LA CHRONIQUE DE DOUGLAS KENNEDY - Trump et les femmes
Douglas Kennedy
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Mon père était le prototype du mâle blanc en colère. Il avait grandi dans un âpre quartier ouvrier de Brooklyn (Prospect Heights, aujourd'hui devenu complètement bobo), élevé dans une fervente foi catholique. Il avait survécu à la bataille d'Okinawa en servant dans le corps des marines pendant la Seconde Guerre mondiale (et ne s'en était jamais vraiment remis). Il s'était retrouvé coincé dans un mariage profondément malheureux (que l'ancien enfant de chœur en lui ne s'autorisait pas à briser).
Il détestait le monde de l'entreprise dans lequel il travaillait mais, en bon partisan de notre « mode de vie » (comme les conservateurs aiment à appeler le prétendu « rêve américain »), il se pliait à son ethos conformiste. Et, à partir de la fin des années 1960, alors qu'il avait une petite quarantaine, il ne cessa de vitupérer contre les militants afro-américains, féministes et (plus tard) homosexuels qui réclamaient l'égalité des droits. Tous ces groupes menaçaient sa certitude absolue selon laquelle les hommes blancs étaient ceux qui devaient tenir les rênes de la société américaine.
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Par conséquent, s'il n'était pas mort deux ans plus tôt, je suis certain qu'il aurait voté Trump à l'élection présidentielle de 2016. D'autant plus qu'il méprisait Hillary Clinton, cette « socialiste libérationniste », comme il la surnommait (la « libération des femmes » étant la façon de désigner le féminisme à la fin des années 1960). Il se serait évidemment réjoui de la victoire surprise de Trump à l'époque, et aujourd'hui il déverserait son fiel sur Kamala Harris, reprenant à son compte les diatribes racistes et sexistes de Trump contre son adversaire.
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