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La France face au défi de la remondialisation

Alexandre Kateb

Publié le 02 janvier 2013 à 08:30 - Mis à jour le 02 janvier 2013 à 08:33

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

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Alexandre Kateb est économiste et directeur du cabinet Compétence Finance. Il est l'auteur de "Les nouvelles puissances mondiales. Pourquoi les BRIC changent le monde" (Ellipses, 2011).

S'il y a bien un thème qui a marqué l'année 2012 en France, c'est celui de la démondialisation, porté par le bouillonnant ministre français du Redressement productif, Arnaud Montebourg. Ou devrait-on dire l'échec de ce thème et plus généralement un retour au réalisme qui prend des allures de douche froide pour le gouvernement, avec la décision du Conseil constitutionnel d'annuler la mesure de taxation à 75% des revenus les plus élevés.

Car en définitive, du combat contre la spéculation financière à la relocalisation industrielle en passant par la taxation des plus riches, ce sont autant de marqueurs idéologiques qui ont du être remisés au placard face au rouleau compresseur de la mondialisation et de sa « sainte trinité » : libre circulation des marchandises, des capitaux et des personnes.

Sur le terrain de la relocalisation industrielle, objectif fort louable au demeurant, force est de constater qu'il y a eu une double erreur de diagnostic et de méthode de la part du gouvernement français. Le diagnostic qui a été fait est celui d'une désindustrialisation rampante de l'économie française en raison d'une concurrence déloyale au niveau mondial de pays émergents comme la Chine ou la Corée du Sud dont les industriels bénéficieraient de coûts de production bien plus faibles et feraient face à des normes techniques et environnementales bien moins contraignantes, ce qui leur permettrait d'afficher des prix beaucoup plus attractifs.

Cette manière de voir consiste à se focaliser uniquement sur la compétitivité-prix et à oublier les facteurs essentiels de la compétitivité hors-prix et de l'innovation. Or, les économistes ont montré depuis longtemps que les industries de biens de consommation étaient dominées par une logique de concurrence monopolistique où le facteur prix n'était qu'une variable parmi d'autres dans le choix du consommateur final. Le contre-exemple allemand dont les constructeurs automobiles vont de succès en succès dans les pays émergents et dont la capitalisation boursière a bien résisté (voire augmenté pour Volkswagen) au cours de la période 2008-2012 - quand celle des constructeurs français fondait comme neige au soleil - est là pour rappeler que la réalité est beaucoup plus complexe.

Plus que de relocalisation, on devrait plutôt parler de co-localisation dont les Allemands sont devenus les champions en intégrant à leurs chaînes de production et de logistique les pays d'Europe centrale et orientale. A l'occasion du récent voyage de François Hollande en Algérie, ce thème de la colocalisation entre la France et le Maghreb a d'ailleurs été évoqué, mais les industriels français restent réticents à franchir le pas, et à construire ce pont entre les deux rives de la Méditerranée en matière de transfert de technologies, de savoirs et de compétences, indispensable pour bâtir un partenariat « gagnant-gagnant ».

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Au delà des discours convenus, les institutions européennes s'intéressent également assez peu à cette rive Sud de la Méditerranée en dépit de son importance géostratégique et aux bouleversements politiques et sociaux engendrés par le Printemps arabe de 2011. C'est pourquoi, sur ce terrain, l'impulsion ne pourra venir que des pays européens qui ont, pour des raisons de proximité culturelle et géographique, le plus intérêt à développer ces échanges économiques, technologiques et humains.

A défaut, ce sont d'autres puissances « émergées », comme les Etats-Unis, émergentes comme la Chine, la Turquie et la Russie qui vont distancer la France dans son « étranger proche » et reconfigurer à leur avantage les flux économiques et commerciaux croissants qui transitent par cette région, véritable hub pour l'Afrique et ses 2 milliards de consommateurs émergents en 2050.

Les rebondissements liés aux sauvetages avortés de l'usine PSA à Aulnay-sous-Bois et du site d'ArcelorMittal à Florange montrent également qu'il y a eu une erreur de méthode dans la manière avec laquelle le gouvernement a tenté, au coup par coup, de gérer les dossiers liés au « redressement productif ». Arnaud Montebourg et avec lui une certaine frange de la gauche se sont crus revenus aux années 1970-1980 avec des mots d'ordre comme la nationalisation et la réquisition de sites industriels en difficulté. Il a sans doute oublié une loi fondamentale de l'économie, à savoir que pour des industries matures on ne peut pas créer la demande par décret.

Bien sûr, l'Etat peut et doit accompagner les restructurations industrielles et éviter la « casse sociale » associée aux fermetures des usines sinistrées. Mais cette politique doit être conduite au niveau sectoriel, en concertation avec les industriels du secteur, et non sous la forme d'une geste don-quichotesque qui sauted'un site sinistré à un autre. Ce n'est pas au gouvernement de déterminer le point mort des usines et de dimensionner leurs capacités de production. Monsieur Montebourg l'a appris à ses dépens en étant dessaisi de ce dossier. Espérons que cela jettera les bases d'une politique industrielle à la fois plus réaliste et plus ambitieuse, faisant du soutien à l'innovation et à la compétitivité industrielle le c?ur de l'action publique, comme nous y invite le rapport Gallois.

Sur le terrain non moins consensuel mais tout aussi miné de la lutte contre la spéculation financière, que François Hollande avait désignée comme son principal ennemi pendant la campagne présidentielle de 2012, il faut également constater le décalage entre la rhétorique et les résultats. La taxe sur les transactions financières, annoncée à grand bruit début 2012 par Nicolas Sarkozy, et reprise par la nouvelle majorité qui a porté le dossier au niveau européen, a été vidée de sa substance par le refus de la Grande-Bretagne d'appliquer cette mesure. Ce pays a sans doute atteint sur ce dossier un point de non-retour en voulant les avantages de l'appartenance à l'UE sans en accepter les contraintes.

Quant aux Allemands, en apparence très engagés sur ce dossier, ils en ont renvoyé l'application au plus tôt à 2014-2015, après les élections législatives de 2013. Vouloir appliquer une taxe sur des flux spéculatifs, ultra-mobiles par définition, en laissant autant de possibilités d'arbitrage et de contournement de la loi, revient en définitive à ne taxer que les transactions financières les plus captives, c'est-à-dire les plus nécessaires à l'activité économique. C'est le cas notamment de la transformation de ressources courtes en emplois longs réalisée par les banques à travers les swaps de taux d'intérêt. Conjuguez cela à l'imposition unilatérale des normes Bâle III en Europe - les Etats-Unis, ayant obtenu une exemption de ces normes pour leurs milliers de « banques de proximité » (communitybanks) - et cela revient à se tirer plusieurs balles dans le pied au plus mauvais moment !

Enfin, l'exil fiscal de quelques comédiens et autres célébrités du monde des affaires a fait couler beaucoup d'encre. Là encore, c'est une mesure emblématique mais au final assez peu significative - la taxation temporaire à 75% des revenus dépassant un million d'euro - qui a été mise en avant, tant par les détracteurs que par les défenseurs de la politique fiscale du gouvernement. Que Gérard Depardieu, Bernard Arnault et quelques autres grandes fortunes françaises s'installent en Belgique, cela ne change rien à l'équation budgétaire et fiscale de la France.

Ce qui est plus inquiétant, ce sont les mesures envisagées à l'encontre des patrons de PME classiques - les gérants majoritaires non salariés - ainsi que des startups technologiques, ou entreprises dites de croissance, et de leurs financiers - fonds d'investissement et business angels. A l'heure où on veut mettre l'accent sur l'innovation et le renouvellement du tissu productif français, qui passe aussi - doit-on le rappeler ? - par un renouvellement générationnel des élites économiques, ce sont là de très mauvais signaux adressés aux créateurs et à tous ceux qui n'ont pas totalement perdu espoir dans la capacité de ce pays à se redresser.

Le rétropédalage sur ces mesures fiscales qui risquaient de casser l'un des derniers ressorts de la croissance à moyen et long terme est symptomatique de la cacophonie qui règne à Bercy entre les divers ministres et sous-ministres délégués. Là encore, les mesures annoncées n'avaient pas fait l'objet d'une préparation interministérielle en amont, et d'un consensus avec l'ensemble des parties prenantes.

Au vu de ces éléments, il est plus que temps aujourd'hui de passer d'un discours mortifère sur la démondialisation à une appréciation beaucoup plus réaliste des avantages et des inconvénients de la remondialisation, entendue comme le ré-enclenchement d'un nouveau cycle de croissance mondial, porté par les pays - émergés ou émergents -qui réussissent à trouver le positionnement compétitif le plus adapté à leurs dotations factorielles et à leur environnement géopolitique et géoéconomique, tout en étant les plus réactifs face aux évolutions technologiques, économiques, culturelles et sociales qui s'accélèrent à l'échelle mondiale.

Retrouvez le blog d'Alexandre Kateb, "Nouveaux mondes, nouvelles puissances".

Alexandre Kateb

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