La concurrence, vecteur méconnu de compétitivité

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Copyright : Yves Samuel (Crédits : Yves SAMUEL)
Alors qu'il n'est question en France que de reconquérir la compétitivité perdue, à coups de TVA et de réforme du modèle social, on ignore trop souvent l'impact de la politique de la concurrence sur l'innovation dans l'industrie. Un domaine où l'on constate une vraie divergence entre la France et l'Allemagne, la première ayant du mal à quitter la culture du monopole et de l'intervention étatique.

Existe-t-il en France une sorte de fatalité à ne concevoir la concurrence que comme l'ennemi de l'industrie ? Près de vingt-cinq ans après la libéralisation de l'économie française par les ordonnances Balladur et la mise en place d'un "presque ordre juridique" dédié, il suffit d'écouter tous les matins les médias français pour se rendre compte à quel point la notion de concurrence reste connotée négativement.

Dans notre pays, la légitimité semble toujours résider dans l'intervention de l'État et rarement - pour ne pas dire jamais - dans le jeu de la concurrence entendu comme source de variété, d'innovation et de décentralisation des décisions au plus près de ceux qui les prennent et en supportent les conséquences. La conception de la concurrence comme expression de la rationalité expérimentale, c'est-à-dire celle qui se manifeste dans les entrées et sorties du marché de ceux qui tentent, et parfois manquent, de satisfaire le consommateur et d'innover comme d'améliorer la compétitivité, apparaît chez nous largement inconnue.

La France continue de vivre dans l'illusion d'une "haute intelligence" technocratique qui, par la seule mise en mouvement de ses "neurones républicains", saurait allouer les ressources à ceux qui sont susceptibles de les valoriser le plus, produire au meilleur coût et protéger les investissements en R&D.

Ainsi, au mieux, la concurrence est-elle tolérée au nom des éventuelles baisses de prix qu'elle peut procurer au consommateur. Au risque, en la réduisant à ce seul phénomène, de perdre en un instant son peu de légitimité dès lors que les prix ne baissent pas, comme c'est par exemple le cas dans l'énergie.

Le rôle social fondamental de la concurrence dans une démocratie : celui d'être un vecteur d'égalité des chances et d'être redistributive au profit de ceux qui tentent, et au détriment de ceux qui cherchent la conservation de leurs avantages publics ou privés, est méconnu. La concurrence est partout vue comme "révolutionnaire", sauf dans la patrie de la Révolution.

Au moment où la ­comparaison avec l'Allemagne est dans toutes les bouches, force est de constater que l'on ne retrouve pas, de l'autre côté du Rhin, cette défiance. Dans la patrie de ­l'ordo-libéralisme, qui a façonné les conceptions européennes de l'Union, l'industrie s'est développée dans une forte tradition d'application du droit de la concurrence et de reconnaissance de sa dimension démocratique.

La situation actuelle de l'Allemagne démontre d'ailleurs qu'il n'existe pas d'incompatibilité de principe entre un droit de la concurrence domestique fort et un dynamisme à l'exportation, puisque la société allemande connaît les deux phénomènes. Peut-on en déduire, à l'inverse, que l'application du droit de la concurrence en Allemagne pourrait être une des explications principales de la compétitivité de son industrie ? La réponse est difficile.

Il faut se méfier des images d'Épinal. N'a-t-on pas vu dans certains des cas, les deux gouvernements soutenir des thèses aussi "concurrencides" lorsqu'il s'est agi de protéger leurs champions nationaux ?

Pour autant, l'Allemagne a incontestablement placé dans son ADN démocratique le gène du respect d'une "concurrence libre et non faussée", quelles que puissent être les tentations ponctuelles de ses politiques de s'en abstraire. Pas la France, et ce simple constat justifierait un regard croisé franco-allemand sur le rôle du droit et d'une politique de concurrence dans la reconstitution et le développement d'une compétitivité réelle et durable de tous les États de l'Union.

Et dans l'Union ? Le droit de la concurrence communautaire semble réduit à ne plus célébrer qu'une vision minimaliste de son rôle, même si la Cour de justice lui rappelle régulièrement les fondements ordo-libéraux de sa légitimité. À force d'être ainsi contesté, il s'est replié sur ce qui fait (trop) aisément consensus : pourchasser les cartels et imposer aux entreprises qui les constituent des amendes toujours plus élevées. L'efficacité de ces amendes, comme leurs effets pervers (transferts financiers à l'État, donc diminution de la capacité d'investissement des entreprises concernées) n'ont pourtant jamais fait l'objet d'une évaluation. Certes, elles rassurent en montrant que certains veilleraient à une sorte de moralisation du capitalisme. Il est cependant étonnant de voir à quel point les défenseurs de cette approche ultra-répressive ne s'aperçoivent pas, qu'en fait, ils font le jeu des adversaires de la concurrence en en stigmatisant aussi fortement les réels mais parfois aussi bien improbables dérèglements.

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a écrit le 01/06/2012 à 6:53 :
"les Allemands, champions de l'austérité?"
En Allemagne il y a le Hartz IV, il y a la Grundsicherung, il y a la Aufstockung et d'autres Soziale Leistungen pour les familles nécessiteuses.
Une austérité comme celle de l'Allemagne serait un rêve pour beaucoup de pays non seulement du Tiers Monde mais aussi pour des pays de l'Union économique et monétaire.
On pourrait croire, à lire les articles, que le salut est dans une course effrénée au dumping sociale.
En fait le problème est dans les déséquilibre des balances commerciales.
On en viens à se demander si la méthode que l'Argentine essaye de mettre en place (permis d'importer seulement contre exportations équivalentes) ne serait pas le meilleur moyen pour éviter justement ce dumping sociale!
Cette course à la compétitivité va dans certains pays jusqu'à une sorte d'esclavage.
A cause des moyens de production modernes tout le monde ne peut être gagnant, l'offre dépasse de loin les besoins. Un pays comme l'Allemagne serait en mesure à lui seul de couvrir les besoins de toute l'Union Monétaire. Il faut donc des règles dissuasives contre les excédents permanents (Ex. Allemagne 17 Milliards d'Euro PAR MOIS depuis une quinzaine d'années.
Qui dit excédent dit forcement déficit! Ce qui nous conduit tout droit au surendettement de certains pays.
a écrit le 22/01/2012 à 5:22 :
la concurrence , c'est comme la loi du marché, un mythe qui fonctionne à cliquet, toujours à la hausse, jamais à la baisse, quand le pétrole augment c'est la faute à la faiblesse de l'Euro, mais quand l'Euro est fort l'augmentation est due à autre chose.
Vous allez sur un marché regardez les différences de prix pour un même article, vous n'en trouverez pas
a écrit le 21/01/2012 à 3:57 :
La connerie francaise n'a pas de limite...
a écrit le 21/01/2012 à 3:04 :
L'auteur a quand même réussi à placer le mot "révolution" dans son texte? C'était un pari ?

a écrit le 20/01/2012 à 16:13 :
L'ultra liberalisme,c bon,on connait et on n'en veut plus.Comment peut on encore croire a ce principe de win-win.Et il faut encore que l'auteur de cet article nous cite l'allemagne come exemple....L'allemagne qui sous traite en tchequie(salaire 300 euros) pour ensuite assembler en allemagne,il est la le secret de la reussite allemande,l'exploitation humaine.Arretez de nous vendre ce systeme obsolete qu'est l'ultra liberalisme,a croire que le mec ne vit pas sur la meme planete que nous
a écrit le 19/01/2012 à 14:14 :
La concurrence pure et parfaite apparaît à beaucoup comme un modèle idéal, éloigné de la réalité, tant il est patent que les divers agents économiques cherchent souvent à fausser la concurrence à leur profit au détriment d'agents plus faibles ou moins bien organisés. (wiki)

une économie libérale utopique qui montre ses limites en Europe ou un capitalisme totalitaire a la chinoise (consomme, ne regarde pas en bas et ferme ta g), c'est ça votre futur ?

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