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Opinions

Présidentielle: n'oublions pas l'industrie et l'énergie

Anais Voy-Gillis et Greg de Temmerman (*)

Publié le 07 février 2022 à 11:36 - Mis à jour le 05 mars 2026 à 13:06

Lignes électriques

Photo d'illustration

Reuters

Le Quotidien Numérique

07 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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OPINION. La France est maintenant régulièrement confrontée aux problèmes de tensions sur le réseau électrique. Alors que tous les candidats à la présidentielle appellent à la réindustrialisation de la France, la modification des usages et l’augmentation de la production nationale imposent également de développer une vision et une stratégie nationale en matière de production d’électricité, si nous souhaitons atteindre nos objectifs en évitant les risques d’un black-out. Par Greg De Temmerman, directeur général du think tank Zenon Research et chercheur associé à Mines Paris-PSL, et Anaïs Voy-...

... lis, chercheuse associée au Cerege, IAE de Poitiers.

L'hiver 2021-2022 voit de fortes tensions sur le réseau électrique en France qui ont ravivé les craintes de black-out en cas de grosse période de froid pendant l'hiver (référence RTE). Sur la période du 21 au 23 décembre 2021, la France a ainsi importé des quantités record d'électricité de ses voisins européens, même si, sur l'année elle reste largement exportatrice.

Parmi les facteurs expliquant cette tension : une indisponibilité assez forte du parc nucléaire (10 réacteurs à l'arrêt le 19 Janvier 2022) à cause d'un planning de maintenance chamboulé par la Covid et des arrêts imprévus, des périodes de maintenance plus longues que prévu, un manque de capacités pilotables (près de 10 GW ont été fermés ces 10 dernières années). Mais également un facteur moins souvent mentionné : un retard marqué de l'évolution des capacités de production électrique par rapport à la programmation pluri-annuelle de l'énergie (PPE), notamment en termes de déploiement des énergies renouvelables.

Une situation énergétique tendue

Le démarrage de l'EPR de Flamanville (prévu maintenant pour mi-2023) et de la centrale à gaz de Landivisiau devraient redonner un peu de marge dans les prochaines années, mais le répit pourrait être de courte durée. En effet, dans le cadre de ses objectifs climatiques, la France est vouée à utiliser moins d'énergie finale, mais plus d'électricité. RTE, le gestionnaire du réseau électrique français, a publié récemment son rapport de prospective « Futurs énergétiques 2050 », une étude complète de 6 scénarios énergétiques compatibles avec l'atteinte de la neutralité carbone pour la France en 2050. Ce rapport prévoit une forte augmentation de la consommation d'électricité d'au moins 35% sur les 30 prochaines années.

Mais les tensions sur l'approvisionnement en électricité, ainsi que, plus généralement, la crise énergétique actuelle liée en partie à une nécessaire (même si trop lente) baisse structurelle des investissements dans les énergies fossiles et à des investissements insuffisants dans les alternatives bas carbone, rappellent surtout le besoin d'une vision claire et de sa mise en pratique de façon ordonnée et volontariste.

Si la France a l'avantage d'avoir une intensité carbone de l'électricité parmi les plus basses au monde, lui donnant, en principe, un avantage compétitif pour toute production dépendante de l'électricité, les études de RTE montrent que des investissements très importants sont nécessaires dans les 30 prochaines années pour la décarbonation de la France. Entre la construction de nouveaux réacteurs nucléaires pour maintenir la part du nucléaire à 50% (comme prévu par la PPE), et le déploiement de capacités renouvelables à des taux jamais atteints, le défi est de taille.

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Traduire les choix stratégiques en besoins de production d'électricité

Le dimensionnement des capacités de production va fortement dépendre de la consommation prévue à l'avenir, laquelle va elle-même dépendre des choix de société qui seront faits notamment en termes de sobriété, mais également de politique industrielle. La réindustrialisation de la France est en effet un fort levier d'action potentiel pour la baisse de l'empreinte carbone, mais celle-ci est relativement énergivore. RTE estime ainsi qu'un scénario de réindustrialisation dite 'profonde' impliquera une augmentation de la consommation électrique de 60 TWh/an, à laquelle il faudra ajouter le besoin de combustibles décarbonés comme l'hydrogène (dont la production est énergivore). Cette estimation est d'ailleurs relativement basse si on la compare à celle de nos voisins européens (les Pays-Bas prévoient un doublement de la demande en électricité, l'Allemagne une hausse de 80%) et mérite d'être étudiée soigneusement.

La stratégie de réindustrialisation de l'actuel gouvernement repose sur différents aspects : relocaliser certaines activités dites stratégiques et l'implantation sur le territoire d'entreprises étrangères (Choose France), le renforcement du tissu productif existant avec notamment un soutien à la modernisation des unités de production et le développement des industries de demain (plan d'investissement France 2030). Même si la France est l'un des pays les plus désindustrialisés de la zone euro, elle conserve encore des atouts et des savoir-faire qui rendent une réindustrialisation possible. Toutefois, après 40 années de désindustrialisation, synonyme de sous-investissement dans les unités de production et l'innovation, le chemin vers la reconstruction d'une base industrielle solide sera forcément long, difficile et coûteux. Il sous-entend de définir une vision claire et de penser une stratégie industrielle qui va au-delà des murs des usines.

En effet, la réindustrialisation soulève avec elle des questions sur la formation, sur l'innovation, sur l'énergie, sur les infrastructures, et même sur le numérique, à une heure où la donnée devient un actif stratégique des entreprises industrielles. Une stratégie de réindustrialisation qui n'intégrerait pas une vision transversale de l'ensemble de ces questions serait assurément fragilisée sur le temps long.

L'enjeu de la décarbonation des productions et des usages

La réindustrialisation semble un levier pour la lutte contre le réchauffement climatique à la condition de décarboner les productions et les usages. Cette question semble être prise en main par le gouvernement à travers les soutiens accordés à la décarbonation via le plan de relance et le développement d'une filière hydrogène à travers le programme France 2030.

Dans les discours, la décarbonation semble donc reposer principalement sur l'électricité et l'hydrogène bas carbone. Les deux sont perçus comme moyens de décarboner les productions et les usages. Or, le recours à l'un et l'autre sous-entend qu'on soit en mesure de les produire en quantité suffisante, de les stocker et de les distribuer au plus près des usages et des besoins. L'histoire des bornes de recharge des véhicules électriques laisse à penser que ce que certains considèrent comme des détails peuvent être des freins à la diffusion et à l'adoption d'une technologie.

L'hydrogène consommé en France est aujourd'hui à 95% d'origine fossile, et 40% de la consommation est destinée au raffinage pétrolier. La production d'hydrogène sert donc principalement aujourd'hui une industrie jugée partiellement responsable du réchauffement climatique. L'hydrogène est un levier pour décarboner les industries lourdes comme la sidérurgie, mais à la condition d'utiliser un hydrogène bas carbone et produit à partir d'une énergie décarbonée. Une des solutions est de le produire par électrolyse de l'eau à partir d'électricité, ce qui nécessite donc que la France s'assure d'être en mesure de générer l'électricité nécessaire à la production d'hydrogène bas carbone. Or, les échelles de temps pour la construction de centrales nucléaires ou le déploiement à l'échelle d'énergies renouvelables sont longues. La mise en service des futurs EPR2 n'est pas attendue avant 2035-2037 si la décision de les construire est prise en 2022-2023. Or, malgré les annonces du président fin 2021, ces décisions se font attendre.

Dès lors, la stratégie industrielle autour de l'hydrogène doit se poser la question des usages à décarboner en priorité, notamment l'industrie et les mobilités lourdes. Elle ne peut pas s'exonérer d'une réflexion sur l'effort de sobriété et donc d'une réduction de certains usages. La stratégie de réindustrialisation ne peut pas non plus s'exonérer d'une réflexion sur le choix des matières dans un objectif de réduction des dépendances, sur la construction de nouvelles filières de recyclage et sur la construction d'une vision renouvelée de ce qu'est l'autonomie. Le périmètre de la concurrence se pose également.

Les industries les plus émettrices de carbone sont également des industries très concurrentielles, ainsi l'effort de modernisation des sites industriels devra se combiner avec des mécanismes de rééquilibrage aux frontières nationales ou européennes. Il est impossible d'engager des moyens publics et privés conséquents pour atteindre la neutralité carbone si les industries françaises se trouvent en concurrence avec des entreprises qui ne sont pas soumises aux mêmes contraintes. Il faut penser ces mécanismes dès à présent si nous souhaitons éviter des phénomènes de saturation des marchés et une nouvelle vague de désindustrialisation.

Choisir dans un contexte géopolitique incertain

La France n'est pas la seule nation à vouloir emprunter ce chemin de la réindustrialisation. Certaines puissances, comme la Chine, la Corée ou l'Allemagne, ambitionnent de renforcer leur base industrielle, d'autres, comme les États-Unis, de se réindustrialiser en mettant des moyens publics et privés conséquents sur la table.

La stratégie de réindustrialisation française doit donc aussi intégrer le comportement des autres nations en termes de spécialisation. Ces stratégies auront un effet sur la demande, notamment sur les matières premières critiques, et pourraient induire des tensions géopolitiques qui sont trop souvent minimisées dans les stratégies française et européenne.

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Anais Voy-Gillis et Greg de Temmerman (*)

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