Start-up, mon amour

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(Crédits : AFP)
À La Tribune, on aime les jeunes entrepreneurs (euses)... On les aime tellement qu'on leur a consacré une rubrique à la fin du journal. On a aussi créé à leur intention un concours, les Prix La Tribune Jeune entrepreneur 2015 (PLTJE), qui pour leur troisième édition, récompenseront une nouvelle cuvée de six lauréats en 2015 (sur 38 nominés dans toute la France).

Rendez-vous ce lundi, au Grand Rex à Paris, à l'occasion d'une soirée qui réunira « 1000 start-up pour changer le monde» (Pltje.latribune.fr).En 2013, lors de la première édition, nous avions appelé « peur de rien» cette génération spontanée de jeunes pousses en train d'éclore dans toute la France. Deux ans après, force est de constater que le mouvement ne fait que croître et se multiplier. Inspirés par des vedettes comme Xavier Niel (Free), Jacques-Antoine Granjon (Vente-Privée) ou Jean-Baptiste Rudelle (Criteo), pour ne citer qu'eux, les jeunes entrepreneurs sont même invités par le ministre de l'Économie, de l'Industrie et du Numérique, Emmanuel Macron, à « avoir envie de devenir milliardaires».

Rêver de devenir riche n'est pas forcément une fin en soi (quoique), mais ce qui frappe dans la génération 2015, c'est la volonté farouche de conquérir le monde, de dépasser les frontières hexagonales. Quand on regarde Blablacar (covoiturage), ou Sigfox (télécommunication pour les objets connectés), on parle d'entreprises ayant des visées mondiales et dont l'essor repose sur un modèle nouveau, où la rentabilité immédiate passe après la recherche, la plus rapide possible, de la plus grande part possible du marché.

Beaucoup de jeunes entrepreneurs rêvent d'inventer le Google, le Uber ou le Airbnb de demain. La technologie n'est pas, ou plus, le sujet principal. La nouvelle pierre philosophale, c'est la révolution des usages et le déplacement de la chaîne de valeur de la propriété du capital vers la maîtrise de la relation client. Dans un papier qui a fait le tour de la planète, le site Techcrunch s'en est récemment ému : « En 2015, Uber, la plus grande boîte de taxi au monde, ne possède aucun taxi. Facebook, le média le plus populaire, ne crée aucun contenu. Alibaba, le distributeur le plus valorisé en Bourse, n'a pas de stocks. Airbnb, le plus grand "hôtelier" du monde, ne possède pas d'immobilier. Quelque chose d'intéressant est en train de se passer...» Et en effet, c'est le cas : à l'ancienne économie, les coûts ; à la nouvelle économie, les profits, c'est le credo de notre époque. Non sans contradictions : sans investissements rentables, pas de croissance et pas d'emplois. L'économie start-up, poussée à son extrême, nous condamne à la stagflation éternelle.

Mais qu'importe : ce qu'il faut, quand on a l'esprit start-up, c'est trouver la bonne idée, avant tout le monde, et l'imposer. C'est un univers assez impitoyable qui, sous couvert parfois de bons sentiments, comme cette belle idée d'économie dite «du partage», fait penser à la cupidité des origines du capitalisme. Pour peu que le projet soit bon, et attire les investisseurs, publics ou privés, l'argent ne manque pas : la «vallée de la mort», ce désert de soif que devaient traverser les jeunes entrepreneurs, n'est plus aussi vaste que par le passé.

Ce foisonnement entrepreneurial ne pouvait laisser indifférents les grands groupes, qui n'ont qu'une peur : se faire distancer par un nouvel «Uber». D'autant qu'Emmanuel Macron n'a pas caché que son objectif était de créer les conditions pour que des milliers d'entreprises puissent devenir « le CAC 40 de dans dix ans». À l'évidence, le CAC 40 actuel ne voit pas d'un très bon oeil cette perspective, car qui dit nouveaux entrants implique nécessairement des sortants. Le nouveau mot à la mode, dans les grands groupes, c'est donc l'innovation ouverte. Sur le mode : à défaut de pouvoir inventer les modèles d'affaires de demain, essayons de les contrôler. C'est aussi le signe d'une nouvelle maturité car sur 100 start-up, moins de 10 seront encore en vie trois ans plus tard. En accompagnant des jeunes pousses, les grands groupes cherchent aussi à attirer à eux de nouveaux talents, qui n'auraient pas pu éclore dans une structure pyramidale. Le gouvernement soutient activement cette démarche de coopération, autant pour consolider les emplois créés que pour éviter que nos plus belles pépites ne se vendent à l'étranger, comme on l'a vu dans le psychodrame sur Dailymotion, qui a fâché investisseurs américains puis chinois, jusqu'à ce qu'Orange ne se décide pour un accord franco-français avec Vivendi. Macron et Montebourg, même combat ?
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pltje live3

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Commentaires
a écrit le 13/04/2015 à 18:47 :
Il est triste que le code du travail français ne rende pas la vie facile à ceux qui créent des starts uos dans notre pays. Les règles stricts font peser une épée de Damocles au dessus de la tête des dirigeants (48 heures maxi de travail par semaine, 12 heures d'affilée, pas de travail le dimanche, heures de récup, etc...). ça changera quand ? Quand est-ce qu'on passera dans le monde moderne en France ? Le droit du travail date de Zola, cette époque est passée, bon sang !!!!
a écrit le 13/04/2015 à 16:29 :
Bravo LaTribune ... ce qui me fait lacher doucement Challenges trop parisien, trop élitiste trop CAC40 (meme si ce n'est pas un "gros mot") et qui se detache cruellement de ce qui fait aussi la force vive de notre pays, l'innovation...
Réponse de le 13/04/2015 à 18:44 :
Challenges est bien écrit mais malheureusement sa couleur politique n'est pas affichée et donc insidieuse. Je n'aime pas être manipulé !

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