Le temps du Maroc à l’heure de l’émergence

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Abdelmalek Alaoui, Editorialiste
Abdelmalek Alaoui, Editorialiste (Crédits : DR)
EDITO. Beaucoup de choses ont été dites sur le rythme et la qualité du développement marocain au cours des vingt dernières années. Pas assez intense pour certains, insuffisamment inclusive pour d’autres, la croissance a ainsi été au cœur de la conversation autour du « modèle marocain » et de ses spécificités. Or, la question de l’évolution démographique du pays, pourtant essentielle pour comprendre la trajectoire marocaine, a été insuffisamment expliquée et adressée par les exécutifs qui se sont succédés depuis l’avènement de Mohammed VI. En effet, trois ruptures majeures se sont produites au cours des deux dernières décennies, transformant profondément la société marocaine et l’ouverture du pays sur le monde.

La première rupture est l'évolution de la pyramide des âges du Royaume, qui ressemble de plus en plus à celles que l'on peut rencontrer dans les pays développés, avec une augmentation importante de la population en âge de travailler et un vieillissement mécanique de l'ensemble, qui entrainera une baisse progressive de la population jeune. À tous les niveaux, ce changement de structure d'une population qui devrait compter 45 millions d'âmes en 2050 constitue un défi majeur pour le pays. Le Maroc devra non seulement améliorer de manière substantielle l'employabilité de son tissu économique, mais également adresser les questions majeures de la prise en charge du troisième âge, de l'équilibre de ses caisses sociales, et de la solidarité intergénérationnelle qui ne pourra plus être dévolue uniquement aux structures sociales préexistantes.

 Déséquilibre territorial

Cette première rupture est d'autant plus engageante qu'elle est aggravée par une accélération du déséquilibre territorial, et notamment par l'accroissement de la mégalopole de Casablanca-Settat, qui compte pour 26% dans l'accroissement démographique du pays. Sachant que la zone compte déjà pour plus d'un tiers de la croissance du pays, le Royaume devra obligatoirement en réinventer la mobilité, l'énergie, ou encore la sécurité pour absorber ce double choc.

Bien que majeures, ces deux premières ruptures peuvent être adressées par la panoplie à disposition de la puissance publique. En planifiant mieux le déploiement et l'organisation de son économie, le Maroc peut favoriser l'émergence de nouveaux pôles de prospérité économique dans les territoires. En intensifiant ses efforts pour améliorer la collecte de l'impôt et la résorption progressive du tissu informel, les équilibres de ses organismes sociaux peuvent être restaurés. Enfin, en poursuivant sa politique volontariste en matière de mix énergétique, les besoins du tissu productif pourront être adressés.

 Une modification profonde de la société

C'est donc au niveau de la troisième rupture que se situent les défis les plus importants : la modification profonde de la structure de la société marocaine. Comme souvent, cette dernière est paradoxale. D'un côté, l'on constate un repli conservateur. De l'autre, avec l'augmentation du nombre de femmes entrant dans le marché du travail et la formidable émancipation de la femme marocaine, un véritable choc culturel est à l'œuvre. Ce dernier était attendu, Youssef Courbage et Emmanuel Todd ayant prévenu dès le milieu des années 2000 que la très rapide transition démographique du Maroc allait ouvrir la voie à des chamboulements profonds.

C'est à l'aune de cette troisième rupture qu'il convient d'abord de lire l'appel lancé par Mohammed VI pour imaginer un « nouveau modèle de développement » en octobre 2018 à travers la création d'une commission ad hoc. Cette dernière devra donc trouver les voies et moyens pour porter la croissance à un niveau supérieur à 5% par an, mais également appréhender cette nouvelle donne sociétale en y apportant des réponses d'avenir.

En bref, le Maroc est en passe de tourner la page du fameux adage de Lyautey « Au Maroc, gouverner c'est pleuvoir », pour mettre en phase le temps du Royaume avec l'heure de l'émergence.

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Commentaires
a écrit le 25/07/2019 à 5:54 :
Les paysages aux alentours de Ketama, du vert, qui sent etrangement la resine....
Tant que ce pays cultivera ce poison, il ne sera pas credible a l'international.
Réponse de le 25/07/2019 à 10:10 :
C'est vrai ça les états unis qui l'ont légalisé ne sont pas crédibles à l'international...

Vous et vos grotesques dogmes liés seulement à un moralisme affligeant. -_-
a écrit le 24/07/2019 à 9:19 :
Facile à vérifier, faites un sondage auprès de la jeunesse marocaine pour savoir si elle a envie de rester dans son pays ou de se barrer comme avant...

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