Ce que les Pigeons doivent savoir de l'élection au Medef

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Alors que la bataille pour prendre la tête du Medef continue pour les cinq candidats en lice, Jean-David Chamboredon à l'origine de la fronde des Pigeons, appelle les chefs d'entreprise à opérer un choix éclairé. Le nouveau porte-parole des patrons doit, selon lui, pouvoir comprendre l'économie de demain, et cela exclut le favori, Pierre Gattaz..., qui vient de recevoir le soutien de la fédération bancaire après celle des assureurs.

La réussite du mouvement des Pigeons a été abondamment commentée, mettant en évidence l'efficacité d'une mobilisation spontanée d'entrepreneurs face à un Medef dépassé par l'évolution des modes d'expression et de contestation. Alors que les Pigeons n'avaient ni l'organisation, ni les compétences pour adresser l'ensemble des sujets de mécontentements exprimés par ses membres, leur mouvement a contribué à faire partager les éléments micro-économiques et pédagogiques qui ont convaincu François Hollande d'annoncer le 29 avril dernier qu'il s'engageait à corriger de façon précise et satisfaisante « le malentendu » sur la taxation des plus-values de cession que le PLF2013 avait généré. Le Président de la République a prononcé à cette occasion un discours inédit reconnaissant le rôle crucial joué par les entrepreneurs et la prise de risque dans l'économie du pays et notamment dans la création d'emplois, seule solution de restauration de la croissance.

La sempiternelle lecture politico-médiatique aurait pu être celle d'un nouveau « cadeau aux patrons ». Cette lecture fut marginale. Il me semble qu'une bonne partie des politiques, des médias et de l'opinion publique a compris les tenants et aboutissants de l'enjeu soulevé par les Pigeons : la France détruit plus d'emplois qu'elle n'en crée. Sans confiance et sans capital, la création et le développement d'activités nouvelles sont très lourdement handicapés et la capacité du pays à « inverser la tendance » entravée voire annihilée...

Le Medef doit être en phase avec l'entreprenariat
J'ai pu constater à l'occasion de cet épisode que l'image du Medef était à la fois mauvaise et injuste. Ainsi, quand les Pigeons se sont joints à d'autres associations professionnelles dont le Medef dans un communiqué commun le 9 octobre 2012, les portes de Bercy leur furent temporairement fermées, une partie de la communauté des Pigeons fut choquée et les médias n'eurent de cesse que de parler de phagocytage ou de récupération...

Sans doute injuste car j'ai trouvé au Medef, et notamment chez sa Présidente Laurence Parisot, une compréhension stratégique bien plus pertinente des écosystèmes d'innovation et de croissance que chez d'autres représentants institutionnalisés des entreprises. Bien meilleure qu'à la CGPME par exemple. Ainsi l'image d'un grand patronat cacique centré sur les enjeux défensifs des grands groupes ou entreprises traditionnelles relève pour une bonne part de la caricature. Il reste cependant beaucoup à faire pour que le Medef soit en phase avec le terreau entrepreneurial de ce début de siècle...

Un candidat pour dépasser les archaïsmes...
J'étais invité le 14 mai dernier par le mouvement Ethic à participer à la présentation de leurs programmes par les cinq candidats à la présidence du Medef. Il m'est bien entendu impossible d'assister à de telles prestations sans les apprécier au travers du filtre qui est le mien sachant, de plus, que l'un des candidats, Geoffroy Roux de Bezieux, est l'un des fondateurs du fonds d'investissement ISAI dédié à l'Internet que je dirige. Mais sur tous les sujets abordés, on comprend très vite qu'il y a d'un côté des candidats « canal historique » sur une ligne conservatrice qui préserve ou prolonge l'organisation avec ses vertus mais aussi ses lacunes et des candidats qui parlent de l'entreprise dans des termes qui appellent à des évolutions structurelles au Medef lui permettant de dépasser ses propres archaïsmes.

Sur le sujet économique et notamment celui de la croissance, seuls deux candidats, Thibaut Lanxade et Geoffroy Roux de Bezieux ont naturellement décrit la mutation économique dans laquelle la France entre trop lentement avec des mots qui auraient pu être les miens. Le « porte-parole des patrons » ne doit pas bien sûr ne représenter que les secteurs innovants et les entreprises de croissance mais il doit comprendre les dynamiques de l'économie de demain. Difficile de détecter les indices d'une telle compréhension dans les discours des autres candidats pour qui, apparemment, seuls les grands donneurs d'ordre dont l'Etat seraient capables de donner le tempo.

...Et défendre des enjeux plus "traditionnels"
J'ai ensuite essayé de « dézoomer » et de m'intéresser aux enjeux traditionnels: le temps de travail, le droit du travail à l'épaisseur et la complexité inégalées, les cotisations sociales qui financent des régimes en potentielle faillite et le coût associé du travail, la gabegie et les éventuels scandales de la formation professionnelle, le potentiel de changement issu de négociations avec les syndicats de salariés et l'opportunité créée par la nouvelle représentativité issue de la loi de 2008... Sur ces sujets qui sont le « core business » du Medef, Patrick Bernasconi, négociateur de l'ANI, et Geoffroy Roux de Bezieux, ancien Président de l'Unedic, me sont apparus comme les plus crédibles. Négocier avec les syndicats de salariés, penser à la fois compétitivité et rétablissement des équilibres financiers, un vaste et difficile programme...

Il y eut ensuite tous les sujets de gouvernance interne de la confédération, sans doute très importants bien qu'un peu ennuyeux pour un « outsider » comme moi. Hervé Lambel qui appelle au « big bang patronal », Thibaut Lanxade qui veut « consulter par voie électronique » ou Geoffroy Roux de Bezieux qui veut mettre le MEDEF au service de tous ses « clients-adhérents » pensent « bottom-up » et non « top-down ». C'est sûrement comme cela que la confédération qu'est le Medef trouvera sa légitimité, sa modernisation et sa capacité à contribuer à la mutation économique et aux réformes associées dont la France a besoin. Les bonnes réformes sont celles qui, parce qu'elles seront simples, émaneront de la base et bénéficieront au plus grand nombre.

Du sang neuf au Medef
L'investisseur-entrepreneur Pigeon que je suis n'avait jamais imaginé être vraiment concerné par cette élection. Le citoyen que je suis l'est forcément avec un certain scepticisme. Avec un Président socialiste tenté par la social-démocratie, un pays qui traverse une récession profonde, des syndicats réformateurs qui ont compris qu'il faut savoir être offensif, une génération de baby-boomers ayant commencé à partir à la retraite et une mondialisation qui rebat toutes les cartes économiques, il faut que la France change enfin de siècle et cela semble possible... Du sang neuf et un vent nouveau au Medef ne pourront qu'y contribuer favorablement !

Parmi les candidats, vous avez, je pense, compris qui est mon favori. Je connais bien Geoffroy, c'est un entrepreneur, il est pédagogue, moderne et pragmatique. Bref, selon moi, très bien armé pour le « job»... D'ailleurs, son slogan me va très bien en guise de conclusion : « Entreprenons l'avenir ! »
 

 

*Jean-David Chamboredon est le président-exécutif du fonds d'investissement ISEI Gestion, spécialisé dans les entreprises web. Il a été, fin 2012, à l'origine du mouvement des Pigeons contre la politique fiscale du gouvernement.

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Commentaires
a écrit le 28/05/2013 à 15:35 :
le medef depuis 40 ans decrise ( 1973 ) n a jamais aide aucun gouvernement de droite ou de gauche a combattre le chomage . il est sous l emprise d une direction technocrate et jacobine exactement comme l union europeenne eloignes des realites economiques et sociales de la france ; les pme et les artisans sont mal et monde ouvrier tires vers le bas; les jeunes sont les grands cocus de cette societe.
a écrit le 28/05/2013 à 12:32 :
Le MEDEF est-il représentatif des entrepreneurs français et notamment des TPE/PME et des entreprises de la "nouvelle économie" comme l'appelle certains, c'est ça la vraie question.
Et la réponse est clairement non depuis longtemps.
Il y a bien longtemps que les organisations patronales et syndicales en France ne représentent plus la réalité des entreprises et des salariés.
Malheureusement, elles restent considérées comme "organisations représentatives" par le gouvernement.
Partant de là qu'attendre comme évolution positive pour l'économie française? Rien malheureusement.
a écrit le 28/05/2013 à 0:59 :
Mon cher Monsieur Chamboredon,
Sans aller au fond de votre tribune, ce qui demanderait une analyse détaillée, je me permets de vous alerter sans langue de bois sur le style de votre rédaction.
D'abord agréablement surpris par l'orthographe, d'un niveau remarquable à l'aune de ce qui se lit habituellement sur la Toile (mais faut-il attribuer ce point à La Tribune ou à vous-même ?), le lecteur ne tarde pas à buter sur quelques coquilles ("l'entreprenariat", les "représentants institutionnalisés", l'absence d'accent sur Bézieux, le "droit du travail à l'épaisseur et la complexité inégalées", etc.) puis se trouve incommodé par la lourdeur des phrases.
Par exemple : une tournure aussi indigeste qu'insistante : "la confédération qu'est le Medef - le citoyen que je suis - l'entrepreneur-investisseur Pigeon que je suis, le filtre qui est le mien, etc." ; des formulations alambiquées, parfois proches du charabia, pour dire des choses simples : "Le citoyen que je suis l'est forcément avec un certain scepticisme" ; "une compréhension stratégique bien plus pertinente des écosystèmes d'innovation et de croissance que chez d'autres représentants institutionnalisés des entreprises" ; etc.
Enfin, cerisier sur le toit de la pâtisserie, l'omniprésence du "Moi Je" : "me sont apparus comme (...)" ; "J'étais invité (...) ; "il m'est impossible" ; "J'ai ensuite essayé" ;"Vous avez, je pense, compris (...) ; selon moi (...)" ; "son slogan me va très bien", etc. ad nauseam.
Soyez assuré que le but de ce commentaire n'est pas de diriger contre vous une attaque ad hominem. Bien au contraire. Votre plaidoyer en faveur d'une candidature de M. Roux de Bézieux tient la route. Votre pensée, qui gagnerait en force si elle était servie par une expression claire, est saine. Il est vraisemblable que votre signature, comme votre action patronale, apparaîtront, dans les dix prochaines années, comme parfaitement honorables, aussi bien dans les actes de gestion de votre entreprise, à laquelle je souhaite longue vie pour le bien de ses salariés et actionnaires, que dans les productions théoriques formalisant la vie du futur entrepreneuriat (eh oui ! une règle grammaticale simple permet de ne pas se tromper dans les suffixes) français, que ce soit au sein du Medef ou dans d'autres organisations.
Mais s'il vous plaît, ne laissez pas ces qualités s'asphyxier sous le brouillard épais, humide et étouffant d'un phrasé pesant et sans grâce ! Travaillez, faites-vous aider si nécessaire, mais prenez acte de la marge de progression qui est la vôtre (mais oui, on peut utiliser cette tournure de temps à autre à condition que cela ne devienne pas un vice) et visez, comme vous le faites sans doute dans le coeur de votre métier, l'excellence. Ce n'est pas interdit.
Les choses importantes que vous pourriez avoir à dire, à écrire, en tant que "chef d'escadrille des Pigeons" ou, plus sérieusement, représentant patronal, méritent d'être servies par un style impeccable. Vous ne devez pas accepter la médiocrité en la matière, vous ne me semblez pas homme à l'accepter. Au boulot, donc !
Bien cordialement,
Réponse de le 28/05/2013 à 9:38 :
bcp de bla bla pour ne rien dire Mémé...........
Réponse de le 28/05/2013 à 15:14 :
Et bien moi, Mémé du net, je suis complètement d'accord avec vous. Je suis également très pointilleux sur le respect de la langue française. Quand je vois ce qu'ils osent intégrer dans les dictionnaires, c'est un pur scandale. Pour le reste, mon avis est le suivant : interdiction pure et simple de tout syndicat.
Réponse de le 31/05/2013 à 13:28 :
Eh si, Frall... Plusieurs choses sont dites ici, mais il faut un peu de subtilité pour aller entre les lignes. Bah, rien de grave : tout ceci n'est qu'épiphénomènes.
a écrit le 27/05/2013 à 16:46 :
Il serait intéressant de juger le bilan social de chaque entreprise des candidats à l'élection pour évaluer leur niveau de conscience sociétale.

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