Loi de programmation militaire : la grande escroquerie (1/2)
Le groupe Vauban*
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L'académicien Alfred Capus disait que « l'escroquerie était une bonne affaire qui a rencontré une mauvaise foi » : après beaucoup d'entretiens et de lectures de documents, d'auditions et de rapports, notre groupe n'hésite pas dire que la loi de programmation militaire (LPM) est « une mauvaise affaire qui a trahi une bonne foi ».
Dans un mouvement de précipitation brownien, le pouvoir a décidé dès sa formation de mettre sur le métier une nouvelle loi de programmation militaire et de la faire précéder d'une revue nationale stratégique. L'urgence qui a motivé cet empressement, s'appelle l'Ukraine. La méthode qui justifie ce réarmement précipité, s'appelle dramatisation. Ce sont deux erreurs fondamentales.
Sur le fond, rien ne justifiait l'urgence politique : tout incitait au contraire à la patience stratégique afin d'étudier ce conflit, le premier de ce type depuis 1945 sur le sol européen. Tirer des leçons d'un conflit sans fin apparente est une illusion : le directeur de l'IFRI l'a dit clairement devant les sénateurs le 8 mars dernier : « Au fond, tout se passe comme si cette guerre d'Ukraine devait se finir rapidement, ce qui ne sera pas le cas ». Son collègue de la FRS, Bruno Tertrais, le même jour et devant le même public, le dira autrement : « J'en viens aux conséquences de la guerre en Ukraine. Évoquer ces conséquences impliquerait que nous sommes déjà dans l'après. Or, nous ne savons pas quand sera cet après, ni même s'il y en aura un. Le scénario d'une Russie en guerre permanente, pour très longtemps, nous interdirait de nous projeter après la fin de la guerre en Ukraine. Dans le meilleur des cas, la Russie serait affaiblie militairement mais elle serait encore revanchiste et constituerait toujours un problème stratégique pour l'Europe ».
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A cet égard, la revue nationale stratégique, censée éclairer les choix, est apparue pour ce qu'elle est : un catalogue poussif et non un décalogue impératif. Pour nombre d'observateurs [1] passablement usés par ce type d'exercices, le ratio entre stratégie et applications concrètes n'est pas le bon : n'est pas le général de Gaulle qui veut. Par un seul discours, le 3 novembre 1959, le fondateur de la Vème République aura plus marqué de son empreinte indélébile le système de défense français que ces 52 pages hâtivement rédigées et sans ligne d'action. C'était déjà mal parti.
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