Les technopoles sont-elles encore utiles ?

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LMT
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Alors que la France s'inquiète du délitement de son tissu industriel, la Mayenne a su réagir en créant il y a 16 ans une technopole autour de la ville de Laval. Il s'agissait d'apporter des solutions aux problématiques entrepreneuriales qui se posaient aux start-ups, mais également d'inscrire une région mal-lotie en infrastructures universitaires au coeur de l'économie de l'innovation. La technopôle de Laval peut aujourd'hui se targuer de son succès à force de volontarisme et de remises en causes incessantes...

A l'heure où l'innovation semble encore et toujours le seul et dernier rempart contre la « déclinitude », à l'heure de la création quasi compulsive d'outils nouveaux*, à l'heure de la mondialisation des discours sur l'innovation, où il faut justifier d'une « taille critique » pour exister, on pourrait se demander quel rôle peut encore jouer le plus ancien outil de soutien à l'innovation, que sont les technopoles. Comment une technopole, acteur essentiellement local et territorial peut encore jouer son rôle et justifier de son utilité ? En s'appliquant à elle-même, les meilleures recettes enseignées aux entreprises qu'elle accompagne : innovation, différentiation, connexion au monde.

Un catalyseur nécessaire

L'entreprise même si elle se dématérialise et se numérise à grande vitesse, reste et restera une aventure d'hommes et de femmes, ancrée dans son département, sa région. Ce territoire qui l'a vue grandir avec les réseaux locaux tissés est le terreau d'une entreprise durable, inscrite dans une trajectoire noble et sociale. Agir sur un territoire, au c?ur des réseaux et y insuffler l'esprit d'innovation reste donc une nécessité que seul un acteur de proximité peut embrasser.

L'exemple de la Mayenne, département rural mais industriel, à l'économie diversifiée, faite d'entreprises patrimoniales, mérite que l'on s'y intéresse. Les entrepreneurs y travaillent en réseau, en se serrant les coudes, les salariés y font preuve d'une grande compétence, les élus se mobilisent pour développer les infrastructures de demain (très haut débit, open data, parc logistique multimodal, cité de la réalité virtuelle, LGV). Que peut apporter une technopole dans ce contexte ?

Laval Mayenne Technopole (LMT), créée, il y 16 ans, à une époque où il était un peu incongru de se doter d'un tel outil dans une agglomération de moins de 100 000 habitants, joue aujourd'hui un rôle de catalyseur de l'innovation, à la fois au niveau de la création d'entreprises innovantes et dans le développement des innovations au sein des PME.

Un petit territoire connecté à l'international

Vu sa taille, Laval reste encore faiblement pourvue en établissements d'enseignement supérieur et laboratoires de recherche, même si le remarquable travail de Laval Agglomération a permis sur les deux dernières décennies la création de plusieurs établissements d'enseignements supérieurs (ESIEA, ESTACA, Arts et métiers, ...) comprenant tous des laboratoires de recherche. Il est donc plus difficile qu'ailleurs de trouver les porteurs de projets de création d'entreprises innovantes qui feront le tissu économique de demain. LMT a donc entrepris depuis 6 ans une politique volontariste d'attraction de porteurs de projets, qui a permis la création de 60 entreprises innovantes.

En inventant avec Idénergie le premier accélérateur de start-ups avant même que ce concept ne soit à la mode, LMT a trouvé comment attirer sur son territoire des entrepreneurs qui n'y seraient pas venus spontanément. En offrant, la possibilité cette année à l'un des lauréats de ce programme de participer à une compétition européenne de business plan organisée par LMT et ses partenaires (Edimbourg, Londres et Dublin), LMT démontre qu'on peut être un petit territoire, mais offrir à ses entrepreneurs une connexion à l'international.

L'innovation n'est pas réservée à une élite

Toutes les entreprises ont envie d'innover. Cependant, dans les TPE et PME de moins de 100 personnes qui constituent l'essentiel du tissu économique mayennais, les entrepreneurs manquent souvent de temps, de ressources humaines et de moyens pour initier une démarche d'innovation.

 

LMT s'est attaqué à cette question en créant en 2009, sur le territoire des Coëvrons (regroupant 4 communautés de communes) à la demande des élus et du club d'entreprises, un projet baptisé de façon prophétique « Réussir en Coëvrons » : il s'agissait là de sensibiliser les petites entreprises au fait que l'innovation n'est pas réservée à une élite. D'abord sceptiques, les entreprises ont petit à petit adhéré, testé, expérimenté, osé se lancer dans des actions d'abord modestes puis plus importantes. Aujourd'hui, plusieurs dizaines de projets ont été lancées dans les entreprises, une plateforme régionale d'innovation est en émergence, et un projet européen de développement du territoire a démarré. Une telle dynamique fait des envieux et LMT est sollicité pour dupliquer ce programme ailleurs.

Accompagner les PME en les formant

Toutes les entreprises ne peuvent se doter de services de R&D et d'innovation : peu importe, car aujourd'hui cela n'est plus forcément nécessaire. L'apparition des concepts d'innovation ouverte d'abord réservés aux grandes entreprises doit maintenant être diffusés dans les PME. Pour cela, LMT s'est lancé dans un projet européen visant à mettre en place ces méthodes au sein des PME. Cela passe par un programme de formation-action, les Masterclass OPEN, qui permettent aux entreprises de se former tout en démarrant un projet (innovation participative, challenge des fournisseurs, coopération avec des start-ups ou des labos, ..). Huit entreprises ont expérimenté le programme en 2012 et 32 autres pourront se lancer en 2013. Le challenge MAYAM qui permet à 8 équipes de 6 étudiants de Laval de travailler pendant 10 jours à la réalisation d'une application innovante de la réalité virtuelle pour le compte de 8 PME, est une autre illustration d'une action simple, efficace et génératrice de développement mise en place par LMT avec Art et Métiers Paristech de Laval.

Innover constamment, proscrire le "suivisme"

En visitant récemment les incubateurs taiwanais les plus performants et en échangeant avec de nombreuses start-ups de ce pays classé 1er au monde pour l'entrepreneuriat, j'ai pu constater une nouvelle fois que les problématiques d'innovation et d'entrepreneuriat sont les mêmes partout. Une technopole, acteur local très au fait des réalités de son territoire, en prise directe avec les entreprises qu'elle connaît très bien, mais aussi en partenariat étroit avec des acteurs aux quatre coins de la planète, peut concilier le paradoxe d'être à la fois locale et globale.

C'est de cette double connexion, que résulte une dynamique puissante de développement. Pour que celle-ci soit maximale, il est essentiel pour une technopole d'un petit territoire d'innover constamment dans la façon de faire, car le suivisme ne peut permettre de combler les écarts de taille. C'est ce qu'a fait Laval Mayenne Technopole en créant le plus grand salon de réalité virtuelle européen, le premier start-up accelerator français, en étant le premier organisme labélisé Living Lab en Pays de la Loire, en créant Inov'dia une manifestation dédiée à l'innovation complètement innovante dans son approche, en faisant de l'Open Innovation son fer de lance, et demain en créant un lieu de 200m² en centre ville, entièrement dédié à l'innovation et unique en Europe.

Oui, une technopole dynamique et innovante a encore un rôle unique à tenir dans l'écosystème de l'innovation, au profit des entrepreneurs et des territoires. Attention donc à ne pas casser les vieux jouets, sous prétexte que Noël a apporté son lot de nouveautés !

 

Christian Travier, ingénieur, docteur en physique est Directeur de Laval Mayenne Technopole.

*Pôles de compétitivité, Labex, Institut de Recherche Technologique (IRT), Institut d'Excellence en Energies Décarbonées (IEED), Société d'Accélération de Transfert Technologique (SATT)

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Commentaires
a écrit le 17/12/2012 à 10:07 :
Mon collègue Christian soulève une vraie question : en France aujourd'hui ceux qui osent des choses et agissent au plus près de leurs territoires sont voués aux jalousies et gémonies proférées soit par de réels ignorants et en ce cas, il est possible de comprendre, soit et c'est bien plus grave par ceux , qui aux responsabilités à des échelons supérieurs auraient aimé avoir l'idée ne l'ont pas eue et dénigrent pour faire avancer leur carrière ou leurs intérêts.
En tant qu'association regroupant les décideurs locaux et régionaux, notre CEEI a vocation à développer les projets innovants sur le territoire des Pyrénées Orientales et nos résultats dans un contexte difficile sont en progression constante.
Les budgets qui nous sont alloués correspondent bien entendu à du fonctionnement: or en matière de création d'entreprises innovantes il serait plus judicieux de parler de fonctionnement/investissement car m^me si l'entreprise envisagée ne voit pas le jour le porteur de projet reçoit une formation sans pareille et surtout est intégré dans l'éco système local.
Et si au lieu de critiquer en permanence des outils qui marchent et sont présents partout en Europe, et soutenus par l'union européenne, nos concitoyens, entreprises, et porteurs de projet remettaient en cause leur façon de penser le rôle "sociétal de l'entreprise" ? c'est à dire en particulier arrêter de penser que du fond de son territoire seul avec une idée supposée bonne il est possible de devenir riche. penser et agir collectif avec une inter connexion entre les compétences, avec des outils partagés, voilà qui ne relève pas d'une politique idéologique. En ce sens les technopoles, incubateurs et pépinières sont des outils parfaitement adaptés. Bravo à mon collègue de Laval, et à ceux qui penseraient qu'il s'agit d'argent mal dépensé, je les invite à venir nous rencontrer et constater de visu ce que signifie être accompagné...mais encore faut-il être prêt à entendre la critique constructive..or l'esprit d'introspection n'est pas loin s'en faut la qualité première de ceux qui prétendent donner des leçons à tout le monde.
Bonnes fêtes à tous.
a écrit le 16/12/2012 à 20:41 :
on sent bien à lire l'excellent billet de Christian TRAVIER et les réactions (bien polémiques) qu'il suscite l'ardente nécessité de :
- décloisonner le public et le privé (ce n'est pas nouveau) en travaillant à ce que chacun, pré-supposé intelligent, use de l'intelligence relationnelle dont la France à tant besoin.

- montrer que dans le public il n'y a pas que des dépensiers et, parfois, (oui parfois car ce n'est effectivement pas le cas partout comme dans le privé) il y a des territoires qui font du bon boulot.

- Qu'est ce donc que du bon Boulot ???
C'est un rapport acceptable entre l'argent investis, les Chiffres d'Affaires générés, les emplois créés et peut-aussi les brevets ou innovations générés..
Déjà ce calcul sur des durées de vie de 5 ans des entreprises doit être fait (à 3 ans ce n'est pas significatif tant les incidences des aides, subventions de tout poils, dissimulent le réalité de l'économie réelle).
Montant des investissements publics + subventions de fonctionnement / communication + primes / subventions le tout divisés par le nb d'emplois, etc ...

Là dessus le débat peut se jouer de manière objective : combien un citoyen consent -il que son Conseil Général ou Régional consacre pour créer 1 emploi, déposer un brevet ou tout autre critère concret de pérennité des entreprises créées...

Quand on se souvient du coût unitaire des 60 000 emplois jeunes de 1998 (5,5 milliards soit rien moins que 91 666 de FF soit 13 974 ? par emplois *) il a je l'espère plus d'efficacité dans tout ces dispositifs que décrit très bien l'auteur...

Il aura là occasion de reconnaître le bon grain du moins bon, valider les "machins" qui font la pub des élus (c'est important l'image pour se faire réélire...) et les dispositifs qui participent du développement des territoires (il y en a eh oui !)

* source sénat http://www.senat.fr/rap/r98-3281/r98-328114.html
Réponse de le 17/12/2012 à 0:30 :
Vous avez parfaitement raison. Ce genre d'analyse est trop peu souvent faite et surtout, il y a trop peu de corrélations entre l'efficacité d'un dispositif et son financement dans le long terme. Cependant, le calcul que vous suggérez n'est pas si simple quand il s'agit de start-ups innovantes: en effet, une vraie start-up grandit et donc le nombre d'emplois créés augmente au cours des ans, et 5 ans est souvent assez loin de son développement maximum. Beaucoup de start-ups sous-traitent et donc il faudrait aussi prendre en compte les emplois chez les sous-traitants.
a écrit le 15/12/2012 à 10:52 :
Il a fait trop d'études celui là !
Un baratin complètement déconnecté de la réalité.
S'il me lit : "déclinitude" n'existe pas, le mot est déclin.

Entrepreneiriat n'existe pas non plus .

Quand un docteur en physique veut se mêler d?économie...
a écrit le 14/12/2012 à 19:15 :
Il y a beaucoup de gens qui disent qu'un jour, plus tard, ils auront leur entreprise et que là, on verra ce qu'on verra, que ça marchera, que ce sera pas comme tous ces mauvais qui nous entourent! Mais entre ceux qui disent et ceux qui passent à l'acte, il y a un écart, pour ne pas dire un gouffre. Moi j'ai fait le pas, deux fois. Et la seconde fois, ma petite entreprise de dév informatique était... à la Technopole de Laval. C'était au début, avec comme Directeur Gy Lebras qui se démenait pour fair marcher la structure. Pour une petite entreprise, l'idée est géniale. Vous pouvez recevoir des clients dans un lieu sympa, disposer d'une salle de réunion, un coin café, photocopieuse, standard téléphone etc... De plus, vous rencontrez d'autres entreprises, qui sont sur des secteurs à la fois différents (donc qui ne sont pas concurrents avec vous) et en même temps proches ce qui permet d'échanger. J'ai ainsi du mal à imaginer coment nous, certifié ISO pour le dév informatique, nous aurions pu rencontrer les gens d'Alitec (certifiés CMM) pour parler qualité logicielle, si nous n'avions pas été à la Technopole.
Evidement, Christian vend sa sauce. Normal. Pas d'entreprises dans la Technopole = pas de budget. Ah! donc c'est les impots qui payent ça, quel scandale!!!
Mais même si l'aventure de notre petite société s'est arrêté comme beaucoup d'autres, pendant toutes ces années on a payé des impots, on a salarié jusqu'à 10 personnes et on a payé toutes nos charges. Et comme on a embauché des jeunes qui sortaient de l'IUT, quand nous avons mis la clef sous la porte ils avaient un CV avec une expérience de qualité, qui leur a permi de retrouver du boulot immédiatement.
Pour moi, pas de doutes: c'est une super idée et il faut continuer. Désormais, j'habite au Brésil et quand je vois comment ça marche ici, je me dis qu'y ouvrir une technopole, ce serait pas du luxe!
En tout cas, merci.
Amitiés
PL
a écrit le 13/12/2012 à 23:50 :
Un ami m'a dit que lorsqu'il a fait son master de recherche en laboratoire, il était le seul à travailler et que les chercheurs passaient leur vie leur séant posé sur leur chaise, c'était il y a une bonne dizaine d'années, allez une fois par semaine à faire une expérience...
Réponse de le 14/12/2012 à 1:10 :
Un ami m'a dit qu'à cause des gens comme vous, il y a un manque de profs et de docteurs et de dentistes en France, et ça va être de pire en pire. Tant pis pour vous.
a écrit le 13/12/2012 à 21:55 :
C'est de l'argent des collectivités et des impôts locaux qui part en fumée pour rien. Du gachis.
Réponse de le 14/12/2012 à 10:55 :
C'est certain qu'il est plus facile de critiquer à tout va que d'essayer de comprendre. 60 entreprises innovantes créées depuis 6 ans, ça génère forcément des emplois et donc de la richesse, non ? En Mayenne, le taux de chômage est de 6,4%...Il y a peut-etre ici un lien de cause à effet.
a écrit le 13/12/2012 à 16:24 :
Comme d'habitude plein de baratin de conseiller , mais pas un exemple de réussite ou de projet crédible avec les montages financiers, du bluff comme d'habitude . Allez courrez vers le précipice et le paradis de la réunionite...
a écrit le 13/12/2012 à 15:06 :
belle auto-congragulation.
On ne voit pas bien si il y a eu des réussites.
C'est la fin de l'année, il faut montrer aux élus, qu'il se passe quelque chose...

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