Zone euro : deux désendettements sinon rien !

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François Leclerc, chroniqueur de l'actualité de la crise sur le blog de Paul Jorion et auteur de "La grand perdition", aux éditions "Osez la République sociale !", explique pourquoi, au delà du débat sur la croissance, l'Europe n'échappera pas à un nouveau plan de sauvetage qui, malheureusement, risque d'être aussi insuffisant que le précédent...

Les retraits dans les banques grecques auraient atteint lundi la somme de 700 millions d'euros, selon Carolos Papoulias, le président grec. Le gouverneur de la Banque de Grèce, Georges Provopoulos, a annoncé mardi que « la situation des banques est très difficile » et qu'elle serait « pire au cours des deux prochains jours ».Evangélos Vénizélos, le ministre des finances de l'époque, avait déjà évalué à 16 milliards d'euros les sommes soustraites des banques pour être déposées dans d'autres pays, principalement en Grande-Bretagne et en Suisse. Les grandes fortunes et les entreprises n'avaient pas attendu la dernière heure pour prendre leurs petites précautions.

Hier, il a été confirmé que les Grecs allaient être à nouveau convoqués à partir du 17 juin prochain pour élire leurs députés, aucune solution gouvernementale n'ayant pu être trouvée en dépit de consultations répétées ces derniers jours. Une pression maximale va être exercée sur les électeurs, sur le thème d'une expulsion de la zone euro, tandis que les dirigeants européens, au pied du mur, mesurent mieux l'étendue des dangers qu'elle représenterait. Angela Markel et François Hollande ont hier soir réaffirmé leur attachement au maintient de la Grèce dans la zone euro...

Autre craquement, le spread entre l'Espagne et l'Allemagne a ce matin dépassé les 500 points, ce qui signifie que les Espagnols doivent concéder 5% de plus que les Allemands pour emprunter sur les marchés. Dans la presse espagnole, on apprend ce matin que l'agence de notation Moody's, après avoir dégradé 26 banques italiennes de un à quatre crans, s'apprêterait à en faire autant de 21 banques espagnoles. Comme un jeu de massacre, l'examen de 114 banques européennes est en cours, pays par pays, et se terminera par la France, la Grande-Bretagne et le Benelux.

Qu'ont pu se dire hier soir à Berlin Angela Merkel et François Hollande ? Une seule indication a filtré, selon laquelle de nouvelles aides financières destinées à la relance de la croissance grecque pourrait être versées, contredisant l'hypothèse affichée par Jean-Claude Juncker d'une révision du calendrier du plan de sauvetage en cours, qui n'a pas d'autre avenir désormais que d'être revu ou abandonné. Le dîner informel des chefs d'États et de gouvernements du 23 mai prochain va avoir un ordre du jour chargé, qui va faire suite à la tenue du G8 à Washington. Car les Américains exercent une pression maximum pour que soit entrepris en Europe une révision stratégique, qui les prendrait pour modèle.

C'est dans ce contexte que Reuters nous apprend que l'agence Fitch considérerait nécessaire un troisième round d'injection financière massive a destination des banques de la BCE. Anticipant déjà l'impossibilité dans laquelle celles-ci seront de rembourser les précédents et qu'il faudra donc faire rouler la dette. Une telle annonce ne peut avoir d'autre objet que de suggérer une décision de cette nature à plus court terme, car 30 mois, c'est l'éternité par les temps qui courent.

Le moment se précise où les dispositions péniblement adoptées par les dirigeants européens vont apparaître pour ce qu'elles sont : timorées et insuffisantes. D'autant que les socialistes allemands font monter les enchères pour voter au Bundestag la ratification de la création du Mécanisme européen de stabilité, réduisant en attendant le par-feu européen aux seules disponibilités du Fonds de stabilité (FESF).

Le débat sur la relance de la croissance parait dans ces conditions bien accessoire et se réduire à une opération de communication de plus. Quand ni le désendettement des États ni celui des banques ne fonctionne comme prévu, et que toute perspective de croissance est lointaine, que reste-t-il à faire ? Eurostat vient de publier les chiffres du 1er trimestre et d'annoncer une croissance nulle (0,0%) de la zone euro, ce qui permet d'afficher qu'elle n'est pas en récession. C'est techniquement exact, si cela peut être une consolation. Mais cela ne résiste pas à la simple constatation que ce sont les fragiles 0,5% de croissance allemande mesurés qui permettent de justesse de l'éviter.

On change pas une équipe qui gagne. Mais revient-on sur une stratégie qui s'écroule bien avant la ligne d'arrivée ?

 

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a écrit le 21/05/2012 à 8:01 :
L'édition russe de Forbes annonce aujourd'hui qu'il faut en finir avec le mythe selon lequel les dettes de l'Union européenne seront honorées et que la solution pour sortir l?Europe de l?ornière dans laquelle elle se trouve est tout simplement de dévaluer l'euro et de restructurer la dette européenne. Vous verrez, on va y venir... L'idée fera son chemin. C?est élémentaire, du moins en ce qui concerne la restructuration des dettes car les allemands ne seront sans doute pas d?accord pour dévaluer.
a écrit le 16/05/2012 à 19:30 :
* " pas"
a écrit le 16/05/2012 à 19:16 :
Pour preuve ... ce n'est Angela qui est allée se jeter dans les bras de François ... mais l'inverse !!!!!
a écrit le 16/05/2012 à 18:06 :
L'euro est déjà mort ... mais on ose pas le dire !... exécution des affaires courantes coté allemand !
a écrit le 16/05/2012 à 16:46 :
Merci à François Leclerc pour son travail de recherche. Il mérite qu'il soit diffusé largement, il participe a l'information et à l'eclairage de chacun sur les rebondissements d'une crise dont la gravité a trop longtemps été minimisé. Je vois dans la diffusion de ses articles par la Tribune une sorte d'évolution dans l'approche de cette crise par les Médias. Une étape qui en appelle d'autres...
a écrit le 16/05/2012 à 14:42 :
Nouvelle péroraison d'un des grands guignols de l'économie. Le mensonge du jour : aucune politique de réduction des dépenses publiques n'a véritablement été mise en oeuvre pour l'instant. Nous n'en sommes qu'aux promesses et les dépenses publiques ne cessent de progresser, perpétuant la crise dans les pays européens qui subissent leurs Etats obèses. Le seul pays qui a réellement fait les efforts nécessaires de dégraissage du léviathan providentiel est l'Irlande, dont l'économie est en voie de guérison.
Réponse de le 16/05/2012 à 14:59 :
Et vous la qualifiez comment votre propre péroraison ? Comme l'ultime aveuglement de ceux qui nient jusqu'au bout l'évidence ?
Tiens, je propose qu'on commence par supprimer toutes les dépenses et services dont vous bénéficiez personnellement : après tout, vous êtes là pour donner l'exemple, n'est-ce pas ?
Réponse de le 16/05/2012 à 15:14 :
Ne vous échinez pas Henri, c'est absolument sans espoir. "les guignols de l'économie" est un pur et dur, jamais vos arguments marqués sous le sceau du bon sens, ne porteront. Vous devez savoir que nous, en Europe, allons tous mourir dans des pays en voie de délabrement à cause des vieilles lunes auxquels nous nous accrochons pendant que l'Eldorado des BRICS, montrera au monde émerveillé ce que l'ultra-libéralisme peut faire pour l'humanité.
L'Irlande sur la voie de la guérison...c'est beau la foi.
Réponse de le 16/05/2012 à 16:50 :
Très bonne initiative d'Henri qui préconise de supprimer les dépenses et les services publics. Et lorsqu'on supprime les services publics qu'on nous impose par la contrainte, on supprime évidemment les taxes spoliatrices qui les financent. C'est très exactement la réforme à mener pour sortir de la crise : privatiser tous les services publics monopolistiques illégitimes non régaliens. Bien sûr que nous sommes volontaires puisqu'on ne demande pas autre chose ! Henri, vous avez compris quelle est l'unique solution à la crise des Etats obèses : on ne peut que vous féliciter.
Réponse de le 16/05/2012 à 18:48 :
Et si on supprimait les idiots?? on gagnerait tellement plus de temps que d'en perdre à faire comprendre quelque chose à ceux qui ne veulent de toute façon pas comprendre car cela dérange leurs propres intérêts.
Réponse de le 16/05/2012 à 19:20 :
La voie de la guérison de l'Irlande, c'est un minuscule 8,3% de déficit public annoncé pour 2012 avec une formidable croissance de 0,5%, un taux de chômage au ras des pâquerettes de 14,4% , une dette publique inexistante de 113% du PIB et un spread insignifiant de 500 points d'écart par rapport à l'Allemagne sur les taux longs.
Bientôt, on nous dira aussi que la Grèce ne s'est jamais aussi bien portée !!!
Réponse de le 17/05/2012 à 11:03 :
Respectez le débat ! Pourquoi vouloir du mal aux guignols de l'économie ? Les Jorion et autres néo-marxistes ont parfaitement le droit de s'exprimer. Nous avons le devoir moral de nous opposer à leurs divagations et de souligner leurs erreurs fatales. Sinon, votre message comporte une erreur : les idiots ne connaissent pas leur propre intérêt. C'est d'ailleurs comme cela qu'on les reconnaît.
Réponse de le 17/05/2012 à 11:29 :
Depuis 2008, les autorités irlandaises mènent un effort considérable d?assainissement budgétaire. Cet effort se poursuit en 2012. A lire ici : http://www.oecd.org/dataoecd/50/50/48868865.pdf
a écrit le 16/05/2012 à 13:13 :
Nous sommes dans un beau pétrin. Jamais, sans la monnaie unique voulu par Delors, nous n'aurions atteint un tel stade de crise, qui va tous nous ruiner !
Réponse de le 16/05/2012 à 13:55 :
Lol, je vous rappelle qu'il existe une "légère" crise de la dette tant publique que privée (voir les banques..) au niveau mondial. Le fait que les différentiels entre états européens soient exploités au maximum par les spéculateurs ne doit pas non plus faire oublier que la presse américaine joue actuellement la survie du dollar par un écroulement de la Zone Euro ... Ils perdraient en effet moins. Voilà résumé en deux lignes la guerre économique actuelle dont nous sommes, tous habitants de la terre, en train de subir les conséquences. Sortez du nombrilisme et de l'individualisme de vos très petites économies, ça changera.
Réponse de le 16/05/2012 à 18:24 :
Ce que vous oubliez de préciser, c'est que nous avons pu nous endetter de manière facile à des taux d'intérêt valables pour l'Allemagne, et non à des économies plus faibles. En ceci, nous sommes en train de le payer très cher aujourd'hui, et oui, l'Euro en est responsable.
Réponse de le 16/05/2012 à 19:24 :
On parle de l'endettement en euro... pas en franc... pour ne pas donner de sueur froide !
Réponse de le 16/05/2012 à 20:15 :
Lol, il semble que vous ne compreniez pas ce que j'écris. Voulez-vous que nous parlions des dettes en USD..??? Je peux sans aucun souci, car c'est pour l'instant la monnaie de référence obligée.
a écrit le 16/05/2012 à 12:40 :
Les chroniques quotidiennes de françois Leclerc sur le blog de Paul Jorion sont de grande qualité. Je suis heureux de découvrir cet article dans la tribune, qui permet une plus large diffusion de ces idées ou du moins de toucher un autre public. Bravo et merci.
Réponse de le 16/05/2012 à 16:27 :
Je suis bien d'accord avec vous. Connaissez-vous les chroniques de "GREEK CRISIS" sur la situation en Grèce sur Marianne.fr?

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