Chine, Etats-Unis, Eurozone : la nouvelle triade de la puissance mondiale

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Alexandre Kateb. Copyright Reuters
Alexandre Kateb. Copyright Reuters (Crédits : DR)
Alexandre Kateb est économiste et directeur du cabinet Compétence Finance. Il est l'auteur de "Les nouvelles puissances mondiales. Pourquoi les BRIC changent le monde" (Ellipses, 2011).

Il fut un temps où on parlait beaucoup de la Triade : Etats-Unis, Europe des 12 et Japon. Ces trois ensembles économiques étaient les véritables moteurs de l'économie mondiale jusqu'à la fin des années 1980. Mais depuis 1990, coïncidant avec la fin de la guerre froide,quatre grandes transformations économiques se sont produites :

1. L'explosion en vol du Japon suite au crash du Nikkeï et à l'implosion de sa bulle immobilière en 1990-1991. Cette dernière a mis hors jeu l'archipel du Soleil levant et a révélé sa fragilité intrinsèque liée à son insularité en Asie et à son vieillissement démographique précipité. Le Japon suit aujourd'hui un modèle original d'économie "néo-rentière", la rente dégagée par l'innovation technologique étant exportée à l'étranger (en Europe et aux Etats-Unis via la Chine) et permettant d'assurer un niveau de vie confortable à une population de "seniors".

2. La transformation des Etats-Unis en économie-monde high tech dopée par l'afflux d'immigrés latino-américains et asiatiques qui sont les deux communautés les plus dynamiques en matière d'entrepreneuriat et d'innovation. En ce sens, la bulle immobilière que le pays a connu ces dernières années et qui a explosé en 2007 suivie par une vaste crise financière aux conséquences mondiales, n'est que le contrecoup de ce formidable afflux démographique faisant gagner au pays en une vingtaine d'années près de 50 millions d'habitants. C'est aussi l'achèvement d'un cycle d'un demi-siècle pendant lequel l'économie américaine tirait la croissance mondiale.

3. L'émergence de la Chine en rival des Etats-Unis, avec un point d'inflexion majeur en novembre 2001 coïncidant avec son entrée à l'Organisation mondiale du commerce (OMC) et la formidable accélération de sa croissance, portée tant par les exportations que par une demande intérieure stimulée par un processus d'urbanisation sans équivalent dans l'histoire (par sa vitesse et son ampleur). Bientôt première économie mondiale en volume (en 2015), la Chine n'est plus aujourd'hui un pays en développement, mais une superpuissance hybride avec quatre grands macropôles de croissance ultra-développés (Beijing-Tianjin, Shanghai-Nanjing, Shenzhen-Guangzhou, Chonqing) et un hinterland rural en voie d'urbanisation rapide.

4. La création de la zone euro qui a recentré le projet européen et lui a donné une assise monétaire et - bientôt - budgétaire plus forte, préludant à l'Union politique dont on voit de plus en plus apparaître les contours autour d'un axe Paris-Bruxelles-Berlin. Certes, la zone euro n'est pas encore complètement sortie de sa crise existentielle mais celle-ci apparaît de plus en plus aujourd'hui comme une crise de croissance qui sera surmontée. Le grand défi pour l'eurozone est de se doter progressivement de tous les attributs de la puissance régalienne (défense, politique étrangère) tout en approfondissant la légitimité démocratique de ses instances de direction.

On le voit bien ces quatre tendances dessinent un monde nouveau autour d'une nouvelle triade "Etats-Unis, Eurozone, Chine" tant sur les plans économique que financier et monétaire. Ce dernier aspect est déterminant car c'est de la capacité à infléchir les équilibres monétaires mondiaux que dépend véritablement l'importance systémique - donc stratégique - d'un bloc régional.

Autour de cette nouvelle triade s'agrègent d'autres ensembles de moindre importance stratégique - ce qu'on pourrait appeler "le deuxième cercle de la puissance" - tels que l'Eurasie centrée sur la Russie à cheval entre la Chine et l'Eurozone, l'économie-archipel de l'Asie du Sud-Est, l'Amérique du Sud centrée sur le Brésil, le Sous-continent indien et le grand Moyen-Orient centré sur la Turquie, qui s'étend de l'Iran à l'Egypte, ou au Maroc (selon que l'on considère le Maghreb comme une marche de l'Eurozone ou comme la partie occidentale d'un grand marché moyen-oriental).

Une nouvelle hiérarchie de macro-puissances ou de macro-pôles économiques se dessine donc progressivement. Un jour, l'Amérique du Sud avec ses cinq cents millions d'habitants entrera aussi peut-être dans le premier cercle, mais cela suppose d'abord d'asseoir l'hégémonie d'une puissance régionale - le Brésil en l'occurrence - autour duquel s'organiserait le reste de ce continent.

L'Inde aussi peut espérer jouer un rôle majeur dans quelques dizaines d'années mais son poids économique reste encore faible relativement à la Chine, et ses relations avec ses voisins immédiats (Pakistan, Bengladesh) restent tendues. Quant à l'Afrique, il lui faudra trouver les voies de son intégration économique et politique, un pré-requis indispensable pour qu'elle puisse enfin valoriser ses vastes ressources naturelles et démographiques.

 

Retrouvez le blog d'Alexandre Kateb, "Nouveaux mondes, nouvelles puissances".

 

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a écrit le 02/01/2013 à 20:44 :
Une interrogation: as t on bien pris en compte la strategie des puissance petrolieres qui placent leur benefices en investissement sûr en eurpe. C du developpement par delegation. L'effort pour les autres et le double jackpot de benefice poyr soi tout ceci centre sur les points cle des economies europeenne.notre economie nous appartient elle vraiment?
a écrit le 13/11/2012 à 15:58 :
On dirait la rédaction de géographie économique niveau brevet des collèges.
Les USA, ressembleront plus au Brésil avec ses nouvelles favélas et au Mexique par ses gangs.
La Chine confrontée à un vieillissement accélérée de sa population risque de se transformer en un Japon.
L' Eurozone sera rentrée en conflit avec ses minorités revendicatives, voire avec ses voisins, lisez le livre de Christopher Caldwell. L' Amérique du Sud est déjà plongée dans une guerre civile, plus de mort à CARACAS qu'en SYRIE

Réponse de le 14/11/2012 à 6:57 :
...et l'Inde, obnubilée par son obsession de "Super-puissance" ,premier marché mondial pour l'armement, va devoir former 500 millions de personnes au marché du travail dans les dix ans qui viennent. Elle va aussi devoir accueillir des centaines de millions de ruraux, quittant une agriculture archaïque ,dans des villes pleines à craquer où l'hostilité à l'égard de ces immigrés de l'intérieur est exploitée par des politiciens chauvins, irresponsables ou pervers: "Gujju", "Mallu" "Bong", "Bhaiya" Les noms d'oiseaux ne manquent pas pour désigner ces gens venus d'un autre état.
Une évolution à la yougoslave est toute-à-fait envisageable, les états se disputant pour des ressources naturelles (eau) ou autres (énergie).
Réponse de le 14/11/2012 à 15:03 :
@avaliere savez-vous de quoi vous parlez.?( en évoquant le Brevet des Collèges).
Pour le fond on voit bien les atouts de l'euope qui peut soit adjoindre la Russie à son aire géostratégique, mais Poutine est sur une autre voie absurde d'ailleurs de recherche du côté de la Chine ou de qq Etats du MO.- soit refaire un espace avec la Méditerranée du sud et éviter des risques géopolitiques bien réels.
a écrit le 13/11/2012 à 15:44 :
Pas besoin d'etre expert pour sortir ce genre de lapalissade...

Quoique les lunettes lui donne un cote intello...
a écrit le 13/11/2012 à 15:01 :
Ne rêvez pas tous les pays du monde ne peuvent etre dans le 1er cercle" il n'y a pas de place pour tous. De plus qd une super puissance commence a bcp flechir il y a des tensions et des risques de guerre, ce qui remet tout en cause. Les plan a 50ans ça ne vaut rien.
a écrit le 13/11/2012 à 15:01 :
Ne rêvez pas tous les pays du monde ne peuvent etre dans le 1er cercle" il n'y a pas de place pour tous. De plus qd une super puissance commence a bcp flechir il y a des tensions et des risques de guerre, ce qui remet tout en cause. Les plan a 50ans ça ne vaut rien.
a écrit le 13/11/2012 à 15:01 :
Ne rêvez pas tous les pays du monde ne peuvent etre dans le 1er cercle" il n'y a pas de place pour tous. De plus qd une super puissance commence a bcp flechir il y a des tensions et des risques de guerre, ce qui remet tout en cause. Les plan a 50ans ça ne vaut rien.

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