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Macron, encore à mi-chemin

Photo de Philippe Mabille

Philippe Mabille

Publié le 04 mai 2018 à 13:45 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 01:00

Le conseil de securite doit reprendre l'initiative, dit macron

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Philippe Wojazer

Le Quotidien Numérique

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Il faut toujours écouter le peuple. Celui qui dit lui-même (dans un entretien à La Nouvelle Revue française de ce mois) être une « aberration » du point de vue du système politique traditionnel, devrait regarder avec beaucoup d'attention le sondage très complet que La Tribune publie pour l'anniversaire de son année au pouvoir (*).

Certes, le jugement sévère porté par les Français ne constituera pas pour lui une surprise : un an après, il a perdu près de 20 points de popularité (43 %) et près de 6 Français sur 10 se déclarent plutôt mécontents de son action et ne lui attribuent qu'une note médiocre  : 8 sur 20, 1 point seulement de plus que son prédécesseur et désormais ennemi juré François Hollande au printemps de 2013. L'ancien président de la République a même réussi à lancer, dans l'émission Quotidien, le nouveau slogan des anti-Macron, utilisé lors des défilés du 1er mai  : il n'est pas le président des riches, mais celui « des très riches » a lancé Hollande.

Tel est bien le sentiment des Français : Emmanuel Macron est considéré par une très large majorité comme le président des grandes villes et des classes aisées. On le perçoit comme déconnecté de la réalité des Français les plus modestes, des ruraux et des quartiers populaires. Bref, après un an d'exercice du pouvoir, il n'est pas jugé comme un président rassembleur et plus de 8 Français sur 10 déclarent ne pas avoir le sentiment de bénéficier personnellement de la politique mise en œuvre.

Paradoxalement, si le ressentiment est fort contre la réforme du marché du travail chez les salariés, contre l'augmentation de la CSG chez les retraités, contre le projet de limiter la vitesse à 80 km/h sur les routes secondaires ou contre la transformation de l'ISF, on voit dans le détail que beaucoup des mesures prises sont saluées comme allant dans la bonne direction : c'est le cas des réformes institutionnelles (réduction du nombre de parlementaires, moralisation de la vie politique), des mesures sur l'école et l'université, de la réforme du système ferroviaire ou de celle de la formation professionnelle, qui sont largement plébiscitées.

De sorte que si la note est sévère, elle exprime aussi un « peut mieux faire » et une attente assez forte à l'égard d'un président dont les Français reconnaissent qu'il a été élu pour réformer. 39 % d'entre eux, principalement les sympathisants de LRM, estiment qu'il mène les réformes à un bon rythme et 19 % trouvent même qu'il ne va pas assez loin. Les Français créditent aussi Emmanuel Macron de « convictions profondes », « ayant de l'autorité » et « une stature présidentielle qui valorise la France ». En clair, ce sondage montre des Français qui ne demanderaient qu'à être convaincus, même si le scepticisme l'emporte encore puisque seulement 42 % estiment qu'il pourra redresser la France au cours des quatre prochaines années, 55 % étant persuadés du contraire.

Bien sûr, un sondage n'est qu'une photographie, un peu impressionniste, de l'état de l'opinion. Emmanuel Macron ne convainc pour l'instant que les convaincus, avec un socle assez solide chez ses électeurs du premier tour. Sa chance est de gouverner, dans un contexte de reprise assez nette de la croissance, un pays dont le paysage politique est en complète recomposition, au point que les oppositions deviennent inaudibles. C'est aussi un danger, dans la mesure où, du fait de la verticalité du pouvoir, qu'il dit « assumer totalement », le président enjambe les corps intermédiaires et se retrouve seul face à un pays fracturé.

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Persuadé que la France va trop lentement dans un monde qui va « trop vite », le chef de l'État a mené un train d'enfer au cours des douze mois écoulés. Il joue désormais la suite de son quinquennat sur la réforme de la SNCF et semble en passe de réussir son pari, au vu de l'affaiblissement de la mobilisation. Si tel est le cas, ce test de résistance lui permettra d'engager les deux grands chantiers de la fin du quinquennat, les plus périlleux : la réforme de l'État et celle des retraites. Sur la première, force est de constater que rien de sérieux ne s'est passé : la baisse des déficits n'est due qu'à la « cagnotte » budgétaire apportée par la croissance, mais aucune réforme structurelle n'a été engagée. Cela devrait venir, à partir de juin, avec la remise du rapport du Comité action publique 2022. Or, le temps ne joue pas en faveur d'Emmanuel Macron, car déjà, les économistes craignent un retournement du cycle économique en 2019 ou 2020.

Toute la question est de savoir si sa politique de flexibilisation du marché du travail et de baisse des impôts pour les « premiers de cordée » aura produit d'ici là des effets positifs. Si tel ne devait pas être le cas, le risque est que la cristallisation des mécontentements, qui n'ont pas produit la « convergence des luttes » espérée par les nostalgiques de mai 1968, ne finisse par gripper la dynamique du quinquennat. Et ne condamne Emmanuel Macron à rester bloqué à mi-chemin dans sa volonté de transformer le pays. On constate déjà cette usure sur l'Europe : alors que son projet ambitieux de reconstruire les bases de l'UE avec l'Allemagne rencontre peu d'écho, comme vient de le montrer l'échec du projet français de taxation des Gafa, il est peu probable que les élections européennes du printemps 2019 passionnent les Français autant qu'Emmanuel Macron le souhaiterait.

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>> RETROUVEZ L'ENSEMBLE DU DOSSIER "MACRON ANNEE UN"

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(*) Sondage BVA/Orange pour La Tribune, RTL et la presse régionale.

Philippe Mabille

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