Pour des "Etats Généraux des Entrepreneurs"

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Guillaume-Olivier Doré / DR
Guillaume-Olivier Doré / DR
Depuis la sortie du Projet de Loi de Finances 2013, les mondes de l'entrepreneuriat et de leurs partenaires investisseurs sont en ébullition. Les mouvements spontanés et successifs ont envahi la toile et les médias, certains comme celui dit des "pigeons" réussissant à obtenir à la hâte une réaction de Bercy, forçant l'exécutif à entamer une timide machine arrière, dont on espère qu'elle sera confirmée dans les faits.

Largement décrié, tant par nos entrepreneurs et dirigeants d'entreprises, que par les investisseurs qui donnent à ces entreprises les moyens nécessaires à leur développement, le PLF 2013, dont on rappelle qu'il n'est qu'un « projet », est, en effet, un outil de dissuasion de masse pour la prise de risque et l'investissement dans l'économie réelle française. Personne ne pourra le contredire. Personne ne pourra non plus se targuer d'être opposé à la nécessité de consentir un certain nombre d'efforts pour contribuer au redressement de nos finances publiques.

Le symbole et le message envoyés par ce PLF 2013 sont sans doute encore plus forts que leur portée économique et fiscale. Même si l'on peut regretter la forme prise par cette opposition et que l'on peut légitimement s'interroger sur les conséquences à moyen terme sur l'image de l'entrepreneur, le sentiment qui gagne aujourd'hui ces entrepreneurs et investisseurs est justement celui d'être incompris.

Alors même qu'ils sont au c?ur d'une incroyable création de richesse, ils sont mis au pilori sur le plan fiscal, au même titre que de l'investissement dormant ou de l'investissement spéculatif, dont ni l'un, ni l'autre n'a d'effet sur l'économie réelle. Cette création de richesse se mesure à l'aune de plusieurs critères, essentiels au redressement de notre économie : création d'entreprises innovantes qui seront les champions de demain, embauches et création d'emplois, exportations, reprises d'entreprises et de savoir-faire français par des équipes françaises, maintien de l'emploi en régions, et bien d'autres encore.

Alors que nous révèle la situation actuelle ? D'abord un rassemblement sans précédent dans sa rapidité des entrepreneurs et des investisseurs en capital ; preuve qu'il existe une finance utile, et qu'il est sans fondement d'opposer entrepreneuriat et investissement de long terme. La parole est commune entre ces deux mondes qui sont pourtant si souvent opposés, à tort. La réalité de l'économie des petites et moyennes entreprises et entreprises de taille intermédiaire nous apprend qu'en fait ces deux mondes ont un besoin réciproque de travailler ensemble et de s'associer dans le seul but de créer une valeur tangible et durable. Arrêtons les amalgames et les raccourcis sur la finance et posons nous la question de l'utilité de ceux qui alimentent les PME et les ETI en fonds propres leur permettant de recruter, d'exporter et d'innover. Ces mouvements auront eu au moins le mérite de faire parler d'une seule voix ces deux mondes.

Ensuite, elle nous révèle un flou sans précédent sur la nature des personnes qui sont aujourd'hui chargées d'assurer la défense des intérêts des entrepreneurs, ou des investisseurs en capital. Qui est derrière les mouvements dont le métier n'est ni de faire du lobbying ni de la politique et qui ont par ailleurs des représentants pour faire entendre leur voix ? Voilà un formidable élan de mobilisation, qui en quelques jours a su fédérer des milliers de voix et faire entendre la sienne au plus haut niveau, mais il reste cependant peu palpable. Peut-on se reconnaitre durablement dans un mouvement dont on se sait pas s'il représente vraiment tous les avis et dont on ne connais pas la pérennité? Où étaient nos instances professionnelles quand la PLF 2013 était en préparation ? Le train est parti très (trop ?) vite et aucun de ces mouvements spontanés n'a voulu être « récupéré »...Il est désormais temps de proposer plutôt que d'opposer !

Plutôt que d'être réactif et d'attendre de nouvelles proposition de lois qui finiront inévitablement par être incohérentes avec les précédentes, pourquoi ne pas être proactif et profiter de ce « buzz » créé par tous ces mouvements pour remettre l'ensemble des sujets sur la table et asseoir ensemble entrepreneurs, investisseurs en capital et pouvoirs publics. Ce serait également l'occasion de se pencher sur le fonctionnement des instances représentatives de ces populations et de mieux définir leurs rôles auprès des pouvoirs publics.

C'est surtout l'occasion d'ouvrir un débat plus large sur l'entrepreneuriat et son financement à travers le lancement d'Etats Généraux de l'Entrepreneuriat, et de changer le message délivré aux entrepreneurs à travers ce PLF 2013. L'occasion aussi de modifier l'image négative que ces initiatives non organisées laissent dans l'inconscient collectif français.

Depuis plus de 10 ans la France a réussi une mutation sans précédent qui a donné naissance à de vrais champions français, comme Meetic, PriceMinister ou encore Free. Cette mutation a été accompagné d'un effort intense de l'Etat pour soutenir l'investissement dans les PME ou les ETI à travers plusieurs mécanismes d'incitation fiscale permettant de favoriser l'investissement de l'épargne des français vers les entreprises non cotées régionales ou innovantes, ayant besoin de renforcer leurs fonds propres à travers la création des Fonds d'Investissement de Proximité (FIP) ou des Fonds Commun d'Investissement dans l'Innovation (FCPI) ; ou des mécanismes d'incitation favorisant la prise de risque entrepreneuriale comme par exemple la fiscalité particulière sur les plus-values ou le statut de Jeune Entreprise Innovante (JEI).

La continuelle instabilité fiscale risque de mettre un coup d'arrêt brutal à cette mutation dont les fruits sont en train d'être récoltés aujourd'hui ; et ce alors même que le gouvernement a réaffirmé son soutien aux petites entreprises et qu'un certain nombre de dispositifs fiscaux incitatifs ne sont pas remis en cause.

L'appel lancé par Boris Johnson, maire de Londres, à « tous les Français talentueux » pour leur épargner « de la pire tyrannie depuis la révolution de 1789 » est un camouflet terrible pour notre nation et montre à quel point les problématiques fiscales domestiques sont désormais globales dans une économie mondialisée. Cet appel a sûrement plus d'impact médiatique qu'il n'en aura sur le plan économique mais nous oblige à nous interroger sérieusement sur la forme que ce débat doit prendre pour préserver notre image à l'étranger et sur la nécessité de lancer les Etats Généraux de l'Entrepreneur.

Un projet d'entreprise se pense sur une durée de 5 à 10 ans. Il est donc urgent de prendre le temps nécessaire à la construction d'un débat de fond sur l'entrepreneur, les outils à sa disposition pour faire croitre son projet dans la durée.

A travers ces Etats Généraux, construisons un édifice solide et pérenne sans opposer les trois piliers (Entrepreneurs, Pouvoirs Publics, Investisseurs) qui ont si bien ?uvré ensemble pendant les 10 dernières années. Mettons à plat tous les dispositifs existants au profit des toutes les catégories d'entrepreneurs et mesurons leur efficacité économique sans nous voiler la face. Echangeons sans arrière pensée corporatiste sur ce qui fonctionne et sanctuarisons ces mécanismes. Fixons des priorités nationales comme l'émergence des ETI dont on sait qu'elles ne sont pas assez nombreuses dans nos territoires. Coordonnons les actions des acteurs régionaux pour maintenir la vitalité dans les territoires. L'arrivée de la BPI est une formidable opportunité de corriger avec les pouvoirs publics les impacts désastreux de cette cacophonie si typiquement française à l'étranger... Mais dont on sait que les conséquences long terme peuvent être néfastes.

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Guillaume-Olivier Doré est gérant d'Agregator Capital (société de capital investissement française)

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Commentaires
a écrit le 26/10/2012 à 14:58 :
Tout à fait d?accord. Parle trop des grandes entreprises et pas suffisamment des TPE. Dommage car vouloir tout mettre dans le même panier voilà ou cela nous mène. Nous générons de l?emploie et pouvons en générer beaucoup plus mais pas avec un système inadapté à nos structures. Seulement voilà, nous n?intéressons personne, pas même les politiques.
a écrit le 26/10/2012 à 14:58 :
Tout à fait d?accord. Parle trop des grandes entreprises et pas suffisamment des TPE. Dommage car vouloir tout mettre dans le même panier voilà ou cela nous mène. Nous générons de l?emploie et pouvons en générer beaucoup plus mais pas avec un système inadapté à nos structures. Seulement voilà, nous n?intéressons personne, pas même les politiques.
a écrit le 26/10/2012 à 10:41 :
Il me semble que les Entrepreneurs sont d'abord victimes des patrons les plus médiatiques du CAC qui pour beaucoup ne sont pas des entrepreneurs. Ils nous utilisent comme caution morale pour justifier et augmenter leur revenu. Malheureusement, le rapport de force est très défavorable entre les entrepreneurs nombreux mais dispersés et ces patrons qui, pas forcément amis, se cooptent et peuvent prendre des décisions qui touchent des milliers de gens, donc très 'puissants' vis à vis du politique qui en a par ailleurs besoin pour son financement électorale. Comme le propose Titan il faudrait un vaste mouvement des ENTREPRENEURS.
a écrit le 24/10/2012 à 18:06 :
il faut desoramais unvaste mouvement des entrepreneurs, victimes de créer de la richesse,cela suffit! nous sommes en permanence en situation d'equilibre precaire ; une visibilite nule
on ne peut plus prevoir , anticiper, investir et on nous demande des emplois perenes
alors que les syndiqués et les fonctionnaires continuent , par les egoisme, de couler l'economie!!
entrepreneurs reveillons nous,c'est a nous aetre dans la rue

a écrit le 24/10/2012 à 11:25 :
Les politiques nous ont tout pris, même l'envie : je ferme mon entreprise, j'évacue mon argent, et je pars aux USA dans 27 jours.. Adieu beau pays de liberté... fiscale pour l'état....
a écrit le 23/10/2012 à 23:02 :
ça ne sert à rien !!!!! la France est foutue parce qu'une majorité d'entre vous croit encore à l'étatisme au détriment de l'individu
a écrit le 23/10/2012 à 23:00 :
La France est malade de l'état
Déficit public (étatisme )
taxes contraignante (étatisme)
allocation (étatisme)
uniformisation des individus et donc de peu de créativité (étatisme)
culture anti entreprenariale (étatisme)
...
a écrit le 23/10/2012 à 22:49 :
il y'a de quoi faire avec le web ... Ca doit être mieux de convoquer Thibault et Laurence afin d?améliorer le quotidien des 95% de boites restantes, surement.
a écrit le 23/10/2012 à 20:33 :
Les entrepreneurs, s'ils ne veulent plus être obligés de s'expatrier, doivent faire de la politique au sens le plus noble du terme. Les entrepreneurs, comme toutes les victimes du socialisme, ne doivent plus abandonner le domaine politique aux parasites irresponsables qui passent leur temps à punir le travail et l'effort pour vivre aux dépens d'autrui.

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