Pour les électeurs, la présidentielle est en panne

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Nicolas Sarkozy a beau s'agiter sur le thème de l'emploi, il ne suscite que peu d'intérêt dans l'électorat. Pas mieux pour François Hollande, qui tente de lancer sa machine, mais son positionnement demeure flou, et il ne parvient pas à s'imposer. Les Français semblent attendre autre chose. Ils sont las des incantations qui masquent mal l'impuissance des responsables politiques. Point de vue.

Les Français souffrent et la présidentielle souffre de désintérêt. Une France désenchantée, résignée, même pas indignée, ne semble pas y croire. Plus ? Depuis la primaire socialiste et radicale, et malgré la séquence récente intégrant les voeux du président et le (re)lancement de campagne du candidat socialiste, l'audience du feuilleton reste faible. Les Français paraissent fatigués par l'accumulation de difficultés sociales et individuelles infligées par un conflit économique dont ils peinent à comprendre les frontières réelles et plus encore la durée. Nous subissons l'Histoire, nous subissons l'état du Monde. On a même parfois le sentiment que ce sont des acteurs étrangers entre agences de notation et Angela Merkel qui rythment les pulsations de notre système démocratique et de la campagne.

L'action de Nicolas Sarkozy semble, dans ce contexte, sans effet. Dès que l'Europe et la crise internationale ne rythment plus l'agenda, l'audience du président sortant apparaît en baisse. Déplacements après déplacements, allocutions après allocutions, images TV après images TV, le format semble se répéter dans un ennui progressif mais qui s'installe durablement. Peu de passion, peu d'envie, peu d'écho, nous sommes bien loin de 2006. Même quand le président se pose, comme avec SeaFrance, en gardien de l'emploi. Et puis où sont les seconds rôles ? Une bonne série en a besoin. François Fillon et les ministres chuchotent davantage qu'ils ne parlent, comme conscients que les Français ne sont plus à l'écoute même quand ils attaquent leurs adversaires ou annoncent des mesures économiques et sociales d'urgence.

À l'inverse, à gauche, on trouve presque trop de seconds rôles. Après les épisodes de la séquence "primaire", non seulement le feuilleton socialiste s'épuise à trouver son rythme, son contenu narratif, mais le personnage principal a vu sa surface propre se réduire.

François Hollande a tenté cette semaine de changer de rythme et de ton, son positionnement propre demeure flou au coeur même de sa propre famille qui fourmille d'ambitions personnelles. Comme si, après la primaire aux illusions euphorisantes, qui avait déjà cannibalisé tous les protagonistes, le PS et ses événements propres, entre luttes féodales et affaires locales, dévorait son candidat. Ni les déplacements à l'étranger ni les tentatives d'affirmer en France, comme cette semaine, son leadership sur le PS et une gauche divisée, de l'épine verte à la grande gueule de Mélenchon ne semblent, pour l'instant, l'imposer.

Et les extrêmes ? Où en sont-ils ? Déplaçons-nous à droite et à gauche sur l'espace politique. Même Marine Le Pen patine dans un contexte qui pourrait, devrait lui être favorable. Tout comme il devrait l'être à Jean-Luc Mélenchon ou à Eva Joly sans parler de la candidate de Lutte ouvrière. Bref, le peuple n'est pas au rendez-vous.

Reste François Bayrou, qui revient pour la troisième fois et qui crée une apparence de vibration citoyenne autour de la nécessité de l'union nationale ou presque.

Les Français semblent attendre autre chose. D'autres visages, d'autres voix peut-être ? Ils sont surtout las des messages neutres et des impuissances que même les incantations et autres mouvements permanents n'arrivent plus à masquer. Nous avons même entendu dans la bouche d'une ministre ceci : "La croissance peut revenir avec la confiance !" Entre inversions, reniement et oxymores à répétition, le peuple de France semble ne plus pouvoir encaisser.

Les Français ont besoin de comprendre, de retrouver du sens, des perspectives. Ils ont besoin qu'une véritable conversation prenne forme avec leurs représentants, nos politiques, pas avec des intermédiaires. Les Français attendent des politiques qu'ils dressent le portrait sans fard de la situation et proposent des lignes claires pour un futur collectif. Ils ne veulent plus slalomer seuls entre souvenirs, rêves et angoisses. Ils attendent un nouveau rythme, de nouvelles rencontres, antispectaculaires, alors que la déambulation offerte se nourrit d'une mise en scène toujours hors norme.

Comme un déconditionnement pour faire éclater le formatage épuisant et sclérosant de la narration politique. Il est encore temps.

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Commentaires
a écrit le 10/01/2012 à 2:02 :
GLOP l'a très bien écrit. Je crois aussi qu'une Présidente fera l'affaire.
a écrit le 10/01/2012 à 0:14 :
Monsieur Gallien, vous écrivez que : "Nous avons même entendu dans la bouche d'une ministre ceci : "La croissance peut revenir avec la confiance !" Entre inversions, reniement et oxymores à répétition, le peuple de France semble ne plus pouvoir encaisser." Je me permets de préciser que ce que vous semblez entendre comme une inversion (métonymie) pourrait plutôt relever en réalité d'une divergence culturelle. Car, sauf erreur, vous exposez précisément à travers cet exemple ce qui nous différencie de la culture américaine ou mieux encore de celle de l'Allemagne. Ainsi, comme l"ont déjà dit plusieurs auteurs célèbres : "Trust" et "confidence" ne sont pas synonymes... Or, dans les pays comme ceux que j'ai cités, c'est le "trust" qui est cultivé et qui prédomine, tandis qu'en France notamment, cela reste le "confidence" pour des raisons historiques tenaces malgré les injonctions atlantistes qui ont fini pas se cristaliser dans cerrtains esprits qui se prétentent innovateurs, entrepreneurs, etc. et dont on en retrouve une part non négligeable chez vos interviewés... Sachant que "trust" et "confidence" sont substituables sous conditions (rarement respectées), LE problème qui se pose, c'est que l'un et l'autre ont été considérablement détériorés au fil du temps : la confiance passive (confidence) a été anéantie progressivement en l'espace des 40 dernières années, pendant que la confiance active (trust) péniblement instaurée dans les années 80-90 avec la montée en puissance du Mouvement de la Qualité et du Développement personnel, a été littéralement broyée au cours des deux à trois dernières années. En guise de conclusion, il y a deux écoles dans la conduite du changement relativement au temps : celle qui privilégie le temps long et celle qui prône la rupture et la rapidité. Chacune a sa raison d'être mais aucune n'omet la donne culturelle dans son analyse. C'est précisément l'erreur majeure de nos gouvernants de ces 4 dernières décennies : on ne passe pas d'un modèle de confiance à un autre sans ACCOMPAGNEMENT. Le changement vient d'en bas même s'il peut être impulsé du haut ; le passage au forceps ne fonctionne pas et ne fonctionnera jamais ! Freud a écrit : "vous pouvez toujours mener votre cheval à l'abreuvoir mais vous ne pourrez le forcer pas à boire !". La voie empruntée par la culture de la division, de l'inauthenticité du discours par rapport aux faibles, de la brutalité des communications décisionnelles, de l'absence du sens des responsabilités et de l'exemplarité chez nos gouvernants, représente bien l'option du forceps que l'on peut traduire par : "ça passe où ça casse" ! Alors, nous verrons bien !
Réponse de le 10/01/2012 à 8:46 :
Bravo GLOP c'est limpide, bien construit et très bien écrit.
Réponse de le 10/01/2012 à 16:03 :
Je vous suis cher Glop. Reste que c'est une partie de l'enjeu. Notre dimension culturelle majeure est que nous sédimentons. Et je crains qu'il nous faudra attendre la prochaine séquence présidentielle et en particulier la préparation de 2017 pour basculer dans une rupture, autre caractéristique culturelle associée. JC

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