Emplois : Si seniors !
Sophie Iborra

Photo d'illustration
La Tribune
Sophie Iborra

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Si vous avez connu les magnétoscopes, mangé des Raider et écouté de la musique sur un walkman, en matière d'emploi, vous avez peut-être du souci à vous faire. Paradoxe du marché du travail français, alors que les actifs sont appelés à travailler de plus en plus longtemps, en France, seule la moitié des salariés de plus de 55 ans est au travail. Ce chiffre tombe à 35,5% s'agissant des 60-64 ans. Soit 10 points de moins que la moyenne européenne. Travailler plus longtemps d'accord, mais comment ?
« Périmés », dépassés, trop vieux, trop compétents, trop chers, trop risqués, les seniors, ne rentrent plus dans les cases. Résultat, ils souffrent d'idées reçues dès qu'il est question d'emplois. Has been les quinquas ? Pas vraiment, si l'on en juge leurs performances notamment dans l'entrepreneuriat. Outre leurs bons résultats, les 50-64 ans créent chaque année autant de nouvelles entreprises que leurs enfants entre 18 et 30 ans. Et toc.
Largués sur les nouvelles technologies ? Ils en sont les pionniers. N'oublions pas que si la génération Y et Z peut scroller sur Instagram, c'est quand même d'abord grâce à eux. Blues de la fin de carrière ? Que nenni, un grand nombre d'études sur leurs performances atteste que les plus de 55 ans sont toujours aussi productifs, créatifs et volontaires. Expérimentés, soucieux de transmettre, ils sont souvent les piliers dont la jeune génération a besoin pour construire son propre avenir professionnel. Le croisement des générations est une véritable chance pour notre société, pour l'entreprise et notre économie en général.
Alors faut-il obliger les entreprises à prendre leurs responsabilités ? L'index senior, au menu du Parlement l'an dernier, prévoyait d'obliger les plus grosses entreprises à faire preuve de transparence sur le sort qu'elles réservaient aux plus âgés de leurs salariés. Le rejet de l'article 2 du projet de loi sur la réforme des retraites, par une majorité des députés, prouve qu'il n'est pas si simple d'imposer une contrainte supplémentaire aux entreprises.
Les syndicats patronaux, de leur côté, rappellent que, comme souvent en termes d'inégalités et de stéréotypes, l'entreprise n'est que l'une des composantes de notre société et qu'elle ne peut pas « tout et tout le temps ». Que la question de la perception que nous avons de nos aînés dépasse largement le périmètre de l'entreprise. De plus, rajouter des obligations aux obligations de nos employeurs ne garantirait pas le résultat surtout pour les entreprises les plus petites.
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Pas faux. Mais faut-il pour autant attendre que les mentalités changent pour que les résultats soient tangibles en matière d'emplois des seniors ? Conscients que leurs arguments, aussi pertinents soient-ils, ne font pas avancer le « schmilblick », les principaux syndicats préfèrent l'incitation à la contrainte, condition pour que les entreprises acceptent de changer leur fusil d'épaule : allègement de charges, dispositifs plus souples pour gérer les fins de carrières, valorisation des pratiques et des « bons élèves », etc. Dans un contexte de crise des talents, de difficultés majeures à trouver et à fidéliser ses collaborateurs et collaboratrices, l'emploi des seniors ne serait-il pas l'une des clés pour régler ce casse-tête tout en tordant le cou à tous les préjugés ?
Fort heureusement, bon nombre d'entreprises ont bien compris les enjeux et innovent en la matière. Utilisation de CV anonymes, programmes de tutorats qui permettent d'exploiter les savoir-faire et les transmettre ; bilans et cartes de compétences suivis de l'accès à la formation tout au long de la vie ; anticipation et évolution de carrières avec notamment la mobilité interne, l'amélioration des conditions de travail, la prévention de la pénibilité, etc.
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La transition vers la retraite dans le cadre du cumul emploi-retraite semble tout aussi fondamentale. Toutes ces bonnes pratiques sont, bien sûr, plus simples à mettre en place dans les grandes entreprises qui ont plus de moyens et de ressources pour construire une vraie politique volontariste en la matière. Le vrai défi, comme souvent en matière d'inclusion est que les TPE-PME, qui emploient près de 7 millions de nos salariés en France, puissent s'en emparer pour faire bouger les lignes en toute responsabilité. À suivre.
Sophie Iborra