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America first vs Europa first ?

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Philippe Mabille

Publié le 10 février 2017 à 15:34

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Ce sont deux dates qui passent totalement inaperçues dans le triste paysage politique de ce début d'année.

Ce 7 février, l'Europe a tout simplement effacé de sa mémoire le 25e anniversaire de la signature du traité de Maastricht qui a posé les bases de la monnaie unique devenue l'euro. Un euro qui n'a jamais été aussi contesté et qui, si c'était à refaire, ne verrait sans doute jamais le jour. Et, le 25 mars prochain, le 60e anniversaire du traité de Rome ne fera pas sauter les bouchons de champagne dans une Europe déboussolée par le Brexit - Theresa May devrait ouvrir d'ici là les négociations de sortie du Royaume-Uni - et par les violentes attaques de Donald Trump, qui voit « l'Europe allemande » actuelle promise à une désintégration rapide.

Prochaine étape, le Frexit avec l'élection de Marine Le Pen ? La perspective fait d'ores et déjà frissonner les marchés obligataires, avec une flambée du spread, l'écart de taux, à dix ans entre la France et l'Allemagne. Depuis le Brexit, il a été multiplié par quatre, passant de 20 points à près de 80 points de base.

En 1957, l'Union européenne voyait le jour grâce à la vision commune des six pays fondateurs : France, Allemagne, Italie et Benelux (acronyme un peu suranné de nos jours). En 2017, au récent sommet informel de Malte, les mêmes (sauf l'Italie) ont relancé l'idée d'une Europe à plusieurs vitesses, seule option de sortie de crise pour une union déliquescente. À l'heure où le Royaume-Uni d'un côté, et les pays de l'Est (dits pays de « l'élargissement ») de l'autre, regardent de plus en plus vers Washington, il est temps que l'Europe réagisse. La plus virulente est Angela Merkel. Avec la foi des derniers convertis, la chancelière allemande, longtemps réticente à l'idée d'une Europe à plusieurs vitesses, a été très ferme à Malte : « Tous les États ne vont pas participer à chaque fois à toutes les étapes de l'intégration. »

Face aux « États-désunis » d'Amérique, qui se déchirent sur les décrets anti-immigration de Donald Trump, lequel met en place sans état d'âme son programme « America first », l'Europe a du mal à définir la bonne riposte. Faut-il répliquer, comme l'ont fait les PaysBas, par l'humour (« America first, Netherland second ! ») ? En espérant que Donald Trump, entravé par la résistance qui commence à se manifester outre-Atlantique, finira par se calmer... Ou bien plus fermement par un « Europa first » en envisageant des mesures de rétorsions au cas où le nouveau président américain mettrait ses menaces à exécution.

Bien sûr, personne n'a à gagner à une guerre commerciale avec les États-Unis. Pas même l'Europe, qui a pourtant un poids équivalent dans le PIB mondial et dispose d'un vaste marché intérieur de 500 millions de consommateurs. Premier exportateur mondial de marchandises, l'Europe a tout à gagner à rester dans un monde ouvert au libre-échange, et tout à perdre à se laisser entraîner dans la dérive protectionniste du président américain. Bien sûr, si Trump allait jusqu'à taxer de 35 % de droits de douane les exportations des groupes européens, comme il en a menacé Renault-Nissan ou BMW, s'ils continuent à investir dans leurs usines mexicaines, des mesures de rétorsion seraient inévitables.

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Mais le mieux serait d'éviter d'en arriver là.

Même Donald Trump, avec son côté grenade dégoupillée, et son style « Retenez-moi ou je fais un malheur », hésitera à se lancer dans un conflit commercial avec la Chine ou l'Europe. Ce qui compte vraiment pour lui, c'est que les États-Unis redeviennent une job machine efficace, et pour cela il a besoin de faire revenir les capitaux. Sa politique est certes choquante et brutale, mais elle n'est pas irrationnelle. Même s'il s'en défend, c'est une politique dont la résultante est un dollar plus fort, ce qui pourrait bien arranger les affaires de l'Europe avec son euro longtemps surévalué. Pour les milieux d'affaires, Trump crée certes un climat plus volatil et plus incertain, mais certainement pas hostile au business. La déréglementation de nombreux secteurs (finance, pharmacie) et la perspective d'un plan de relance des infrastructures sont, au contraire, très bien vues par les entreprises. En flambant à plus de 20.000 points, l'indice Dow Jones ne s'y est pas « trumpé ». Et l'annonce de la remise en cause du Dodd-Frank Act a été accompagnée d'une hausse de plus de 5 % du cours des grandes banques d'affaires, telles JP Morgan, Morgan Stanley ou Goldman Sachs (qui a placé plusieurs de ses membres au sein de la nouvelle administration).

Derrière la démagogie et le populisme, c'est bien toujours le Big Business qui gouverne au pays de l'Oncle Sam. Et, si elle ne veut pas rester à l'écart, l'Europe désunie ferait bien de regarder son propre nombril et se demander comment, à son tour, mettre en place des politiques qui lui éviteront de se laisser à nouveau distancer par une « Amérique d'abord », certes, mais surtout une Amérique plus forte demain. À l'America first, il faut répondre par une Europe plus cohérente et plus protectrice de ses propres intérêts. À cet égard, on peut douter que la vision de ceux qui appellent à démanteler l'euro aient bien compris la nature et l'échelle des enjeux du nouvel ordre mondial qu'annonce la politique de Mister Trump. Bien au contraire, dans une compétition accrue, l'Europe sera d'autant plus forte qu'elle saura opposer aux deux impérialismes du XXIe siècle, celui des ÉtatsUnis et celui de la Chine, l'écran protecteur d'une monnaie mondiale, plutôt que de se réfugier dans le repli nationaliste et l'illusion de la dévaluation.

Face au « Epluribus unum » américain, l'Europe doit retrouver le sens de sa propre devise : « Unie dans la diversité ».

En y ajoutant le sens de son intérêt commun...

Philippe Mabille

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