Pour un grand ministère des entreprises

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Bernard Cohen-Hadad, président du think tank Etienne Marcel et président de la commission Financement des entreprises de la CGPME, plaide pour un interlocuteur unique pour les PME. Il forme le voeu d'un regroupement des différentes institutions dédiées aux entreprises: ministère de l'Industrie, un secrétariat d'Etat aux PME, un secrétariat d'Etat au commerce extérieur.

Les entreprises ont été au c?ur de la campagne présidentielle. Les grands candidats ont cherché à coller au plus près aux attentes des entrepreneurs. Ils ont abordé tous les sujets, de la mondialisation à la séparation des activités des banques, du financement à celui du coût du travail, du salaire des grands patrons à la faiblesse de nos exportations, du modèle allemand au crédit impôt recherche. Tout a été dit, même que les PME sont au c?ur des enjeux économiques de la France, est-ce vraiment une découverte ?
Et c'est dans ce contexte de détermination des enjeux, d'émulation des idées et des propositions, dans une crise qui dure, que François Hollande a été élu président de la République. La gauche a maintenant un Président, et pour elle, les problèmes politiques et économiques commencent. Il reste à trouver une majorité parlementaire, à construire une majorité présidentielle, à savoir dialoguer avec le monde de l'entreprise, puis à se mettre au travail pour tenir les promesses.

Mais l'urgence est prioritairement à la formation d'un gouvernement, et à la nomination d'un Premier ministre. Un premier gouvernement de transition qu'il faudra ajuster, ou remanier, en fonction des résultats des élections législatives.
Alors, si la gauche est toujours attachée aux symboles et au changement, qu'elle donne aux entreprises ce grand ministère qu'elles attendent ! Un vrai ministère des entreprises, avec les moyens de son autonomie budgétaire pour mener réellement une politique industrielle offensive.

En effet, depuis des années, selon l'humeur des princes et pour répondre à la diversité du terrain, les entreprises sont administrativement compartimentées, saucissonnées, écartelées. Elles sont partagées entre un ministère de l'Industrie, un secrétariat d'Etat aux PME, un secrétariat d'Etat au Commerce Extérieur. Et il arrive, grâce à la permanence de l'action administrative, que tout fonctionne.
Mais au moindre remaniement, les attributions changent, les cabinets prennent la forme d'une peau de chagrin, en fonction de l'implication de leur titulaire ou de l'influence que le chef de l'exécutif veut bien donner aux ministres de tutelle.
Peut-on raisonnablement continuer ainsi ? Sans compter que chacun de ces établissements, du fait de l'importance de la dette publique et donc des restrictions budgétaires, travaille comme une TPE, c'est-à-dire avec peu d'effectifs, peu de moyens et toujours à flux tendu. Quant aux moyens financiers, les cordons de la bourse sont tenus par Bercy, le ministère de l'Economie et des Finances, qui, avec le Budget remporte haut la main chaque arbitrage. Rigueur oblige.

Alors, si l'on veut réussir à sortir les entreprises de la crise, changeons nos outils pour rassembler les problématiques sans les confondre. Et pour agir efficacement : regroupons sous un grand ministère des entreprises tout ce qui, en matière d'industrie et d'entreprise est politiquement, économiquement et administrativement épars. Et dotons cette nouvelle entité de moyens financiers conséquents et autonomes tout en lui accordant une place privilégiée dans le gouvernement.
Ce geste symbolique permettra de montrer qu'il faut cesser d'opposer les grandes entreprises, les PMI et les TPE-PME. Elles ont le même but, se développer, créer de la richesse et donc de l'emploi. Elles sont complémentaires, doivent travailler ensemble et s'épauler car elles vivent dans le même environnement économique et rencontrent le même adversaire: la concurrence des pays émergents et la mondialisation.
Ainsi en matière de délais de paiements, les attentes sont les mêmes et le comportement abusif de certaines collectivités locales, généreusement partagé. Si l'on s'intéresse attentivement aux cours des matières premières, on trouve les mêmes préoccupations. Quant à l'export, les grandes entreprises doivent devenir un fer de lance pour aider les PMI et les PME à les suivre et travailler avec elles, en meute. Enfin, réunissons toutes les compétences pour encourager la compétitivité, l'innovation, la recherche et développement, et valoriser l'implication environnementale, dont on parle trop peu.
Les TPE-PME ne manquent pas d'idées. Elles peuvent avoir à en apprendre aux grands groupes. Enfin, n'oublions pas qu'en matière de fiscalité, de financement ou de simplification administrative les intérêts communs sont nombreux.

Le choix d'un grand ministère des entreprises est un signal de visibilité fort. Tant pour nos entreprises que vis-à-vis de nos partenaires internationaux. Et rappelons pour reprendre la formule de Victor Schoelcher que "la raison d'impossibilité n'a pas plus de valeur pour nous que les autres, parce qu'elle n'a pas plus de légitimité".
 

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Commentaires
a écrit le 15/05/2012 à 16:21 :
Pourquoi vouloir entretenir un double discours dans un univers mondialisé sachant que les PME-TPE sont souvent des entreprises qui interviennent en sous-traitance de grand groupes y compris ceux cotés au CAC 40 ? Ne serait-il pas plus judicieux de rassembler les forces vives, tout en assurant la mise en place de mesures et aides spécifiques pour les petites et moyennes entreprises ?
a écrit le 15/05/2012 à 16:10 :
C'est une très mauvaise idée. L'état doit sortir du capital des entreprises françaises. Il doit privilégier la recherche afin de créer des filières pertinentes. L'état n'est pas un capitaine d'industrie, si c'était le cas nous le saurions. Non à un "Grand Ministère" dont la fonction serait d'écraser de petites entreprises pour en faire des grandes sans autre solution de redistribution de richesses pour les premières.
a écrit le 15/05/2012 à 15:24 :
Les politiques ne connaissent de l'entreprise que les dirigeants du cac 40 .
Quelques idées: fixer des régles pour 3 à 5 ans avec évaluation périodique mais ne pas changer en permanences aides,fiscalité et autre .Nommer des facilitateurs locaux ( chambre de commerce et des métiers ) interlocuteurs uniques des pouvoirs publics.Mettre en place 3 à 4 simplifications administratives par type d'entreprise TPe,PMe,ETi avec effet sous 12 ou 15 mois au plus .ETc...
a écrit le 15/05/2012 à 15:11 :
La tache est ardue car notre pays n'a pas la culture de l'entreprise et cela à tous les échelons ,de la commune au département ... Pour les élus les entreprises sont essentiellement des payeurs de taxes qui ne doivent rien demander sinon de recruter des salariés .Et quand bien meme les politiques prennent des décisions cela s'en tient bien souvent à l'effet d'annonce ,les administrations se chargeant de vider le contenu ou de faire obstruction!!

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