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#Coronavirus : d’un mal peut-il sortir du bien ?

Photo de Philippe Mabille

Philippe Mabille

Publié le 06 mars 2020 à 05:06 - Mis à jour le 12 décembre 2024 à 22:48

Coronavirus: plus de 3.000 deces rapportes en chine continentale

Coronavirus: plus de 3.000 deces rapportes en chine continentale

Aly Song

Le Quotidien Numérique

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Malgré l'accélération dramatique fin février de la crise du Covid-19, ce n'est, espérons-le, pas la fin "du" monde. Mais c'est très certainement la fin "d'un" monde dans une crise qui est à la fois un stress-test pour les États et une épreuve de vérité pour nos économies et nos sociétés. Par Philippe Mabille, directeur de la Rédaction.

Ce n'est, espérons-le, pas la fin du monde malgré l'accélération dramatique fin février de la crise du Covid-19, nom de la maladie transmise par le nouveau coronavirus apparu à Wuhan en Chine fin 2019. Pas la fin du monde en dépit de la psychose mondiale qui s'est installée avec des scènes dignes de films catastrophe hollywoodiens: supermarchés dévalisés, course spéculative aux masques de protection et aux solutions hydro-alcooliques, plongeon des marchés financiers déroutés par ce « cygne noir » décrit par Nicholas Nassim Taleb, cette « puissance de l'imprévisible » qui alimente la peur.

Un stress-test pour nos économies et nos sociétés

Mais c'est très certainement la fin d'un monde dans une crise qui est à la fois un stress-test pour les États et une épreuve de vérité pour nos économies et nos sociétés. A l'évidence, le socle sur lequel reposait notre confiance dans le système était fragile et nous avons collectivement fait preuve de cécité. Un peu comme lors la crise des subprimes américains de 2007-2009 qui a failli emporter avec elle toute la finance mondiale, au prix de plans de sauvetages massifs décidés dans l'urgence, le coronavirus venu de Chine appelle une réaction rapide et coordonnée des autorités et des institutions. A la différence des subprimes, qui a affecté d'abord la finance puis a contaminé le monde via les banques, le coronavirus atteint directement l'économie réelle, avec des effets inédits, à la fois sur l'offre et sur la demande, et surtout des impacts récessifs immédiats qui se transmettent à la finance à la vitesse de la lumière : aérien, tourisme, événementiel sont en première ligne, mais aussi toutes les industries impactées par la mise en quarantaine de l'usine (chinoise) du monde et surtout par la rapide contagion de la crise sanitaire dans le reste du monde.

Le risque de faillites en chaîne, la riposte des banques centrales

La riposte a certes commencé avec les banques centrales, au risque d'aggraver la panique, mais ce sera bientôt au tour des gouvernements de comprendre que la réponse monétaire, dans un contexte de taux déjà très bas voir négatifs, ne suffira pas à rétablir seule la confiance devant ce qui pourrait survenir si la situation sanitaire échappe à tout contrôle.

Face à la récession qui vient et au risque de faillites en chaîne d'entreprises notamment de PME affaiblies par ce syndrome imprévu, une réponse budgétaire sera indispensable ne serait-ce que pour absorber les baisses des recettes fiscales. Et en la matière, mieux vaudra trop que pas assez et trop tôt que trop tard.

Bien sûr, nous n'en sommes pas encore tout à fait là. Mais la fièvre monte en flèche dans toutes les entreprises, qu'il s'agisse de leurs dirigeants et des salariés, montrant à quel point dans nos sociétés complexes et interconnectées, la santé économique est étroitement corrélée avec la santé tout court. Certes, la dangerosité du virus a peut-être été exagérée : le taux de létalité en Chine est peut-être lié au caractère trop tardif de la prise de conscience et à la désorganisation du système hospitalier débordé par le nombre de cas. Mais qui sait exactement ce qui se passe avec ce qui devient une nouvelle pandémie ? Déjà, le virus aurait muté et on sait qu'il est plus dangereux qu'une simple grippe saisonnière. Peut-être faut-il dédramatiser, mais, quand on voit que quelques semaines de crise ont déjà eu un effet récessif, on imagine la désorganisation durable que ce virus pourrait représenter pour nos économies et nos emplois.

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Paniquer est peut-être une chance de revenir à la raison

C'est toute la chaîne de production mondialisée, de l'automobile au médicament, qui est affectée. De ce point de vue, la crise tombe à pic pour conforter les nationalistes qui voudraient bien que les années 2020 soient celles d'un tournant anti-mondialiste. Il ne faut sans doute pas en exagérer la portée car la réalité nous montre que les épidémies n'ont pas de frontières. Mais la constatation de l'ampleur de notre dépendance à la Chine, dont le poids dans l'économie mondiale a quadruplé depuis la crise du SRAS de 2003, est un rappel au réel assez brutal. Pour la planète aussi, ce coronavirus est un rappel à la réalité, une sorte de "vengeance de la nature" qui pourrait bien être bien plus efficace que la jeune égérie suèdoise Greta Thunberg pour accélérer les changements vers un modèle de société plus durable.

Quand l'essentiel, la vie, est en jeu, la panique peut être aussi une chance, un retour à la raison : relocaliser ce qui peut l'être, consommer moins de produits importés, investir dans la qualité du système de soin d'une population vieillissante, alors que  l'hôpital public déjà au bord de l'explosion va voir ses limites testées, voilà quelques tendances qui pourraient monter en flèche dans le discours politique, lorsque la fièvre sera retombée. Ainsi que l'enseignement en ligne, le télétravail, la téléconférence pourraient être les grands gagnants de ce qui sera peut-être le premier test des événements à venir avec le changement climatique. Pour l'heure, le plus important est de tout faire pour endiguer la contagion. C'est encore possible, a dit l'OMS, mais ce sera un test pour la cohésion de nos démocraties.
 


Philippe Mabille

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