps la on ne parle plus d'emploi , de pouvoir d'achat , des caisses de retraites en faillite ect...ect...
a écrit le 17/01/2013 à 9:42 :
Vous essayez de nous manipuler car la crédulité de l'homme est sans limite. Non F Hollande n'est pas devenu soudainement un leader charismatique et autoritaire.Les MUTATIONS soudaines n'existent pas. Il joue un rôle mais il n'est pas.
On peut évoluer sur la durée à condition de beaucoup travailler sur soi.Hollande sera peut être différent dans cinq ans.
On cherche à nous faire croire que.... Arrêtez de nous prendre pour des paillassons
a écrit le 17/01/2013 à 9:23 :
"La prise d'otage montre ...." Mr Mabille, vous ne me semblez pas si jeune pour ne pas avoir entendu parlé des 3000 morts des tours de Manhattan ? Vous n'avez pas l'impression que vous avez "zappe" un tournant majeur qui a déjà eu lieu ?
Réponse de le 17/01/2013 à 9:32 :
Tant qu'à faire, vous oubliez la guerre du Vietnam et la guerre de cent ans, et la guerre de Troie aussi.
a écrit le 17/01/2013 à 9:12 :
"La France n'avait pas d'autre choix possible que d'intervenir". Ah bon ...
a écrit le 17/01/2013 à 9:07 :
Mali...... ca sent le petrole et le gaz.A part ca la France soutient qu elle y va pour les beaux yeux de nos.... amis Maliens.WOUAAAARFFFF.....
Réponse de le 26/01/2013 à 14:23 :
Dans le cas du nord Mali c'est plutôt l'uranium. Sans compter avec la proximité du Nord du Niger. Dirigé par un ancien cadre de chez Areva, et fournissant 2/3 de l'uranium français.
a écrit le 16/01/2013 à 22:00 :
magnifique jeu de mot ^^ à la hauteur de cet article.
a écrit le 16/01/2013 à 21:35 :
Bravo, tout est clairement dit.

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